éditorial - Didier ROSEZ - Jean-Claude MAILLY

La France n’est pas championne du monde… des emplois publics

 

Contrairement à toutes les idées reçues et aux discours inlassablement répétés sur la dépense publique, une étude récente du Centre d’Analyse Stratégique* (revue«acteurs publics» de février 2010) fait une mise au point argumentée et
intéressante.


La France emploie 89,5 fonctionnaires pour 1000 emplois, derrière la Suède (150 fonctionnaires pour 1000 emplois)…. et le Royaume-Uni (90 fonctionnaires pour 1000 emplois). Il faut compléter ces chiffres par le bilan sans complaisance de certaines politiques de réduction des dépenses publiques, comme celle qui a été engagée par le Canada en 1994, et qui a notamment servi de modèle à la R.G.P.P. dans notre pays. On compte aujourd’hui au Canada davantage de fonctionnaires par habitant !


Il en est de même en Belgique, au Japon, pays qui après une politique volontariste de réduction des effectifs, ont réembauché dans les services généraux d’administration. On constate aussi,  fait troublant, que dans le même temps, les effectifs des collectivités locales de ces pays ont augmenté…


Cette étude fait également un sort à la question du niveau de rémunération. Le total des rémunérations des agents publics français (fonctionnaires et agents employés par le secteur public) pèse 13% du P.I.B., ce qui place la France au 5ème rang des pays de l’O.C.D.E. Quant au niveau moyen des rémunérations, le
pouvoir d’achat a augmenté de 1,3 % par an, depuis 10 ans… soit une progression inférieure de 0,3 point à celle de la moyenne des pays de l’O.C.D.E.


La politique de pression sur les salaires des fonctionnaires ou des agents publics, poursuivie par les différents gouvernements depuis les années 90 est une réalité. Qui peut encore prétendre que les fonctionnaires sont des «nantis» lorsqu’on connaît la situation réelle !


Seuls 44 points d’indice (200 euros) et la revalorisation de la valeur du point, permettront de retrouver pour un premier temps un salaire décent.  Il faudrait maintenant diminuer le nombre de fonctionnaires, quitte à créer le principe du licenciement sur la base du refus de 3 propositions de poste, dans le cadre d’une
réorganisation. Ce principe est connu dans la fonction publique territoriale depuis 1984. Aujourd’hui, le gouvernement fait le constat qu’en accélérant les fermetures de services publics dans le cadre de la R.G.P.P., il bute sur la garantie statutaire de l’emploi. Il lui faut donc trouver une mesure lui permettant de se défaire de fonctionnaires !


Ce type d’étude est trop rare pour ne pas être souligné. C’est la voix de la raison. Les prémices du débat sur le dossier de la retraite vont dans le même sens :

réduire à la portion congrue la part du collectif et laisser les forces du marché agir, qu’il s’agisse des fonds de pension ou des entreprises délégataires des
services publics…


Pour nous, la dépense publique n’est pas un boulet qui empêche la France d’avancer, mais la garantie du respect des valeurs républicaines, de la protection des publics fragiles et du «vivre ensemble». Ne soyons pas spectateurs de cette contre-réforme, mais engagés et déterminés. La mobilisation de tous les salariés est indispensable !


Didier ROSEZ
Secrétaire Général

 

Jean-Claude Mailly "Edito" suite et fin Cliquer sur suite...

Le gouvernement a décidé de brusquer les choses et, plutôt que d’attendre
2012 comme prévu, il veut lancer une nouvelle série de mesures dès cette
année. De rapport du COR en petites phrases, les ministres cherchent à conditionner l’opinion publique à ce qui est présenté comme inéluctable.


Il serait inéluctable de reculer l’âge légal du départ en retraite (61 ans, 62,
65 ans ?), inéluctable d’allonger (encore !) la durée de cotisations, etc. Et
dans la foulée, certains réfléchissent à de nouveaux systèmes de gestion (système par points, comptes notionnels –cf. la dernière lettre aux syndicats et circulaire du secteur retraites-).


Mais au-delà des arguments techniques, ce qui apparaît inéluctable, c’est la
nécessité de mettre un coup d’arrêt à la dégradation du système des retraites : 40 ans, c’est déjà trop !


D’autres pistes que celles du gouvernement peuvent et doivent être explorées, en particulier celles du financement, pistes que la confédération avait exposées en 2003. Sinon, cela signifierait que le but est de prolonger les « réformes» BALLADUR et FILLON qui aboutissent objectivement à une baisse du rendement des taux de retraites et de s’attaquer au Code des pensions de la fonction publique, en particulier l’indexation sur les 6 derniers mois. Le message – même pas subliminal – adressé à la commission européenne est clair : « nous allons réduire les déficits en faisant payer la note de la crise aux salariés ».


Mais cette politique – identique dans tous les pays de l’UE – passe de plus en plus mal. Il a été possible de mobiliser des milliards pour les banques, mais à
l’occasion du grand emprunt, le gouvernement a refusé d’investir dans le fonds de resserve des retraites. Qui peut comprendre que l’on fasse deux poids, deux mesures ?


FORCE OUVRIERE affirme ses positions et n’acceptera pas de se plier au plus petit dénominateur commun qui sortirait d’une intersyndicale. Les salariés
sont pour l’unité d’action mais dans la clarté des revendications. C’est ce que nous dirons et ferons dans ce dossier, y compris en prenant toutes nos responsabilités dans la mobilisation.


Bon courage.

 

Extrait Editorial : La Tr i b u n e FO Santé N°63 à télécharger dans la zone membre

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Vous disposez d'un droit d'accès, de rectificat ion, de modification et de suppression des données qui vous concernent (Art. 34 de la loi Informatique et Liberté du 6 janvier 1978) sur l'ensemble du site. Pour l'exercer, Cliquez sur cette bannière pour contacter le webmaster