LES ÉTATS DOIVENT S'ÉMANCIPER DES MARCHÉS

 

L'Éditorial de Jean-Claude Mailly

«LES ÉTATS DOIVENT S'ÉMANCIPER DES MARCHÉS»

 

Le Figaro. - FO a réagi de manière mesurée au plan antidéficit de François Fillon. Est-ce une caution déguisée à la rigueur ?
Jean-Claude MAILLY. - Pas du tout. Le tournant de la rigueur a été pris bien avant l'été. La révision générale des politiques publiques (RGPP) s'inscrit pleinement dans une logique d'austérité, que FO a condamnée dès 2007 et qui est suicidaire. Même Christine Lagarde met aujourd'hui en garde contre les conséquences sur la croissance. Cela dit, nous avons, par exemple, échappé à une hausse du ticket modérateur qui a été envisagée, même si la taxe sur les complémentaires santé risque de se traduire par de moindres remboursements ou des hausses de cotisations. Nous avons aussi noté le très léger rééquilibrage de la fiscalité entre capital et travail.


Convenez-vous que le poids de la dette ne laisse plus guère de choix : il faut redresser les comptes ?
Le problème est mal posé. Les gouvernements doivent s'émanciper des marchés financiers. La réglementation promise dans les G8 et G20 lors de la crise de 2008 n'a pas été mise en œuvre, mis à part les critères de Bâle 3 pour la solidité des banques et quelques bribes sur les paradis fiscaux. Les gouvernements sont venus en aide aux banques et à l'activité, la dette privée a ainsi été transférée au public, et aujourd'hui une nouvelle crise éclate. Il fallait sans doute le faire mais parallèlement il fallait instaurer un nouveau système international, une sorte de Bretton Woods moderne. Sans une phase de réglementation internationale et européenne, on ne sortira pas de la crise. Je ne suis d'ailleurs pas loin de penser, comme d'autres, que les attaques récentes contre la zone euro venaient des pays anglo-saxons, même si je n'ai pas de preuves.


Pourquoi êtes-vous contre la «règle d'or» ?
Les questions économiques n'ont rien à faire dans une Constitution. C'est une forme de fuite des responsabilités de la part des politiques. De plus, la règle d'or est attentatoire à la liberté de négociation puisqu'elle concernerait tous les comptes publics, y compris ceux des organismes gérés par les syndicats et le patronat (Unedic, Arrco-Agirc…). Si la question était posée par référendum, FO appellerait probablement à voter non.


Que faire face à la forte remontée du chômage ?
Pour que le chômage baisse, la croissance doit être d'au moins 2 % par an. On n'y est pas. Les mois à venir risquent d'être encore difficiles, surtout avec la «contre-réforme» des retraites qui va augmenter le nombre de seniors sur le marché du travail. C'est pourquoi nous avons demandé vendredi au premier ministre de rouvrir l'allocation équivalent retraite (AER, accordée aux chômeurs qui n'ont pas l'âge légal de la retraite mais ont cotisé tous leurs trimestres). Son maintien coûterait au maximum 300 millions par an. Nous avons également demandé de prolonger la dispense de recherche d'emploi pour les plus de 60 ans, qui doit disparaître début 2012. Nous souhaitons aussi le maintien de la rémunération de fin de formation qui concerne 30 000 chômeurs : comment se lancer dans une formation longue quand on n'est pas sûr de toucher une allocation jusqu'à la fin ? Cela concerne des secteurs (infirmiers, éducateurs spécialisés…) où les besoins sont nombreux. François Fillon s'est montré ouvert sur ces trois points.


Le gouvernement mise sur une plus grande décentralisation de Pôle emploi. Est-ce la bonne piste ?
C'est agir à la marge. Il devrait déjà augmenter les effectifs de Pôle emploi et soutenir la consommation. Nous revendiquons notamment un smic à 80 % du salaire médian et l'obligation de négociation dans les branches des minima après chaque revalorisation du sic.


Quel bilan tirez-vous des ruptures conventionnelles, dont le nombre ne cesse d'augmenter ?
Nous ne regrettons pas d'avoir signé ce dispositif : il a «légalisé» des ruptures à l'amiable sous le manteau, déguisées en licenciements. Mais je n'ignore pas les dérapages, qui viennent d'une absence de contrôle de l'administration : quinze ruptures en un mois, c'est un plan social maquillé. Quant à la surreprésentation des seniors dans les ruptures à l'amiable, elle démontre qu'il faut remettre en place un système de préretraite. Nous l'avons demandé au premier ministre qui a fermé la porte.


Comment s'annonce la rentrée syndicale ?
Compliquée. Primo, la crise est profonde. Secundo, on ne va pas jouer les hypocrites, les syndicats sont en campagne pour les élections le 20 octobre dans la fonction publique. Cela ravive les tensions et accroît la concurrence entre nous. Tertio, la présidentielle pèse également dans les esprits, même si FO gardera sa ligne d'indépendance et ne prendra pas parti entre les candidats, ce qui ne l'empêchera pas de porter ses revendications.


Bernard Thibault (CGT) propose une mobilisation unitaire début octobre. Que lui répondez-vous ?
L'unité d'action suppose des revendications et des moyens d'actions communs. La construction d'un vrai rapport de force ne s'improvise pas et je ne crois pas à l'efficacité d'une journée de mobilisation. Il y en a eu une dizaine l'année dernière, très puissantes, sur les retraites, elles ont échoué et les salariés l'ont gardé en mémoire. Nous n'irons à l'intersyndicale, demain, mais nous aurons nos propres initiatives, notamment le 20 septembre.


Vous assistez à l'université d'été du Medef. Y a-t-il une complicité retrouvée entre FO et le patronat ?
L'indépendance n'est pas un slogan mais une attitude. On peut discuter avec tout le monde. La négociation est un outil d'indépendance : ce qu'on obtient en se mettant d'accord avec le patronat, on n'a pas à le réclamer à l'État. FO a paraphé récemment les accords Unedic, Arrco-Agirc, certains volets sur l'emploi des jeunes, parce que ces textes étaient équilibrés. J'espère qu'on aboutira sur le paritarisme. Je suis plus circonspect sur les instances représentatives du personnel et le partage de la valeur ajoutée.


Laurence Parisot souhaite réfléchir au contrat de travail. Êtes-vous partant ?
Je suis en désaccord avec le Medef. La flexisécurité, c'est surtout plus de flexibilité pour les entreprises, on en a déjà trop. Pour sortir de la crise, il ne nous faut pas une nouvelle phase de libéralisation mais de la re-réglementation. J'aimerais aussi que l'on parle de protection aux frontières de l'Europe : les États-Unis se protègent, la Chine se protège, pas la zone euro !


Officialisez-vous la candidature de FO à la présidence de l'Assurance-vieillesse ?
Oui, pour peser sur le débat censé avoir lieu en 2013 sur une réforme «systémique» des retraites, dont nous ne voulons pas.


Est-ce un «deal» avec la CFDT qui vise l'Agirc, détenue par la CGC ?
Nous n'avons d'ambition ni à l'Unedic ni à l'Agirc. Mais il m'apparaît nécessaire que, pour présider un organisme paritaire, il faille être signataire de l'accord interprofessionnel le concernant.

Interview de Marc Landré et d'Olivier Auguste


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