ÉDITORIAL DE JEAN-CLAUDE MAILLY



L'Éditorial de Jean-Claude Mailly

RÉFORMISTES ET REBELLES



Depuis 2007, année où la crise a éclaté, nous expliquons que cette dernière est profonde, que c’est une crise du capitalisme et qu’il est dès lors essentiel, pour en sortir réellement, de revoir le modèle. Cela signifie en particulier de s’attaquer à trois des points à l’origine des problèmes:

- une répartition des richesses de plus en plus inégalitaire;
- une construction européenne qui tourne le dos au progrès social car elle ne cesse de renforcer le néolibéralisme et les politiques restrictives, pénalisant les travailleurs et les citoyens;
- une déréglementation généralisée, notamment en matière financière.

Sur le premier point, force est de constater que les choses ne se sont pas arrangées. Elles se sont même aggravées avec la crise au travers notamment du chômage (+700 000 en France), d’une pauvreté croissante, de réduction de la fiscalité pour les plus aisés, de tensions sur les salaires.

Sur le deuxième point, l’exemple du pacte «euro-plus»* confirme l’ancrage de la construction européenne dans une démarche d’austérité qui éloigne de plus en plus l’Europe des attentes populaires.

Sur le troisième point pas grand-chose n’a été fait, les paradis fiscaux et centres financiers offshore continuant à exister, les banques continuant à mélanger activité de dépôt et activités spéculatives. En fait, les gouvernements ont pour le moment surtout étouffé l’incendie à coups de milliers de milliards d’euros ou de dollars, mais la braise est toujours là.

Ce qui signifie que la crise, tel un volcan, peut repartir de plus belle avec une différence notable par rapport à 2008-2009: les sommes astronomiques engagées ont fait exploser les déficits publics et les marges de manoeuvre sont aujourd’hui plus restreintes. Les institutions financières, à l’origine de la crise, ont de fait capté l’argent des citoyens pour «se refaire» et repartir de plus belle.

Tout cela explique pourquoi, dans certains des pays les plus touchés (Grèce ou Espagne par exemple), l’exaspération monte et l’indignation s’exprime.

Comment ne pas comprendre ce qui s’est passé en Espagne où 20% des actifs sont au chômage, où près d’un jeune sur deux ne trouve pas de travail et est ainsi empêché d’acquérir son autonomie et sa liberté? Dans une telle situation le rôle des syndicats est essentiel. D’abord en réaffirmant clairement et fortement les revendications. C’est le cas en matière de salaires. L’augmentation du pouvoir d’achat des salaires est non seulement une attente forte, c’est aussi un levier essentiel pour obtenir une autre répartition des richesses et un changement de politique économique, le deuxième étant la fiscalité.

En France, nos revendications en la matière s’adressent au gouvernement vis-à-vis de ses propres salariés. Elles concernent également le SMIC qui devrait, selon nous, atteindre 80% du salaire médian (actuellement de 1 600 euros net par mois). Ce qui suppose plusieurs coups de pouce significatifs. De même, notre revendication de prime transport (pour le transport individuel), de l’ordre de 400 euros par an minimum, doit être activée. Outre les salaires, nos revendications portent aussi, bien entendu, sur les régimes sociaux, les conditions de travail, les services publics ou la stratégie industrielle.

Il est important de montrer la cohérence de nos revendications. Il ne s’agit pas d’avoir un «projet», car nous restons et resterons un syndicat. Mais nos revendications, en visant à l’émancipation des travailleurs, contribuent aussi à combattre la logique du système. Réformistes et rebelles, tels nous sommes, tels nous devons rester.

* Cf. précédent éditorial.

FO Hebdomadaire - Mai 2011

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