Fédération de l'Enseignement

XVIe Congès de la Fédération de l'Enseignement, de la Culture et de la Formation professionnelle

XVIe Congès de la Fédération de l'Enseignement, de la Culture et de la Formation professionnelle

SEIGNOSSE EN 2013: 800 DÉLÉGUÉS!

Réforme des rythmes scolaires, loi Peillon, loi Fioraso, tous ces projets de territorialisation de l’enseignement ont été dénoncés par les délégués comme des lois d’austérité. La rigueur budgétaire frappe tous les secteurs de cette fédération.

«Nous partîmes cinq cents; mais par un prompt renfort nous nous vîmes...», la langue de Corneille va bien à ce XVIe congrès de la FNEC FP FO. Trois cents délégués à Saint-Jean-de-Mont en 2010 et huit cents réunis du 8 au 12 avril à Seignosse, dans les Landes. Entre-temps, le SNETAA, syndicat majoritaire dans l’enseignement professionnel, est devenu le SNETAA FO, additionnant son «potentiel militant» à celui de la FNEC, pour la défense de la formation professionnelle initiale. Plus récemment, le syndicat Indépendance et démocratie (iD), deuxième organisation chez les personnels de direction de l’Éducation nationale, s’est lui aussi affilié, créant iD FO. Le congrès l’a d’ailleurs mandaté pour proposer aux inspecteurs d’académie, eux aussi menacés, d’en faire autant. Le Secrétaire général, Patrick Fournié, a un argument: «Les autres, les accompagnateurs, représentent 75% des voix, mais nous, à iD FO, nous voulons être libres!»

Ainsi renforcée, la FNEC a pris la responsabilité d’appeler par deux fois à la grève nationale, le 12 février et le 28 mars, contre le décret du ministre Vincent Peillon sur les rythmes scolaires. Le retour à la semaine de quatre jours et demi implique une demi-journée de travail en plus, sans augmentation de salaires pour les instits ni heures d’enseignement supplémentaires pour les élèves. Par ailleurs, la semaine est organisée autour du «projet éducatif territorial», première étape du projet de loi sur la «refondation» de l’école, que FO traduit par «territorialisation» de l’école. Ainsi, Jean-Paul Paquiry (FNEC, île de la Réunion) a relaté comme un fait rare les 500 enseignants dans les rues de Saint-Denis ce jour-là.

«Nous avons formulé la revendication d’abandon du projet de loi et d’abrogation du décret et appelé à la grève, a indiqué Norbert Trichard, Secrétaire général du SNUDI FO. L’ampleur de la grève du 12 février –jusqu’à 100% de grévistes dans certaines communes– a mis à mal le dispositif du ministre. Alors qu’il déclarait en juin que tous les élèves seraient à quatre jours et demi dès septembre 2013, il a dû réduire ses ambitions, à 50% d’abord, puis à 20%.»

«Pas une seule commune du Val-de-Marne n’appliquera la réforme à la rentrée, a lancé Luc Belizeau (SNUDI 94). Le 19 janvier, réunion d’information des instits. Malgré une neige abondante rendant la circulation difficile, la salle était pleine de monde. Le 12 février, 92% de grévistes: un séisme et ses répliques. Certains maires ont tenté d’associer les syndicats dans un “comité de pilotage”, mais FO, le SNUipp et SUD s’y sont opposés.»

À Paris, pour l’abrogation du décret, instituteurs et professeurs des écoles ont fait quatre jours de grève. Jacques Borensztejn (FNEC 75) rappelle que «le 28 mars, il y avait encore 55% de grévistes malgré l’adoption, trois jours plus tôt, du projet Peillon-Delanoë par le conseil municipal. Après un moment d’abattement, un autre sentiment l’a emporté: rien n’est joué! Nous avons proposé une pétition intersyndicale demandant au DASEN de ne pas valider le projet et, en quelques jours, nous avions plus de deux mille signatures».

seulement entre 10% et 15% des communes appliqueront le décret à la rentrée

Rien n’est réglé en effet. Nationalement, seules entre 10% et 15% des communes ont choisi d’appliquer un décret pourtant publié depuis le mois de janvier. Pour le ministre, la rentrée risque d’être difficile. Les délégués y ont vu un point d’appui contre le projet de loi, toujours en cours d’examen au Parlement, qui prévoit une territorialisation des lycées et collèges et, pour les élèves, le fameux «socle commun de compétences» imposé par François Fillon en 2005. Contre les connaissances disciplinaires et les diplômes nationaux. Jacques Paris, Secrétaire général du SNFOLC, s’interroge: «Le lycée unique? Plus de baccalauréat? Plus de diplôme national?»

Le continuum bac -3, bac +3, commun aux lois Peillon et Fioraso, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, inquiète en effet le SNFOLC autant que le SNPREES. Pour Sylvain Excoffon (Saint-Étienne), «le baccalauréat ainsi placé au milieu s’oppose à toute spécialisation, donc à l’enseignement disciplinaire que dispense normalement l’université». Bernard Réty, Secrétaire général du SNPREES FO, qui a profité du congrès pour prendre sa retraite –Gilles Bourhis lui succède–, a dénoncé «les “Communautés universitaires” de territoires (Régions) créées par Mme Fioraso, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, dans la logique de l’acte III de la décentralisation». Réaffirmant la demande «d’abandon de son projet de loi d’orientation», il indiquait que tous les syndicats du supérieur ont décidé d’appeler à la grève et à manifester le jour où il sera soumis à l’Assemblée nationale.

Christian Lage, Secrétaire général du SNETAA FO, n’est pas plus tendre avec le projet de loi Peillon: «L’article 18 confie aux Régions le soin d’ouvrir ou de fermer des sections d’enseignement professionnel public. Trente Régions, trente situations différentes? 38 milliards d’euros confiés aux Régions? Seul l’État est garant et j’ai mal à mon école de la République.»

Les deux secrétaires généraux, de FO et de la FNEC, ont tenu une conférence de presse sur place, le 11 avril. Jean-Claude Mailly a ironisé: «Vous savez, le “socle” de compétences, il est sans “statue” ni “statut” dessus.» Interrogé sur les capacités à mobiliser, le Secrétaire général de FO a résumé: «Ça bouillonne sur le thème: “le changement, c’est pour quand”? Comme avec un volcan, on ne sait pas quand mais, tout à coup, ça craque.» De son côté, Hubert Raguin a évoqué «la grève historique du 12 février. Le ministre Peillon persiste. Si, sur le terrain, c’est l’expectative, il n’y a aucune démoralisation dans ce congrès». Le lendemain, Jean-Claude Mailly a prévenu les délégués: «Nous gardons les revendications, car nous sommes et restons indépendants.»

Comme l’indique son développé «Enseignement, Culture, Formation professionnelle», la fédération est présente dans de nombreux secteurs: premier et second degrés de l’Éducation nationale, de même que chez ses personnels; l’enseignement privé; l’enseignement supérieur et la recherche; l’AFPA; le ministère de la Culture; le ministère de la Jeunesse et des Sports. Tous sont confrontés aux coupes budgétaires et, partout, l’ennemi numéro un des syndicats FO*, c’est l’austérité.

Pour Hubert Raguin, «la première cible des politiques de rigueur, c’est le salaire». Le Secrétaire général de la fédération, réélu à l’unanimité à l’issue du congrès, a conclu les travaux comme il les avait commencés, par les salaires, «revendication majeure, la première et la dernière». En clôture, il pouvait annoncer: «Pour les salaires, les retraites; contre l’austérité, la rigueur, la fédération sort de son congrès en état de marche, disponible pour répondre à toute initiative interprofessionnelle de la Confédération.» Pour «bloquer le pays, pour bloquer la rigueur», précise la résolution générale, en accord avec ce que demandent les fonctionnaires FO.

Marie-Laure Schisselé
mls@force-ouvriere-hebdo.fr

* SNUDI, SNFOLC, SNETAA-FO, iD FO, SNPREES, SPASEEN, SNAC, SNFOFPA… Pour la première fois, leurs congrès et conseils nationaux se sont déroulés dans le cadre du congrès fédéral, à Seignosse.

FO HEBDO - Mai 2013

FO
 

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