En guise d'éditorial de Jean-Claude Mailly - 29/01/2014

L'Éditorial de Jean-Claude Mailly

«CETTE LOGIQUE DE L’OFFRE EST INEFFICACE, VOIRE DANGEREUSE»

Vous avez violemment condamné le «pacte de responsabilité» proposé par François Hollande. Pourquoi une telle sévérité?
Jean-Claude Mailly: La réalité, c’est que François Hollande a donné les clés du camion au patronat et nous demande de monter dans la remorque. Le président de la République a choisi d’acquiescer aux demandes du patronat, et plus particulièrement du Medef. Ce faisant, il a choisi Jean-Baptiste Say plutôt que John Maynard Keynes. Or cette logique de l’offre est inefficace, voire dangereuse.
Inefficace parce qu’on a déjà pu constater que les allégements généraux de cotisations, ça ne marche pas; dangereuse parce qu’elle s’accompagne d’une réduction drastique des dépenses publiques et sociales. Cette politique d’austérité freine l’activité économique. Elle nous a déjà fait perdre 2,6 points de croissance.

N’y a-t-il pas de votre part une forme de clientélisme? FO a une plus forte audience dans le public que dans le privé...
Jean-Claude Mailly: Pour FO, qui a plus d’adhérents dans le privé que dans le public, il s’agit d’un problème de fond. Avec la «Modernisation de l’action publique», le gouvernement actuel agit comme le précédent avec sa «Révision générale des politiques publiques». D’ailleurs, aucune décision du quinquennat précédent n’a été remise en question. Au contraire, même: on en rajoute. Et nous n’avons toujours pas obtenu un débat sur le rôle et les missions générales du service public, pourtant indispensable avant toute réforme. Toutes ces annonces n’ont qu’un objectif: faire des économies à tout prix. Et tant pis pour les conséquences pour les usagers et pour la République. Pour FO, la République une et indivisible est en danger.

Selon vous, donc, le discours de François Hollande du 31 janvier marque un tournant?
Jean-Claude Mailly: Le tournant a eu lieu à la signature du pacte budgétaire européen. On assiste à une accélération. François Hollande s’affirme social-démocrate, mais, en réalité, il fait du social-libéralisme ou socialisme de l’offre, un oxymore. Ce choix est dangereux car il fait le lit des mouvements de rejet de l’autre, dont l’Histoire a montré qu’ils prospèrent sur la misère. Le changement, c’est pour quand? demandent les salariés.

Dans les sondages, les sympathisants de FO sont nombreux à dire qu’ils votent Front national. Et le 29 janvier, vous allez tenir un meeting seul alors que quatre autres syndicats se mobilisent ensemble contre le racisme. N’avez-vous pas peur de cultiver une image ambiguë?
Jean-Claude Mailly: Un seul secrétaire général de confédération a été menacé par le FN d’être attaqué en justice: moi. Tenir un meeting ensemble, ce n’est pas ça qui va régler le problème. Pour le régler, il faut combattre ce qui est à l’origine de sa montée: l’austérité est suicidaire socialement, économiquement et démocratiquement.

Qu’attendez-vous donc des vœux du chef de l’État, mardi matin, aux forces économiques?
Jean-Claude Mailly: Nous refusons de nous faire instrumentaliser. Pour nous, il ne saurait être question de rentrer dans une mécanique d’union nationale et de confusion des responsabilités. Quant à négocier des contreparties à la baisse des cotisations annoncée par le chef de l’État, je n’y crois pas. Quand une aide est ciblée, on peut contraindre les entreprises à respecter des engagements précis, pas si l’aide est généralisée.
Je ne crois pas non plus que, en baissant les cotisations par étapes, chacune pourrait être conditionnée au respect d’engagements précis. Le temps d’évaluer le résultat, il sera trop tard. Les contreparties évoquées par François Hollande sont illusoires. Une entreprise n’embauche que si son carnet de commandes le lui permet. La réalité, c’est que les entreprises vont restaurer leur taux de marge. Mais pour quoi faire, pour investir ou pour augmenter les dividendes versés, comme certaines le font déjà avec le Cice?

Propos recueillis par Leïla de Comarmond dans une interview publiée dans Les Échos du 21 janvier 2014.

http://www.force-ouvriere.fr/

ÉDITORIAL DE JEAN-CLAUDE MAILLY

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