croissance

Où va la france?

Où va la france?

POUR 2014, LES ÉCONOMISTES PRÉVOIENT UNE CROISSANCE MOLLE ET UN CHÔMAGE EN HAUSSE

Selon l’OFCE, la hausse du PIB atteindra 1,3% l’an prochain. Un chiffre insuffisant pour faire baisser le nombre de demandeurs d’emploi et loin du potentiel hexagonal.
L’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) est un institut de recherche qui se distingue traditionnellement par le sérieux de ses travaux et l’indépendance de ses économistes. Aussi, la publication, le 23 octobre, de ses perspectives pour l’an prochain était-elle attendue avec une certaine impatience.


A
insi, l’OFCE n’hésite pas à prévoir, pour 2014, une hausse du taux de chômage jusqu’à 10,9% de la population active. Une pierre dans le jardin du gouvernement qui répète en boucle depuis des mois que l’inversion de la courbe du chômage est imminente. Pour arriver à une telle conclusion, Éric Heyer et Xavier Timbeau notent que la croissance économique sera insuffisante, l’an prochain, pour que le nombre de demandeurs d’emploi diminue malgré les mesures censées y parvenir, telles que le Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE), les Contrats de génération ou les Emplois d’avenir.

Les effets négatifs des réductions budgétaires

Pourtant, l’institut estime que la croissance atteindra 1,3% en 2014, soit plus que les prévisions du gouvernement (0,9%) et nettement plus qu’en 2013 (0,2%). Cette hausse de la croissance est rendue possible par le délai d’un an –fin 2015– accordé à la France et à cinq autres pays de la zone euro par la Commission européenne pour ramener leur déficit à 3% du PIB.

Mais ce «ballon d’oxygène» ne suffira pas à compenser les effets des politiques de rigueur menées depuis 2011. Pour 2014, si la pression fiscale est globalement stable, elle augmentera de 12 milliards d’euros pour les particuliers, surtout avec la hausse de la TVA au 1er janvier, et baissera de 9 milliards pour les entreprises, notamment grâce au CICE. Autant de ponctions opérées sur le pouvoir d’achat qui impacteront la consommation alors que celle-ci est un élément clé de la croissance.

Pire encore, les mesures d’austérité se traduiront par une réduction des dépenses budgétaires de 15 milliards. Or, note l’OFCE, cette politique produit encore plus d’effets négatifs sur la croissance que l’augmentation des prélèvements à laquelle nous avons eu droit depuis 2011. Du coup, la politique que le gouvernement veut mener en 2014 constitue un boulet qui empêche l’économie française d’avancer au rythme qui lui permettrait de renouer avec une croissance d’au moins 1,5%, le seuil à partir duquel le chômage commence à baisser.
FO Hebdo - Octobre 2013
 

JEAN-CLAUDE MAILLY : « AUSTÉRITÉ ET CROISSANCE SONT INCOMPATIBLES »

Entretien accordée au nouvel economiste par Jean-Claude Mailly du 21/08/2013

JEAN-CLAUDE MAILLY :

« AUSTÉRITÉ ET CROISSANCE SONT INCOMPATIBLES »

Une manifestation d’optimisme. C’est ainsi que Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force Ouvrière, définit l’engagement syndical.

Comme une forme d’action collective portée par un idéal de justice sociale et par la conviction qu’ “à plusieurs” il devient possible de changer les choses. Et ces choses-là ne manquent pas.
En tête de ses sujets d’inquiétude et de ses terrains d’action : les accords du 11 janvier qui, sous prétexte de retirer au patronat “la peur d’embaucher”, facilitent les licenciements, le Pacte budgétaire européen et la politique de rigueur qui en découle – cet impératif d’austérité présenté comme “la seule voie” vers la relance et qui, selon lui, la rend au contraire impossible – les conditions de la mondialisation, qui favorisent le dumping social et, au final, la désindustrialisation et, surtout, l’absence de capacité opérationnelle et de vision d’un politique aux marges de manœuvre toujours plus réduites. “Incapable de modifier les choses” et pour qui le social représente désormais l’unique variable d’ajustement. De quoi être en colère. Ou, lorsqu’on s’appelle Jean-Claude Mailly, plus que jamais optimiste.

Le climat de mécontentement au sein de la société est incontestable. Il découle de deux problématiques majeures : celle du pouvoir d’achat et celle de l’emploi, assortis, dans le secteur public, d’un profond questionnement sur le rôle du fonctionnaire et sur le sens du service public aujourd’hui. Ces différents éléments contribuent à générer un sentiment fort d’insécurité : qu’on soit au chômage et que l’on craigne d’y rester, que l’on soit en CDI et que l’on redoute la mise en place d’un plan de licenciement au sein de son entreprise ou encore que l’on s’inquiète pour des enfants qui ne parviennent pas à rentrer sur le marché du travail, il semble que tout le monde ou presque fasse l’expérience de ce sentiment d’insécurité face à l’emploi et ceci va au-delà des questions d’indice de pouvoir d’achat. Pour l’instant, les gens réagissent localement, en fonction des problèmes qui surviennent au sein d’une entreprise – Aulnay, Michelin, Goodyear, Virgin… – à un moment donné. Les tensions ne se sont pas encore généralisées et il est pour l’heure impossible de savoir quelle expression ce mécontentement sera susceptible de prendre : sociale ou électorale… Ce qui est certain, c’est que tout peut changer très vite. D’autant plus que ce climat n’est pas spécifique à la France. Partout, les tensions montent.

La précarité
L’incertitude liée à l’emploi est telle qu’elle alimente un sentiment de précarité croissant et ceci, même lorsqu’on est en poste ; et même lorsqu’on bénéficie d’un CDI qui a cessé depuis longtemps d’être perçu comme la protection absolue contre le risque de chômage. L’actualité en atteste d’ailleurs suffisamment. Parallèlement à cela, les contrats précaires se développent depuis des années : aujourd’hui, les CDD, les stages et l’intérim sont autant d’outils de précarité. Quant aux emplois aidés, nous avons été parmi les premiers à dire qu’ils devaient être réservés à des jeunes qui sont les plus éloignés de l’emploi mais ce ne sont évidemment pas eux qui permettront de régler la question du chômage. Même s’il est clair que cela peut avoir un effet statistique sur les chiffres. C’est d’ailleurs peut-être la multiplication de ce type d’emplois qui permettra au gouvernement d’inverser la courbe du chômage.

Les accords du 11 janvier
De notre côté, nous avons organisé, sur le plan national, des manifestations en opposition à l’ANI (l’Accord national interprofessionnel signé le 11 janvier) qui ont rassemblé 200 000 personnes sur l’ensemble du territoire. Nous considérons en effet que ces accords sont une erreur. L’objet de cette négociation était plus de flexibilité pour le patronat contre des droits nouveaux pour les salariés. Or on s’aperçoit que la flexibilité c’est maintenant alors que les droits nouveaux, ce sera demain, peut-être. L’un des points les plus dangereux de l’accord porte sur la mobilité : un salarié qui, demain, refusera la mobilité se trouvera en position d’être licencié économique à titre individuel alors qu’auparavant, l’employeur aurait été dans l’obligation d’entamer une procédure de PSE (Plan de sauvegarde de l’emploi) assortie de mesures d’aide au reclassement.

Depuis le début de cette négociation, nous savions quel était l’objectif du patronat, en particulier sur les accords dits de maintien de l’emploi. Ces accords existaient déjà. Nous en avons signé chez Renault, chez Air France… si ce n’est que nous l’avons alors fait sous deux conditions : d’abord on ne négociait pas de baisse de salaire – ce que l’ANI autorisera à l’avenir –, ensuite les salariés disposaient d’une garantie : si plus de dix salariés refusaient l’accord tel qu’il leur était proposé, il y avait obligation pour l’entreprise de faire un plan de sauvegarde de l’emploi. C’est cette obligation que les employeurs voulaient faire sauter. Je m’y suis opposé parce que cela revenait à nous priver d’une arme dans la négociation, mais c’est pourtant ce qui a fini par se produire. Si bien que désormais, si les gens ne veulent pas de l’accord, ils peuvent être licenciés économique à titre individuel.

Les droits nouveaux
Ces changements ne sont pas encore entrés en application et leurs effets se font déjà sentir. Un cas s’est présenté qui illustre parfaitement la logique à l’oeuvre : celui de la Snet, la centrale à charbon qui a été rachetée il y a quelques années par le groupe allemand E.ON, lequel, voulant fermer des centrales d’achat, a annoncé un plan social. Ce plan social a été contesté par les syndicats devant la justice et, le Tribunal de grande instance nous ayant donné satisfaction, il a suspendu le plan. Réaction de l’entreprise E.ON : c’est à prendre ou à laisser ; si vous n’acceptez pas le plan social, nous attendrons de bénéficier des nouvelles dispositions de l’ANI pour vous l’imposer. Ce type de réaction montre bien qu’effectivement, l’accord apporte plus de flexibilité aux employeurs. Quant aux droits nouveaux censés accompagner cette flexibilité accrue, je ne suis pas convaincu. La complémentaire santé, les droits rechargeables… Beaucoup reste à clarifier concernant la mise en œuvre de ces différents dossiers, c’est pourquoi, encore une fois, j’attends de voir quels seront, à l’arrivée, les gains réels de cet accord pour les salariés.

La flexibilité
Je me méfie de l’argument consistant à dire : “Si vous voulez que l’on embauche demain, retirez-nous la peur de l’embauche.” Autrement dit, “faites en sorte qu’on puisse licencier”. Bien sûr, on peut parfaitement comprendre que l’activité soit fluctuante, que les besoins varient… Pour autant, une entreprise n’embauche que si elle a besoin et le CDI n’est pas si rigide que cela, sinon nous n’assisterions pas à autant de licenciements actuellement. Et encore une fois, pour apporter de la flexibilité aux entreprises, il y a les CDD, l’intérim… sans oublier les 35 heures qui ont, elles aussi, été pensées pour apporter une plus grande flexibilité dans l’organisation du travail. Aujourd’hui, peut-on réellement imaginer que des salariés acceptent des baisses de salaire ? Chez Renault, il n’y a pas eu baisses mais pondération des augmentations et réaménagement du temps de travail. Moyennant quoi, on a pu maintenir l’activité en France. Ce qui prouve que l’accord du 11 janvier n’était pas une nécessité absolue. D’ailleurs, qui s’est félicité de cet accord hormis ses signataires ? Le Front monétaire international et la Commission européenne. Ce qui, pour moi, n’est pas bon signe et montre qu’il s’inscrit dans une logique très libérale. Raison pour laquelle nous avons refusé de le signer.

Les conventions collectives
Il faut par ailleurs noter que cet accord s’inscrit dans une tendance qui se vérifie en France mais aussi en Allemagne et dans tous les pays où il existe des conventions nationales, consistant à remettre en question ces conventions afin de ne plus négocier qu’au niveau des entreprises, ce qui est dangereux. Je vous rappelle que la France reste pour l’heure le premier pays au monde en terme de couverture conventionnelle, 90 % des salariés français étant couverts par une convention collective faisant que, si vous êtes salariés dans une TPE sans syndicat ni accord d’entreprise, vous bénéficiez tout de même d’une protection. Or l’adoption d’accords tels que ceux du 11 janvier fait que beaucoup plus de choses vont, à l’avenir, se régler dans l’entreprise, via des accords dits majoritaires. Ce qui signifie que l’on fait progressivement glisser la négociation du niveau national vers le niveau d’entreprise exclusivement.

A l’anglo-saxonne. Et cela représente un danger. Dans les pays anglo-saxons, si vous êtes dans une entreprise dépourvue de syndicat, vous êtes seul. Sans la protection de convention collective nationale. On n’en est pas là en France mais je constate une dérive dans ce sens. Comme en Allemagne où le domaine de l’agriculture est représentatif de cette tendance et de ses dangers : il s’agit en effet d’un secteur sans convention collective et qui use en toute liberté du dumping social. L’accord du 11 janvier ouvre une brèche qui accentue ce risque.

La compétitivité
L’élément clé de la compétitivité française n’est pas le coût du travail. C’est l’innovation, la recherche, le développement mais aussi l’organisation industrielle, les relations donneurs d’ordres-sous-traitants… La force de l’Allemagne sur le plan industriel tient à tout cela. A une capacité à bâtir un positionnement porteur – comme elle l’a fait sur le haut de gamme automobile – et à travailler une technicité – comme c’est son cas sur la machine-outil que désormais même les pays émergents viennent lui acheter – et surtout, à élaborer une stratégie industrielle qui, au final, donne un ensemble structuré. Une cohérence d’autant plus efficace qu’elle est soutenue par les banques, ce qui n’est pas le cas en France. C’est sur tout cela qu’on va juger la compétitivité d’un pays et pas uniquement sur ses charges salariales ! On nous parle continuellement du coût du travail français mais on oublie que dans l’automobile, par exemple, il ne dépasse pas 20 %. Surtout, on oublie que l’Etat a un rôle à jouer en matière de stratégie industrielle. En matière de vision, de coordination et d’impulsion de cette compétitivité. Ce qui lui fait défaut depuis plusieurs années.

Le pacte budgétaire européen
Pour moi, le facteur décisif, celui dont découle l’essentiel de notre situation actuelle et des difficultés qui y sont liées, est l’acceptation par notre gouvernement du pacte budgétaire européen. Il s’agit là d’un élément structurant : à partir du moment où ils rentrent dans ce pacte budgétaire et, par conséquent, se soumettent à sa logique de rigueur, voire d’austérité, les gouvernements n’ont plus de marge de manœuvre budgétaires. La seule variable d’ajustement qui leur reste est le social d’une manière générale. Autrement dit : le pouvoir d’achat, la flexibilité et la réduction à marche forcée, sans vision d’ensemble, des dépenses publiques telles que les retraites et le salaire des fonctionnaires. Ces trois éléments autour desquels s’articulent aujourd’hui les peurs et le mécontentement découlent directement de notre adhésion au pacte budgétaire. Et on semble l’oublier mais lorsque la Commission européenne donne ses recommandations à la France, elle se conforte strictement au rôle que nous lui avons donné. Il ne sert à rien, dès lors, de répéter qu’on ne veut pas se laisser dicter notre conduite et notre politique. Pour cela, il ne fallait pas signer le pacte budgétaire ! Il y avait moyen de faire autrement, mais cela impliquait de prendre des risques.

La rigueur
On voit bien à quoi cet accord a abouti depuis qu’il est en application : zone euro en récession, chômage en augmentation, inégalités qui se creusent… Tout cela parce qu’il place les Etats dans une logique de rigueur. Rappelons que les pays dont la dette publique a le plus augmenté sont le Portugal et l’Espagne : ceux-là mêmes où l’austérité est la plus grande. Tout cela prouve bien que cette politique de rigueur est dangereuse et contre-productive et surtout, qu’austérité et croissance sont incompatibles. Je ne dis pas bien sûr qu’il faut laisser les dépenses exploser mais il est évident que la voie que nous avons choisie ne porte pas ses fruits. Les cotisations sociales rentrent moins compte tenu du chômage, les recettes sur les revenus des entreprises diminuent… partout, on y perd. Il y a donc ici un vrai problème de logique qui n’est pas assumé. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la quasi-totalité des syndicats européens avaient marqué leur opposition au pacte budgétaire. Cette logique économiquement libérale qui consiste à poursuivre dans l’austérité est infructueuse. On nous répète que c’est la seule voie, mais c’est faux, l’économie n’est pas une science exacte ! Et parallèlement à cela, on a le sentiment que le gouvernement adhère aux politiques économiques et monétaires menées par les Etats-Unis et le Japon, lesquelles se situent à l’opposé des nôtres… Quant à la formule récurrente selon laquelle le budget d’un Etat serait comparable à celui d’un ménage et que, dans les deux cas, on ne peut dépenser plus que ce que l’on gagne, elle est totalement erronée : un ménage ne fixe pas le niveau de ses recettes, un Etat, si ; dans une large mesure.

La mondialisation
Les nationalisations temporaires peuvent être une solution face au risque de désindustrialisation, c’est évident. A partir du moment où l’on considère qu’une entreprise relève d’une filière stratégique – comme c’était le cas de Florange avec la sidérurgie – alors oui, le fait que l’Etat achète puis revende paraît une bonne solution. Cela ne signifie évidemment pas qu’il faille y avoir recours chaque fois qu’une entreprise connaît des difficultés, mais pour moi le protectionnisme, non pas au sens de fermer les frontières mais au sens de disposer de normes européennes et de les faire respecter, n’est autre que de la concurrence loyale. De même, je n’ai pas de problème avec la mondialisation, j’en ai avec les conditions dans lesquelles, en ce moment, elle s’exerce. Ces conditions qui favorisent le non-respect des normes internationales du travail, le dumping social et qui est à l’origine de la catastrophe au Bengladesh… C’est pourquoi je suis pour garantir le respect des droits et des normes dans la mondialisation.

Le politique
Il est impératif que le politique renoue avec le cœur de sa fonction, celle de guide au sens noble du terme. Y compris en termes de politique économique. Or c’est flagrant : les chefs d’Etat n’ont plus le pouvoir qu’ils avaient autrefois. Ils n’ont plus la capacité de modifier les choses. Les gens en ont conscience et cela accentue les peurs et la défiance. C’est pourquoi il est urgent de retrouver une capacité opérationnelle du politique, tant au niveau international que national. Pour l’heure, les G8 et autres sommets de dirigeants se multiplient et débouchent invariablement sur des déclarations qui ne sont jamais suivies des faits. Combien de fois nous a-t-on dit qu’il n’y aurait plus de paradis fiscaux ? Qu’on allait contrôler la finance ? Durcir les réglementations bancaires ? Cette incapacité à passer à l’action est frappante. C’est pourquoi je considère essentiel que le politique retrouve ce qui, par le passé, faisait sa légitimité, à savoir sa capacité d’action et sa dimension de visionnaire.

Combat syndical
Pour moi, le rôle du syndicaliste n’a pas changé. Etre engagé dans l’action syndicale consiste toujours à avoir un idéal – le nôtre est celui de la justice sociale – et à défendre les droits des salariés dans une forme d’action collective, la légitimité du syndicat venant de ce constat simple : seul on n’y arrive pas, à plusieurs les choses deviennent possibles. Autre élément essentiel selon moi : l’indépendance syndicale, car la force première d’un syndicat c’est d’être libre de ses mouvements. A Force Ouvrière, nous sommes très rigoureux là-dessus, ce qui signifie que nous ne donnons pas de consignes de vote et que nous ne cherchons pas, comme d’autres le font, à être cogestionnaires des entreprises. Chacun son rôle. Le nôtre peut consister à être dans le combat, voire dans la grève, mais uniquement lorsque les autres outils d’expression ont échoué. Nous ne portons jamais atteinte à l’outil de travail ; nous nous efforçons toujours de privilégier la négociation. Le syndicalisme c’est des convictions, un idéal, des positions, mais c’est évidemment aussi du pragmatisme. Il faut un cap, bien sûr, mais pour y aller, il faut tenir compte de la réalité des choses. Ce qui est nouveau en revanche, c’est la dimension européenne et internationale accrue de l’action syndicale ; le fait que, désormais, tout ne se règle plus au niveau national.

Militantisme
Etre militant implique nécessairement d’être optimiste. Cela signifie qu’on estime pouvoir changer les choses. Qu’on croit au pouvoir de l’action collective sous toutes ses formes, au dialogue social, etc. Militer c’est agir sur les événements. Pour y parvenir, la négociation reste pour moi le moyen d’action privilégié mais je ne considère pas pour autant qu’il existe une limite à la contestation. Ainsi sur les retraites, si le gouvernement ne tient pas compte de nos préconisations, nous serons peut-être amenés à descendre dans la rue. Notre objectif n’est évidemment pas d’aller à la grève mais il est clair que la situation actuelle nous contraint souvent à des positions de résistance. Et c’est aussi cela notre rôle. »

Par Caroline Castets

http://www.force-ouvriere.fr

CROISSANCE, CONSOMMATION ET POUVOIR D’ACHAT PRENNENT L’EAU

PRESSE - COMMUNICATION

Voix de presse

CROISSANCE, CONSOMMATION ET POUVOIR D’ACHAT PRENNENT L’EAU

La France est entrée officiellement en récession au premier trimestre 2013, ce qui signifie techniquement un recul du PIB pendant deux trimestres consécutifs, a annoncé l’Insee le 15 mai. L’Institut national de la statistique et des études économiques a également révélé que les chutes de la consommation et du pouvoir d’achat en 2012 étaient supérieures à ce qu’il avait évalué. L’état du navire a inquiété la presse.

Midi Libre
Avis de sale temps: «Aussi exécrables que cette météo de printemps. Les dernières statistiques économiques de la France traduisent une récession officielle et l’amorce d’une spirale déflationniste, situation aggravée par le patinage de la locomotive allemande. La “stagnation” officielle de l’économie française en 2012 ne faisait guère illusion. Désormais, c’est clair: la France est entrée dans sa deuxième récession depuis 2009.» L’horizon est bouché, gardons le cap.

L’Expansion
Même si on continue à prendre l’eau: «En fait, le défi de la France est moins cette récession conjoncturelle que sa stagnation structurelle depuis quelques années. La croissance nulle de 2012 prolonge en effet le quinquennat de Nicolas Sarkozy, au cours duquel le PIB n’aura quasiment pas progressé. Le plus gros danger de la récession actuelle, c’est qu’elle accélère la fermeture d’entreprises et accentue la désindustrialisation, en grande partie responsable de la perte de dynamisme du pays.» À force de supprimer des voiles et de créer des voies d’eau...

La Dépêche
«Selon l’Insee, pour la première fois depuis trente ans le pouvoir d’achat des ménages a reculé. Il s’est dégradé de 0,9% pour la seule année 2012. Les premières prévisions tablaient sur une baisse de 0,4%, mais la tendance s’est aggravée tout au long de l’année. Il s’agit de la plus forte baisse depuis 1984 (-1,1%), après une progression de 0,7% en 2011 et de 0,9% en 2010. La récession va enclencher une cascade dévastatrice pour le portefeuille des Français.» Bref, ils vont être à sec et ramer sur le sable.

Le Républicain Lorrain
«Et plus de la moitié des Français (58%) prévoient d’acheter encore moins dans les mois à venir, selon un sondage Mediaprism publié en avril par 60 millions de consommateurs. Les premiers postes sacrifiés seront les loisirs (66%), les vacances (63%). En revanche, la baisse des dépenses sur l’alimentation atteint ses limites si l’on compare les intentions en 2012 et 2013. On entre dans le dur des coupes dans le budget familial. Récession ou pas, il faut toujours payer la nourriture, le logement et l’énergie. Sans avoir toujours la garantie d’avoir, demain, un emploi.»

FO Hebdo - Mai 2013

IL FAUT BOOSTER LA CROISSANCE SINON ON VA DANS LE MUR

Côte-d'Or - Syndicalisme

JEAN-CLAUDE MAILLY
«IL FAUT BOOSTER LA CROISSANCE SINON ON VA DANS LE MUR»

Jean-Claude Mailly, secrétaire général du syndicat Force ouvrière. Photo Emmanuel HasleDans le cadre du congrès national de la fédération générale des travailleurs de l’agriculture et de l’alimentation (FGTA-FO) qui se tenait au palais des congrès de Dijon entre mercredi et vendredi, Jean-Claude Mailly est intervenu hier matin. Le premier secrétaire de Force ouvrière a évoqué la politique économique du gouvernement, se montrant critique et invoquant l’austérité. C’est d’ailleurs sur cette thématique du « rejet de l’austérité » qu’aura lieu le traditionnel défilé du 1er mai.

Les chiffres du chômage viennent d’être publiés, avec une tendance toujours à la hausse. Un commentaire ?
« On bat des records, au moins en valeur absolue avec les chiffres de 1997, avec un 23e mois d’augmentation consécutif du chômage. Nous considérons que la courbe du chômage ne s’inversera pas avant la fin de l’année, contrairement à ce que dit le président de la République, tout simplement parce qu’on est en croissance zéro. Rappelons que les grandes inquiétudes aujourd’hui des salariés, c’est la question de l’emploi, la question du pouvoir d’achat, que l’on soit dans le public ou le privé, et la question de l’avenir du service public. »

Les bonnes volontés du gouvernement pour inverser cette tendance, faut-il tout de même les prendre en considération ?
« C’est quoi la situation aujourd’hui ? Il y a un vrai problème sur les modalités de la construction européenne. Nous sommes européens mais critiques. Depuis que le gouvernement a accepté le pacte budgétaire européen, on est rentré dans la spirale de l’austérité, en France comme ailleurs, à des degrés divers, même si on n’est pas l’Espagne ou le Portugal. »

Vous assumez donc ce terme d’austérité ?
« Oui. Vous savez ce que disait Jaurès ? “Quand les hommes ne veulent pas changer les choses, ils changent les mots”. Ce n’est donc pas la peine de parler de “sérieux budgétaire”. On est en rigueur. Les économistes considèrent que pour recréer de l’emploi en France, il faut au moins faire 1,5 point de croissance. Et à partir du moment où on réduit fortement les dépenses publiques, où on va sur une croissance nulle, je ne vois pas comment on pourrait dire l’inverse. Prenons un exemple : quand on réduit de 20 milliards les dépenses publiques – c’est l’objectif du gouvernement – on supprime 30 milliards de croissance, et on réduit les recettes fiscales de 15 milliards. Ça montre bien qu’on est dans une logique d’austérité. Ce ne sont ni les emplois d’avenir, qui ont du mal à décoller, ni les contrats de génération qui vont régler les problèmes du chômage. Il faut, au niveau national comme au niveau européen, booster la croissance, travailler sur des plans de relance, remodifier le rôle de la Banque centrale européenne, sinon, on va dans le mur, nous et les autres. »

Ce qui signifie que la France doit prendre ses distances avec l’Allemagne, qui est en période électorale ?
« L’Allemagne ne peut pas seule décider, y compris pour des raisons nationales, de l’avenir de l’ensemble de la zone euro. J’ai entendu cette semaine un responsable grec dire qu’il attend plus de la France, y compris vis-à-vis de l’Allemagne. L’Allemagne est en train de pâtir de la situation, sa croissance est en train de chuter. L’avenir de la France, si c’est lié aux relations avec la Chine (François Hollande vient d’effectuer un déplacement officiel en Chine, ndlr) et avec l’élection allemande, ça veut dire que c’est lié à deux choses extérieures. C’est quand même inquiétant. Il y a des marches de manœuvre. On ne peut pas continuer comme ça à faire des coupes successives au nom d’une bonne gestion. À la fin, on sera tous morts mais on aura un déficit zéro. »

Comprenez-vous que le gouvernement rejette l’amnistie des syndicalistes ?
« Deux choses : nous, nous n’avons jamais pratiqué les actes dits de violence, ce n’est pas notre façon de concevoir du syndicalisme tel que ça a pu s’exprimer ici ou là. Ceci étant, sur d’autres faits, il y a eu des sanctions qui ont été portées sur des syndicalistes qui ne sont pas normales. Là encore, il y a un problème de méthode. »

Êtes-vous de ceux qui disent qu’il faut changer de gouvernement pour changer de politique ?
« Je ne me prononcerai pas là-dessus, ce n’est pas le rôle d’un syndicat de choisir ses interlocuteurs. Ce n’est pas la composition d’un gouvernement qui m’importe, ce n’est pas mon problème. Par contre, ce qui est important, c’est qu’il y ait un changement de politique économique et sociale. Parce qu’il est urgent qu’on sorte de ce cercle de l’austérité. C’est essentiel. »

 Voir l'article dans son contexte originalLe Bien Public

LA CSI POINTE L’ENVERS DU DÉCOR INDONÉSIEN

PRESSE - COMMUNICATION

Croissance

LA CSI POINTE L’ENVERS DU DÉCOR INDONÉSIEN

Article paru dans FO Hebdo n°3051

Rare pays asiatique et du G20 à être passé –pour l’instant– au travers des ravages de la crise, l’Indonésie a vu sa croissance repartir à la hausse dès 2010 pour de nouveau dépasser les 6%, après deux années d’un ralentissement modéré en comparaison de celui qu’ont connu la plupart des pays.

Mais en réalité, tout n’est pas si rose. Des réductions massives d’effectifs ont été opérées, en particulier dans les secteurs de la construction, du transport et des communications, indique la CSI (Confédération syndicale internationale) dans son rapport «Nouveaux Fronts» publié en octobre. Du coup, en l’absence d’un système d’indemnisation du chômage, le nombre d’emplois informels (petits boulots non déclarés) a explosé pour représenter aujourd’hui 60% de l’emploi total. Les emplois déclarés mais précaires se sont rapidement multipliés également. Le nombre de travailleurs occasionnels atteignait ainsi 12 millions en 2009 contre 6 millions en 2001.

LA MOITIÉ DES SALARIÉS EN DESSOUS DU SEUIL DE PAUVRETÉ

De l’aveu même de la Banque mondiale, 65 millions d’Indonésiens risquent de tomber dans la pauvreté, soit plus du quart de la population, alors que près de 30 millions de personnes vivent déjà sous le seuil de pauvreté officiel.

Déjà en 2002, on estimait que près de la moitié des salariés indonésiens vivaient en deçà du seuil de pauvreté et la proportion de travailleurs entrant dans la catégorie «mal rémunérés», c’est-à-dire avec un revenu inférieur aux deux tiers du revenu médian, est passée de 29% en 2001 à 35% en 2010.

Le faible niveau des dépenses publiques dans le domaine social n’arrange rien. L’Indonésie consacre seulement 2% de son PIB (Produit intérieur brut) à la protection sociale, à l’éducation, à la santé et au logement. En comparaison, le Brésil dépense plus de 25% de son PIB dans les mêmes secteurs.  rapport-nouveaux-fronts.gif



LE MODÈLE SOCIAL DANS LA SERINGUE DES AGENCES DE NOTATION

Économie


LE MODÈLE SOCIAL DANS LA SERINGUE DES AGENCES DE NOTATION


modelesocialdenotation.jpgDes paramètres tels que la croissance, l’emploi, les droits sociaux les services publics sont autant d’éléments défavorables dans les critères d’évaluation de ces boussoles préférées des marchés financiers.

 

La France va probablement perdre son triple A après son placement sous «surveillance négative» par les trois agences de notation (Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch). Plus personne ne se fait guère d’illusion sur le sort de ce «trésor national» pour reprendre les termes d’Alain Minc, conseiller officieux de l’Elysée.

La dégradation possible de la note attribuée à la dette française entraînerait dès lors une hausse des taux d'intérêt d’emprunt de l’Etat mais aussi de tous les organismes publics ou sociaux dont il serait le garant implicite. Car, les trois agences ont placé mécaniquement «sous perspective négative» des institutions telles que des collectivités locales, la Caisse d'amortissement de la dette sociale (Cades), l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), l’Assurance Chômage (UNEDIC). Seraient également concernées toutes les entreprises où l’Etat est peu ou prou actionnaire (EDF, Aéroports de Paris, GDF Suez, Renault...).

Elles se sont ainsi bien gardé d’étudier la valeur intrinsèque de ces entités. «Quelle crédibilité peut-on donner à des agences, qui ne prennent même pas le soin d’analyser les bons fondamentaux de l’UNEDIC?», demande Stéphane Lardy, secrétaire confédéral, chargé à FO de l’Assurance chômage. Pour son homologue chargé à FO du secteur Economie, Pascal Pavageau, «elles auraient dû être discréditées au moins depuis le déclenchement de la crise financière en vigueur depuis 2008 et dont elles sont en partie à l’origine. Ce sont en effet elles qui avaient attribué des notes maximales à des établissements financiers gavés de produits toxiques (Subprimes) ayant conduit au chaos actuel». Des établissements que les Etats ont dû sauver de la faillite par l’injection massive d’argents publics. «Alors que ce type de notations de pays ou d’entreprises ne devrait pas susciter davantage d’intérêt que les opinions exprimées par toute une série d’analystes officiels ou autoproclamés», FO s’interroge sur «la fonction centrale qui leur a été dévolue par les autorités publiques et les spéculateurs (qui sont parfois leurs clients)»

Bien qu’illégitime sur le plan démocratique, un tel pouvoir ne sert en fait qu’à justifier les logiques de l’ultralibéralisme à l’œuvre dans le monde et singulièrement dans les pays européens où subsiste encore un modèle social. Leurs évaluations sont plus idéologiques que techniques. Dans ces conditions, qu’ils soient bien notés ou pas, les Etats seront toujours poussés à conduire des politiques de rigueur budgétaire au détriment de la croissance, de l’emploi, des services publics ou de la protection sociale des salariés et des citoyens.

Pour preuve, quelques jours après la dégradation de la dette américaine, Standard & Poor’s estimait en août dernier que la France avait une «politique budgétaire bien conçue» qui justifiait le maintien de son triple A… avec une perspective «stable». Autrement dit, sans risque de dégradation à moyen terme de sa note. Elle avait alors jugé positivement l’arrêt la politique de relance budgétaire et qualifié la réforme des retraites de 2010 de «mesure intelligente», notamment parce que «le gouvernement (était) resté droit dans ses bottes» alors qu’il avait «connu beaucoup de contestation de la rue». Trois mois et deux plans de rigueur plus tard, le pays était placé sous «surveillance négative»…

 

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