DÉSERTS MÉDICAUX

LE GOUVERNEMENT S’ATTAQUE AUX DÉSERTS MÉDICAUX

Santé

LE GOUVERNEMENT S’ATTAQUE AUX DÉSERTS MÉDICAUX


Parmi les annonces de la ministre de la Santé, l’accès aux soins d’urgence garanti en moins de trente minutes d’ici à 2015 et des mesures incitant les médecins libéraux à s’installer dans les zones délaissées.

C’est depuis une petite commune rurale de la Vienne, Scorbé-Clairvaux, que la ministre de la Santé a choisi de dévoiler le plan gouvernemental de lutte contre les déserts médicaux. Une urgence, d’autant plus qu’un quart des praticiens libéraux va partir à la retraite d’ici à 2017.

Alors que les jeunes médecins boudent les zones rurales et certaines banlieues, Marisol Touraine espère les convaincre de s’y installer grâce à des mesures incitatives. Cela passera d’abord par la formation des médecins, avec des stages dans un cabinet libéral, «si possible dans un territoire isolé», pour 100% des étudiants en médecine générale. Parmi les douze engagements de la ministre figure aussi le développement des bourses d’engagement de service public (1.200 euros brut par mois), allouées en échange d’un exercice des bénéficiaires dans des territoires défavorisés pendant autant d’années qu’ils auront perçu l’allocation.

FORMATION SUR LE TERRAIN

Le plan prévoit en outre de garantir à deux cents «praticiens territoriaux de médecine générale», dès l’année prochaine, un revenu minimum. Celui-ci n’a pas encore été chiffré, mais la ministre avait évoqué 55.000 euros par an (4.500 euros par mois). Pour favoriser le travail en groupe, des forfaits seront versés aux maisons de santé pluridisciplinaires, regroupant différentes professions de santé sous un même toit. De premières expérimentations de télémédecine et une accélération des transferts de compétence des médecins vers d’autres professionnels (en priorité en ophtalmologie) sont par ailleurs au programme. Et Marisol Touraine s’est engagée à ce que l’accès aux soins d’urgence soit garanti en moins de trente minutes. Aura-t-elle plus de succès que ses prédécesseurs? Depuis une dizaine d’années, les gouvernements ont tenté de convaincre les médecins d’exercer en zones sous-dotées, sans grande fortune. La loi HPST (Hôpital, patients, santé, territoires) de 2009 prévoyait initialement une amende de 3.500 euros à l’encontre des médecins libéraux refusant de consacrer une partie de leur temps aux zones sous-dotées en praticiens. Mais à la demande de Nicolas Sarkozy, cette mesure avait été gelée puis retirée via la loi Fourcade en 2011. Depuis le début des années 2000, des aides diverses à l’installation dans les territoires manquant de médecins ont été mises en place, mais les conditions n’ont pas séduit les praticiens. En 2007, l’assurance-maladie a instauré un bonus de 20% sur les honoraires des généralistes en zone déficitaire –4.200 communes potentiellement concernées–, à condition qu’ils exercent en cabinet de groupe. Si le bonus a été empoché par plusieurs centaines de médecins et a atteint jusqu’à 27.000 euros par praticien, l’opération s’est soldée en quatre ans par seulement 50 médecins supplémentaires dans ces zones défavorisées (+3%) et un coût de 17 millions d’euros.

La nouvelle convention médicale, conclue en 2011, prévoit, pour les médecins travaillant en groupe et s’engageant sur trois ans, une aide à l’investissement de 5.000 euros par an et une aide à l’activité à hauteur de 10% de leurs honoraires annuels dans la limite de 10.000 euros. Le bilan de ce dispositif n’est pas encore disponible.
FO Hebdo - Décembre 2012
 

UN DRAME QUI RELANCE LE DÉBAT SUR LES DÉSERTS MÉDICAUX

PRESSE - COMMUNICATION

Accouchement mortel

UN DRAME QUI RELANCE LE DÉBAT SUR LES DÉSERTS MÉDICAUX

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Dans le Lot, où trois maternités sur quatre ont fermé leurs portes depuis 2009, un nouveau-né est mort sur le trajet. À l’échelle nationale, un cinquième des établissements ont fermé, tandis que le nombre d’accouchements a augmenté de 5% entre 2001 et 2012.

desert-medical.jpgUne femme de 35 ans a perdu son enfant le 20 octobre, sur l’autoroute A20, alors qu’elle se rendait à la maternité de Brive-la-Gaillarde (Corrèze), située à plus d’une heure de son domicile, dans le nord du Lot. Ce drame a relancé le débat sur les déserts médicaux. Le président de la République, François Hollande, a demandé une enquête administrative, qui était en cours en fin de semaine dernière. Pour la Fédération FO des Services publics et de Santé (SPS FO), «ce drame épouvantable met en lumière les conséquences désastreuses de quinze années de fermeture des services de court séjour (médecine, chirurgie et obstétrique) dits de proximité». L’organisation syndicale y voit «les conséquences des politiques d’austérité appliquées aux établissements dans le cadre de la réduction des dépenses publiques». La fermeture d’établissements hospitaliers de proximité, qui se traduit pour les patients par un éloignement géographique et des difficultés plus grandes d’accès aux soins, est le produit d’une vision comptable de la santé. Les besoins de la population ne sont plus pris en compte. Selon une étude de la DREES (service de statistique des ministères sociaux), le nombre d’accouchements a augmenté entre 2001 et 2010 de 5% alors qu’un cinquième des maternités a fermé. De fortes disparités sont observées entre les départements. Dans huit d’entre eux, dont le Lot, mais aussi la Creuse, l’Ariège, le Gers ou la Haute-Saône, plus de la moitié des parturientes accouchent à une demi-heure ou plus de leur domicile. Dans le Lot, depuis 2009, les maternités de Saint-Céré, Gourdon et Figeac ont fermé leurs portes. Il ne reste plus dans le département que celle de Cahors.

QUID DES BESOINS DE LA POPULATION?

Résultat: le temps médian dans le Lot pour gagner une maternité est de 35 minutes et certaines parturientes doivent accomplir des trajets de plus d’une heure. C’est le cas de la jeune femme qui a perdu son enfant sur le trajet de la maternité de Brive. Elle avait le choix entre trois maternités, mais elles étaient toutes à plus d’une heure de route, alors elle a opté pour Brive car la route était meilleure.

Dans un rapport sur les fusions hospitalières des quinze dernières années, publié cet été, l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) rappelle que la politique des pouvoirs publics a porté «davantage sur les fermetures ou conversions d’activités». «Le nombre de maternités est passé de 1.369 sites en 1975 à 554 en 2008.» Une politique menée au nom de la sécurité sanitaire des patients –le nombre peu élevé d’actes effectués dans ces établissements serait source de danger... Les résultats des politiques de fermeture sont plus parlants: dans son rapport annuel 2012, publié en février dernier, la Cour des comptes notait en matière de périnatalité «un constat sanitaire plus préoccupant qu’en 2006», et elle soulignait des décès maternels «pour moitié évitables». Les magistrats de la rue Cambon préconisent «une coordination plus efficace».

Force Ouvrière, elle, demande la réouverture des services qui ont été fermés, des maternités, mais aussi des services de chirurgie et d’urgences.

FO HEBDO - Octobre 2012

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