plans sociaux

PLANS SOCIAUX: LE PREMIER DÉFI DU PRÉSIDENT

LCP Assemblée nationale | Emission du 28 février 2013

PLANS SOCIAUX:
LE PREMIER DÉFI DU PRÉSIDENT

Jean-Claude Mailly, secrétaire général Force Ouvrière était invité à débattre sur de nombreux points: Comment le gouvernement Ayrault peut-il sauver ces emplois? Ces plans sociaux peuvent-ils être évités?
Après la trêve présidentielle, la menace des plans sociaux ressurgit. Aujourd'hui tous les secteurs semblent concernés et plusieurs milliers d'emplois seraient détruits. Dernière rumeur, la suppression de 5.000 emplois en trois ans chez Air France, dont la moitié serait des départs volontaires. Une information publiée par Le Figaro et démentie par la direction de la compagnie aérienne. D'autres bruits circulent, dans le secteur de l'automobile cette fois : l'usine PSA d'Aulnay-sous-bois qui emploie 3.100 salariés pourrait fermer en 2014, en incluant tous les sous-traitants également concernés, ce sont 10.000 emplois de la Région Ile-de-France qui seraient en danger. La grande distribution est aussi touchée par cette vague de plans sociaux. Chez Carrefour, les syndicats s'inquiètent de l'annonce prochaine de 3.000 et 4.000 suppressions d'emplois, dans les magasins et au siège du groupe. Certains de ces plans sociaux sont encore en attente. D'autre en revanche ont été confirmés et déclenchés : ArcelorMittal en Moselle, Petroplus à Petit-Couronne, Meryl Fiber dans le Pas-de-Calais, et Fralib dans les Bouches-du-Rhône…


Plans sociaux : le premier défi du président par LCP

Éditorial de Jean-Claude Mailly, Secrétaire général de Force Ouvrière, daté du mercredi 5 septembre 2012

L'Éditorial de Jean-Claude Mailly

RENTRÉE: TROIS DOSSIERS DÉTERMINANTS

Après un collectif budgétaire au début de l’été qui allait plutôt dans le bon sens en rééquilibrant notamment certaines dispositions fiscales, les choses se gâtent en cette rentrée 2012.

L’Europe est en récession, le chômage y augmente partout, les pays qui ont le plus imposé l’austérité (Grèce, Espagne, Italie, Portugal par exemple) sont les plus percutés.

En France le chômage s’accroît, le nombre de trois millions de personnes est officiellement atteint, les fins de CDD, d’intérim et les plans sociaux sont là.

Dans les mesures prises par le gouvernement, au-delà des emplois d’avenir et des contrats de génération, trois dossiers sont déterminants en cette rentrée.

Le premier est le dossier européen, avec le traité dit TSCG, qui doit être débattu au Parlement. Force Ouvrière, comme d’ailleurs la Confédération européenne des syndicats, confirme son opposition à un traité marqué par l’orthodoxie budgétaire et monétaire libérale, qui veut inscrire dans le marbre l’austérité.

Dans une telle logique, comme on le voit déjà, les marges de manœuvre qui restent visent à remettre en cause les services publics, les régimes sociaux, le droit du travail. La rigidité économique libérale s’affronte à la république sociale.

Force Ouvrière, comme nous l’expliquons depuis plusieurs mois, s’adressera aux parlementaires pour leur demander de ne pas ratifier ce texte.

Le second est une négociation sur l’emploi. Alors qu’à l’issue de la conférence sociale le Premier ministre avait retoqué les accords compétitivité-emploi, ils semblent revenir sous la pression du patronat et l’acquiescement de la CFDT.

Le Secrétaire général de la CFDT, qui s’inscrit dans l’inéluctabilité du système et pour qui il ne doit y avoir qu’une logique économique possible (celle en vigueur) qu’on ne peut qu’amender, endosse les thèmes de l’adaptabilité ou de l’allégement du coût du travail.

Ce que veut le patronat, c’est supprimer la possibilité pour un salarié de s’opposer à une modification substantielle de son contrat de travail –ce qui peut conduire à un licenciement économique. Et surtout, si au moins 10 salariés s’y opposent, c’est l’obligation de mettre en place un plan social avec toutes les obligations qui en découlent.

C’est cela que nous n’acceptons pas. Quand une entreprise a réellement des difficultés, nos syndicats peuvent négocier –et nous les soutenons– des accords prévoyant, par exemple, une modération des salaires contre un maintien de l’emploi. Mais nous ne voulons pas que les dispositions précitées disparaissent car c’est une arme en moins dans les négociations.

C’est une question de cohérence entre nos positions et analyses économiques et sociales. On ne sortira pas de la crise en flexibilisant le droit du travail ou en le précarisant davantage.

Enfin, les inquiétudes demeurent lourdes sur l’avenir du service public. Si la méthode RGPP semble abandonnée, ce n’est pas le cas pour ses finalités.

En la matière, on a de plus en plus le sentiment que la distinction s’apparente à celle existant entre Coca et Pepsi.

Il va donc falloir confirmer nos positions et revendications en gardant l’essentiel et en prenant garde à ce qu’un dialogue social normal ne se transforme pas en réunionite anesthésiante.

FO Hebdo - Septembre 2012

JEAN-CLAUDE MAILLY :"LE DIALOGUE NORMAL NE SUFFIT PAS"

jc-ldialogue-social-ne-suffit-pas-le-monde.jpg JEAN-CLAUDE MAILLY :"LE DIALOGUE NORMAL NE SUFFIT PAS"


Jean-Claude Mailly demande au gouvernement de faire davantage pour le pouvoir d'achat.

« Le Monde » Que vous inspire la stagnation de l'économie française depuis trois trimestres ?

Nous sommes dans une situation de pré-récession, avec les conséquences que l'on sait en matière d'emploi. La politique menée au niveau européen enfonce l'économie dans la récession. Par exemple, si l'on fait le total des plans d'austérité menés dans les différents pays d'Europe, leur montant équivaut largement aux 120 milliards d'euros du plan de relance européen.

Vous n'êtes pas convaincu par le pacte budgétaire européen ?

Ce traité, par les contraintes qu'il impose et les sanctions automatiques qu'il prévoit, enfonce le clou de l'austérité. Nous allons nous adresser aux députés pour leur demander de ne pas le ratifier.

Vous portez ce message depuis longtemps. N'est-ce pas un constat d'échec pour le syndicalisme européen ?

C'est vrai, mais je ne dis pas que c'est un constat d'échec. Nous vivons une situation de crise inédite, et les choses ne sont pas faciles dans de nombreux pays. La Confédération européenne des syndicats (CES) a par ailleurs pris pour la première fois une position d'opposition par rapport au traité européen.

Comment jugez-vous les 100 premiers jours de François Hollande ?

Sur la méthode, c'est plus sain qu'auparavant. Nous avons un président qui préside et un gouvernement qui gouverne, qui prend ses responsabilités. Il y a une restauration d'un dialogue normal.
Mais cela ne suffit pas. Certes, dans le collectif budgétaire, il y a des mesures qui vont dans le bon sens, comme le rééquilibrage sur l'ISF, mais je crains que le projet de budget pour 2013 n'aille pas dans la même direction, avec notamment des réductions de la dépense publique.
Les lettres plafond prévoient des baisses d'effectifs dans de nombreux ministères. Le gouvernement s'est engagé à mener un audit de la Révision générale des politiques publiques [RGPP – non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite] mais, sans en attendre le résultat, il annonce des décisions.

Etes-vous prêt à accepter la stabilisation des effectifs dans la fonction publique contre une modération salariale ?

Non. Si, pour 2012, les jeux sont faits, avec un gel des rémunérations, nous attendons de voir pour 2013. Il y a une demande de pouvoir d'achat des fonctionnaires.

Les décisions sur le smic ou sur la création de 150 000 emplois d'avenir ne trouvent-elles pas grâce à vos yeux ?

Sur le smic, c'est insuffisant. Quant aux emplois d'avenir, je ne veux pas qu'ils servent de période d'essai pour une embauche de jeune, afin de vérifier son potentiel avant un recrutement, ce qui reviendrait à un contrat première embauche[CPE].
Il faut que, dès le départ, il y ait une formation avec ces contrats et qu'on ne les installe pas seulement pour dégonfler les statistiques du chômage. Pas question non plus qu'ils soient déversés dans l'administration alors que l'on va y supprimerdes postes.

Le principe des accords compétitivité-emploi, auquel vous êtes opposé, devrait être inclus dans la négociation en septembre. Qu'allez-vous faire ?

Tout dépend de ce qui prime dans le document d'orientation que prépare le gouvernement. A l'issue de la conférence sociale, le premier ministre avait dit que la négociation compétitivité-emploi était terminée. La feuille de route publiée juste après était plus ambiguë et nous est restée en travers de la gorge.
J'ai bien vu que Laurence Parisot [La présidente du Medef] avait menacé de ne pas négocier pour obtenir ce qu'elle souhaitait. Si le gouvernement lui donne satisfaction, je me poserai de mon côté la question de notre participation. Le salaire est la contrepartie de la vente de la force de travail ; je refuse qu'il fluctue en fonction de la situation de l'entreprise.

Comment éviter, alors, les plans sociaux qui se multiplient ?

J'en ai assez des donneurs de leçons, qui disent que, pour sortir de la crise, il faut plus de flexibilité. Cela n'a pas empêché la Grèce et l'Espagne d'entrer en récession. En France, il y a déjà de la flexibilité, y compris depuis les 35 heures.
Le gouverneur de la banque de France [Christian Noyer] qui vit dans les salons de la Banque centrale européenne et veut plus de flexibilité, ne doit pas se rendrecompte de ce que c'est que de vivre au smic.

Voyez-vous des mesures d'urgence qu'il faudrait prendre ?

D'abord, il faut soutenir la demande interne. Ensuite, la mise en place de la banque publique d'investissement est une urgence, car les TPE-PME rencontrent trop de difficultés pour emprunter. Il faut aussi aller vite, pour empêcher lesentreprises de fermer un site qu'elles pourraient revendre. Quant à l'allocation équivalent-retraite, elle doit être rétablie. Tout cela suppose de sortir des clous budgétaires, mais il faut savoir ce que l'on veut.

L'automne risque d'être fort peu propice à un mouvement d'ampleur...

Il est difficile de dire ce qui va se passer dans les prochaines semaines. Nous sommes dans une phase où nous attendons que les choses soient éclaircies. Nous allons aussi réaffirmer nos positions.


« Le Monde » Que vous inspire la stagnation de l'économie française depuis trois trimestres ?

Nous sommes dans une situation de pré-récession, avec les conséquences que l'on sait en matière d'emploi. La politique menée au niveau européen enfonce l'économie dans la récession. Par exemple, si l'on fait le total des plans d'austérité menés dans les différents pays d'Europe, leur montant équivaut largement aux 120 milliards d'euros du plan de relance européen.

Vous n'êtes pas convaincu par le pacte budgétaire européen ?

Ce traité, par les contraintes qu'il impose et les sanctions automatiques qu'il prévoit, enfonce le clou de l'austérité. Nous allons nous adresser aux députés pour leur demander de ne pas le ratifier.

Vous portez ce message depuis longtemps. N'est-ce pas un constat d'échec pour le syndicalisme européen ?

C'est vrai, mais je ne dis pas que c'est un constat d'échec. Nous vivons une situation de crise inédite, et les choses ne sont pas faciles dans de nombreux pays. La Confédération européenne des syndicats (CES) a par ailleurs pris pour la première fois une position d'opposition par rapport au traité européen.

Comment jugez-vous les 100 premiers jours de François Hollande ?

Sur la méthode, c'est plus sain qu'auparavant. Nous avons un président qui préside et un gouvernement qui gouverne, qui prend ses responsabilités. Il y a une restauration d'un dialogue normal.
Mais cela ne suffit pas. Certes, dans le collectif budgétaire, il y a des mesures qui vont dans le bon sens, comme le rééquilibrage sur l'ISF, mais je crains que le projet de budget pour 2013 n'aille pas dans la même direction, avec notamment des réductions de la dépense publique.
Les lettres plafond prévoient des baisses d'effectifs dans de nombreux ministères. Le gouvernement s'est engagé à mener un audit de la Révision générale des politiques publiques [RGPP – non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite] mais, sans en attendre le résultat, il annonce des décisions.

Etes-vous prêt à accepter la stabilisation des effectifs dans la fonction publique contre une modération salariale ?

Non. Si, pour 2012, les jeux sont faits, avec un gel des rémunérations, nous attendons de voir pour 2013. Il y a une demande de pouvoir d'achat des fonctionnaires.

Les décisions sur le smic ou sur la création de 150 000 emplois d'avenir ne trouvent-elles pas grâce à vos yeux ?

Sur le smic, c'est insuffisant. Quant aux emplois d'avenir, je ne veux pas qu'ils servent de période d'essai pour une embauche de jeune, afin de vérifier son potentiel avant un recrutement, ce qui reviendrait à un contrat première embauche[CPE].
Il faut que, dès le départ, il y ait une formation avec ces contrats et qu'on ne les installe pas seulement pour dégonfler les statistiques du chômage. Pas question non plus qu'ils soient déversés dans l'administration alors que l'on va y supprimerdes postes.

Le principe des accords compétitivité-emploi, auquel vous êtes opposé, devrait être inclus dans la négociation en septembre. Qu'allez-vous faire ?

Tout dépend de ce qui prime dans le document d'orientation que prépare le gouvernement. A l'issue de la conférence sociale, le premier ministre avait dit que la négociation compétitivité-emploi était terminée. La feuille de route publiée juste après était plus ambiguë et nous est restée en travers de la gorge.
J'ai bien vu que Laurence Parisot [La présidente du Medef] avait menacé de ne pas négocier pour obtenir ce qu'elle souhaitait. Si le gouvernement lui donne satisfaction, je me poserai de mon côté la question de notre participation. Le salaire est la contrepartie de la vente de la force de travail ; je refuse qu'il fluctue en fonction de la situation de l'entreprise.

Comment éviter, alors, les plans sociaux qui se multiplient ?

J'en ai assez des donneurs de leçons, qui disent que, pour sortir de la crise, il faut plus de flexibilité. Cela n'a pas empêché la Grèce et l'Espagne d'entrer en récession. En France, il y a déjà de la flexibilité, y compris depuis les 35 heures.
Le gouverneur de la banque de France [Christian Noyer] qui vit dans les salons de la Banque centrale européenne et veut plus de flexibilité, ne doit pas se rendrecompte de ce que c'est que de vivre au smic.

Voyez-vous des mesures d'urgence qu'il faudrait prendre ?

D'abord, il faut soutenir la demande interne. Ensuite, la mise en place de la banque publique d'investissement est une urgence, car les TPE-PME rencontrent trop de difficultés pour emprunter. Il faut aussi aller vite, pour empêcher lesentreprises de fermer un site qu'elles pourraient revendre. Quant à l'allocation équivalent-retraite, elle doit être rétablie. Tout cela suppose de sortir des clous budgétaires, mais il faut savoir ce que l'on veut.

L'automne risque d'être fort peu propice à un mouvement d'ampleur...

Il est difficile de dire ce qui va se passer dans les prochaines semaines. Nous sommes dans une phase où nous attendons que les choses soient éclaircies. Nous allons aussi réaffirmer nos positions.

Anne Eveno et Jean-Baptiste Chastand (Propos recueillis)

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Le Monde

SOUS LA CAMPAGNE LES RESTRUCTURATIONS

PRESSE - COMMUNICATION

Voix de presse

SOUS LA CAMPAGNE LES RESTRUCTURATIONS


Des plans sociaux pourraient avoir été retardés pour n’être mis en œuvre qu’après les élections présidentielles et législatives. Une possibilité largement envisagée.


20 minutes
«Sarkozy a perdu son emploi ce dimanche et pourrait être imité par des milliers de salariés français victimes de plans de restructuration.»



Le Monde
Car «si la campagne a permis le sauvetage par le gouvernement de Lejaby, Photowatt, Petroplus, Fonderie du Poitou, et peut-être de Néosécurité, elle a aussi ralenti des re-structurations. Selon la Dares (ministère du Travail), 135 plans de sauvegarde de l’emploi (PSE) ont été notifiés en janvier et février, en baisse de 18% par rapport à 2011». Une baisse paradoxalement inquiétante.

Le Figaro
«Ce pourrait être l’effet gueule de bois du lendemain des élections. Certaines entreprises ont en effet, sous la pression du précédent gouvernement ou en attendant une période plus propice, remis à après la campagne électorale des plans de restructuration qu’elles jugent nécessaires. Pour les sociétés dans lesquelles l’État est actionnaire, le message avait été très explicite: pas de “suppressions d’emplois” en France. Premier visé, le groupe nucléaire Areva s’était plié à la consigne et il réduit actuellement ses effectifs (1 200 postes) en Allemagne.»

La Dépêche
Ces «rumeurs de plans sociaux après la présidentielle» sont «la crainte des syndicats. Ils redoutent que des plans sociaux retardés n’interviennent après la présidentielle. Au mois de février, François Chérèque (CFDT) avait tiré le signal d’alarme, affirmant que “des chefs d’entreprise et DRH [lui disaient] que toutes les semaines le ministère leur [téléphonait] […] pour qu’ils reportent à plus tard” leurs plans sociaux».

Le Point
«Le Secrétaire général de FO a expliqué que ses craintes étaient fondées sur “le ralentissement économique” et sur des difficultés attendues dans certains secteurs, citant la métallurgie ou la grande distribution.» Ajoutant que «des projets sont en cours dans les entreprises comme Air France, dans les télécoms, donc ça peut faire mal, il peut y avoir une vague, après la présidentielle, de plans sociaux», et que «quand ça touche les grandes entreprises, derrière ça touche les sous-traitants, donc on a une forte inquiétude là-dessus».

Challenges
«En effet, les procédures de plan de sauvegarde de l’emploi ne pèsent que pour 5% des destructions d’emplois dans ce pays. L’essentiel se fait via des fins de missions d’intérim et le non-renouvellement des CDD», selon Pierre Beretti, P-DG d’Altedia.

L’Est Républicain
Et au-delà, car les répercussions se propagent partout. Ainsi, à Besançon, «trois emplois en moins dans la boutique de la rue des Granges. Le magasin de Dole définitivement fermé en juin prochain. Les boucheries Croppet frappées de plein fouet». Une économie meurt à petit feu.

FO Hebdo - Mai 2012

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