CONTRAT DE TRAVAIL UNIQUE: UNE DÉMARCHE PERVERSE !



L'Éditorial de Jean-Claude Mailly

 CONTRAT DE TRAVAIL UNIQUE

UNE DÉMARCHE PERVERSE

 

Évoquée lors de la campagne présidentielle de 2007, l’idée de mettre en place un contrat de travail unique refait surface à l’initiative de l’ANDRH (Association nationale des directeurs des ressources humaines). Que cela se fasse au début de la campagne présidentielle 2012 n’est vraisemblablement pas un hasard. Mais laissons là ces considérations politiciennes.

Il s’agirait de mettre en place une espèce de CDI soft, ou sous-CDI, ayant vocation à devenir le seul contrat de travail. Ainsi, en début de contrat, les garanties des salariés seraient plus faibles qu’actuellement. Elles monteraient en puissance au fil de l’ancienneté. Une telle démarche est perverse.

Ses promoteurs expliquent que c’est une façon de mettre fin aux CDD et autres contrats précaires (ce serait social en quelque sorte!). Ils oublient de préciser qu’ils mettraient en place un contrat unique flexible.

C’est comme si un médecin disait à un patient, il y a deux solutions pour vous soigner:

- la première, c’est de vous donner un médicament pas cher mais peu efficace (le contrat précaire);

- la deuxième, c’est de vous donner un traitement efficace mais coûteux (le CDI).

Mais comme je suis humain et que je tiens compte de l’objectif de réduction des dépenses de santé, je vais vous donner un troisième médicament, moyennement efficace mais pas trop cher (le contrat unique).

Il y a fort à parier que le patient – et il aura raison – ira voir un autre médecin.

Si les DRH en question voulaient se montrer «social», ils pourraient, par exemple, réclamer l’interdiction des stages hors cursus, la fin des contrats d’usage, la non-acceptation des CDD étudiants et la généralisation des CDI. Enfin un tel contrat, contraire à la convention 158 de l’OIT car ne comportant pas de motif réel et sérieux de licenciement, risquerait de connaître le même sort que le CNE.

L’ANDRH voudrait aussi, pour favoriser la syndicalisation (sic), prélever directement sur la fiche de paye la cotisation syndicale en en prenant en charge une partie pouvant aller jusqu’à 50%.

Autrement dit, plutôt que de faciliter le droit syndical on aide financièrement l’individu. Et on imagine déjà l’empressement des salariés à afficher auprès de l’employeur leur appartenance syndicale!

On avait connu l’ANDRH plus inspirée.

Quand on entend tout cela, quand on voit par ailleurs les députés du Nouveau Centre décider, avec l’appui de la majorité, la création d’une commission d’enquête sur le financement du dialogue social par l’État, on ne peut que constater une vague croissante d’antisyndicalisme primaire dont, comme toujours, l’objectif est l’intégration, la pression, la suspicion avec comme conséquences des atteintes à la liberté et à la démocratie.

Nous conseillons d’ailleurs au Nouveau Centre de changer de nom pour s’appeler «Nouvelle Inquisition».
FO Hebdomadaire - Juin 2011
 

 

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