coût du travail

Éditorial de Jean-Claude Mailly, Secrétaire général de Force Ouvrière, daté du jeudi 8 novembre 2012

L'Éditorial de Jean-Claude Mailly

En guise d’éditorial de Jean-Claude Mailly

«IL N'Y A PAS DE PROBLÈME DE COÛT DU TRAVAIL»

Interview publiée dans Le Parisien du 5 novembre 2012.

Alors que le commissaire à l’investissement Louis Gallois remet ce lundi matin son rapport à Jean-Marc Ayrault, Jean-Claude Mailly refuse que le débat sur la compétitivité s’engage sur la question du coût du travail.

Qu’attendez-vous du rapport Gallois?
Jean-Claude Mailly: Qu’il mette l’accent sur la compétitivité dite «hors coût». Autrement dit, sur tout ce qui touche à l’innovation, à l’investissement, à la recherche, à la stratégie industrielle, au rôle des banques vis-à-vis des entreprises. Les difficultés de l’économie française et d’une partie de l’industrie viennent de là. Or je crains que l’objectif principal de ce rapport soit un nouveau plaidoyer en faveur d’un transfert massif des cotisations sociales des employeurs vers les Français. Alors qu’il n’y a pas de problème de coût du travail.

Le patronat et un certain nombre d’économistes affirment pourtant le contraire...
Jean-Claude Mailly: Cette logique est inacceptable. Concrètement, ça veut dire quoi? Qu’il faut rogner systématiquement sur le système de protection sociale et sur le niveau des salaires pour être compétitif. Ceux qui prônent ça, c’est-à-dire une partie du patronat, la Commission européenne et l’OCDE, nous ont déjà envoyés dans le mur de la crise. C’est faire une erreur de diagnostic économique. Le coût du travail dans l’industrie, en France et en Allemagne, est quasiment le même. Ce qui fait la différence, ce sont les gammes de produits, le tissu industriel, la stratégie, l’accès au financement. Voilà pourquoi ils sont meilleurs que nous.

Qu’attendez-vous du gouvernement?
Jean-Claude Mailly: Qu’il ait une position claire, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. C’est à François Hollande et à son gouvernement de faire un choix. Demain, on aura les premiers éléments. Ça va être l’heure de vérité. S’ils se contentent d’être «les gestionnaires honnêtes et loyaux des affaires du capitalisme», comme disait Léon Blum, il y aura un fort désaccord. Et s’il faut mobiliser, on n’hésitera pas!

François Hollande a déjà recadré le débat en parlant de «pacte» de compétitivité et non plus de choc. Ça va dans le bon sens?
Jean-Claude Mailly: Ça veut dire quoi un pacte? Qu’on va être tous d’accord? Sur la question de la compétitivité, il y a eu débat il y a trois ans entre le patronat et les syndicats. Mon organisation a refusé de signer le document justement parce qu’il y avait la question du coût du travail. Il y a des divergences. Et je ne vois pas comment on peut y arriver.

Quelles mesures emporteraient le soutien de FO?
Jean-Claude Mailly: Des réponses sur les relations des donneurs d’ordre avec leurs sous-traitants ou sur la stratégie industrielle de l’État. Quand on demande aux petites entreprises quel est leur principal souci aujourd’hui, elles répondent: la relation avec leur banquier. C’est ça la réalité de tous les jours. François Hollande avait aussi annoncé un impôt sur les bénéfices des sociétés, modulé selon qu’elles les réinvestissent ou les redistribuent à leurs actionnaires. Voilà des pistes à creuser si l’on veut améliorer sur le fond la compétitivité des entreprises françaises.

Faire appel à Louis Gallois, était-ce une erreur de casting?
Jean-Claude Mailly: Ne l’oublions pas, il a été lui-même employeur. Chez EADS il avait mis en place un plan baptisé Power Eight, qui avait généré quelques mouvements sociaux.

Propos recueillis par C.G.

FO Hebdo - Novembre 2012

CSG ET NICHE COPÉ: ÇA PART DANS TOUS LES SENS

L'Éditorial de Jean-Claude Mailly

CSG ET NICHE COPÉ: ÇA PART DANS TOUS LES SENS

Ballon d’essai ou pas, on a le sentiment que ça part parfois dans tous les sens.

Deux exemples pour étayer ce sentiment.

Un journal annonce la semaine dernière que l’Élysée envisage, sur plusieurs années, de transférer 40 milliards de cotisations patronales sur la CSG. Ce qui correspondrait de fait à une demande patronale (au moins de certaines entreprises) et d’économistes libéraux.

Interrogés, nous avons été amenés à expliquer que ce serait une double erreur:

- Économique, car un tel schéma s’appuie sur une analyse fausse et dangereuse selon laquelle la France aurait un problème de coût du travail.

Qui plus est, l’augmentation de la CSG (supportée à 88% par les salariés et retraités), en baissant le pouvoir d’achat, ferait passer l’activité économique de la récession à la dépression.

- Sociale, car ce schéma compromettrait le financement et l’existence de la protection sociale collective.

Comme le disait Coluche: «Dans les milieux bien informés on s’autorise à penser [...].»

Un échange téléphonique avec la ministre chargée du dossier m’amène à dire que rien n’est aujourd’hui arrêté. Ce qui ne nous empêche pas de réaffirmer nos analyses et revendications.

Le deuxième exemple concerne l’augmentation de l’imposition des plus-values en cas de cession d’entreprise. Rappelons-nous: cela s’appelle «la niche Copé», que nous (et d’autres...) avions dénoncée en son temps.

Face à une pétition lancée par quelques chefs d’entreprise, le pouvoir semble prêt à reculer. Il s’agit pourtant d’un acte que l’on peut qualifier d’équité fiscale.

On aimerait beaucoup plus de compréhension quand il s’agit d’augmenter le SMIC ou de préserver le service public républicain.

Mais comme toujours dans l’Histoire, il appartient aux travailleurs de compter sur eux-mêmes pour obtenir satisfaction.

Sur eux-mêmes et sur l’indépendance et la liberté syndicales.

FO Hebdo - Octobre 2012

Éditorial de Jean-Claude Mailly, Secrétaire général de Force Ouvrière, daté du mercredi 1 février 2012

L'Éditorial de Jean-Claude Mailly

HAUSSE DE LA TVA: UNE ERREUR ÉCONOMIQUE ET UN DANGER SOCIAL

 

Nous ne commenterons pas l’aspect politique de l’intervention du président de la République. Cela relève de l’appréciation citoyenne, non syndicale.

Nous nous concentrerons sur quelques-unes des mesures annoncées.

La première est celle d’une augmentation, en octobre, de la TVA (augmentation de 1,6 point du taux moyen de 19,6%) et de 2 points de la CSG sur les revenus financiers, pour compenser une suppression de la cotisation patronale pour les allocations familiales entre 1,6 et 2,1 SMIC.

C’est – nous le confirmons – une erreur économique et un danger social. Erreur économique car tout est basé sur une volonté d’alléger le coût du travail pour être plus compétitif.

Les comparaisons avec l’Allemagne sont fausses et très largement incomplètes. N’oublions pas, par exemple, que l’Allemagne, dans l’industrie et l’agriculture, exploite à fond les productions dans les ex-pays de l’Est et qu’elle use et abuse de la directive détachement dans une logique de dumping social.

N’oublions pas non plus que le niveau de la protection sociale est plus faible en Allemagne et que les assurances privées y sont plus développées. Ainsi, 35% des travailleurs allemands ont recours (via des cotisations employeurs notamment) à des systèmes privés de retraites complémentaires, ce qui ne rentre pas dans le calcul des prélèvements obligatoires.

Augmenter la TVA c’est aussi prendre le risque de voir les prix augmenter et de peser à la baisse sur le pouvoir d’achat.

Enfin, sur le plan social, c’est fragiliser le financement des allocations familiales. Qui garantira que, demain, une part de la TVA ira encore aux allocations familiales?

Rappelons que la meilleure garantie pour les travailleurs du maintien des régimes de protection sociale collective est l’existence d’un financement majoritaire par la cotisation (salaire différé), non sujet aux à-coups des décisions parlementaires ou gouvernementales opportunistes, idéologiques ou politiciennes.

De fait, seul le patronat se réjouit de cette mesure.

Concernant les accords dits «compétitivité-emploi», notons d’abord que le gouvernement renonce à faire passer une loi au forceps sous quelques semaines. Il renvoie à une négociation avec un délai de deux mois, ce qui nous mène fin mars.

Nous confirmons d’ores et déjà notre opposition à un dispositif dangereux à plus d’un titre:

- il tendrait à remettre en cause la durée légale du travail;

- il ferait payer aux salariés la diminution d’activité de l’entreprise au nom du «travailler moins pour gagner moins»;

- il donnerait à l’accord d’entreprise la suprématie sur l’accord de branche ou la loi. C’est la logique anglo-saxonne au détriment de la logique républicaine.

Imposer une telle logique constituerait une forme de coup d’État social.

Au titre des annonces positives, nous mentionnerons la mise en place, dès février, d’une banque nationale pour l’industrie dotée d’un milliard d’euros, ce que nous demandons depuis longtemps. Pour autant nous ne voulons pas être codécideurs en la matière, chacun son rôle en démocratie.

Au final, il est clair, comme nous le disons depuis quatre ans, qu’on ne sortira réellement de la crise en France comme en Europe qu’en rompant avec l’austérité économique, salariale et sociale.

On ne sort pas d’une crise causée par le capitalisme libéral et toutes ses turpitudes par plus de libéralisme.

 

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