Une manifestation de plus, cela va servir à quoi ?

 

«UNE MANIFESTATION DE PLUS, CELA VA SERVIR À QUOI?»

 

Comment s’annonce cette rentrée sociale ?

 

Jean-Claude Mailly : Que l’on soit bien clair, la crise se poursuit malgré tout ce qu’on raconte. Elle sera finie le jour où les investissements et les créations d’emplois reprendront. Nous en sommes malheureusement encore loin. On s’attend à 800 000 chômeurs de plus cette année. Il y a de plus en plus de plans sociaux et de suppressions d’emplois. Ce qui me frappe, c’est la perte de confiance des salariés et un sentiment de révolte profond contre l’accroissement des inégalités. Que le gouvernement et le président de la République fassent attention, ils sous-estiment beaucoup ce sentiment d’injustice. Maintenant les syndicats doivent regarder ensemble ce que l’on peut faire pour être efficaces et se faire entendre.

Irez-vous à la réunion souhaitée par la CGT et la CFDT, et qui pourrait se tenir demain ou, au plus tard, dans les prochains jours ?

 

On verra, mais pour faire quoi ? J’ai déjà dit que, le 8 septembre, nous ne pouvions pas. Tout semble vouloir être arrêté d’avance. La CGT n’a pas attendu pour appeler les salariés et les autres centrales à une mobilisation le 7 octobre prochain contre la crise. Ça ne marche pas comme ça. D’autant que, le 7 octobre, c’est avant tout une date arrêtée dans le cadre de la Confédération syndicale internationale pour sensibiliser sur les normes du travail. On fera un colloque, comme prévu, pas une manifestation. Comme l’an dernier, FO ne mélangera pas les choses.

 

Entre FO et les grandes centrales, le courant ne semble plus passer. Qu’est-ce que cela cache ?

 

Est-ce la rentrée des classes qui veut cela ? On a un peu l’impression de chamailleries dans la cour de récréation. L’heure n’est pas à la polémique, mais il faut se poser les vraies questions. Quelle est la situation des salariés ? Comment être efficace syndicalement ? L’unité d’action est un levier, mais cela suppose que l’on soit d’accord sur les revendications et sur les objectifs. Par exemple sur les modalités, nous avons des positions différentes.

 

Vous réclamez une grève de vingt-quatre heures, ce qui vous oppose à la CGT et la CFDT. Pourquoi privilégier ce mode d’action ?

 

Au printemps dernier, après le succès des deux premières manifestations du 29 janvier et du 19 mars, nous avons considéré qu’une de plus ne ferait pas bouger le gouvernement et finirait surtout par lasser les salariés. C’est ce qui s’est produit lors de la journée du 13 juin. Aujourd’hui le débat demeure. Une manifestation de plus dans le contexte actuel, cela va servir à quoi ? FO n’est pas une armée avec un général et des troupes qui répondent aux ordres.

 

L’unité syndicale est donc bien morte…

 

L’unité d’action n’a pas vocation à être permanente. Elle peut s’arrêter et reprendre à tout moment. Pour FO ce n’est pas une obligation d’afficher un communiqué commun tout le temps, notamment si le but recherché, représentativité et congrès obligent, est surtout de montrer que le syndicalisme rassemblé ça marche. Je n’ai jamais cru au syndicalisme rassemblé. Chaque syndicat doit être libre.

 

Les divisions ne sont pourtant pas payantes...

 

C’est vrai, mais dans le même temps les journées de manif à répétition non plus, ce n’est pas payant. Si l’objectif est de sortir les drapeaux, ce n’est pas la façon dont FO voit les choses. Cela ne nous empêche pas d’être sur le terrain auprès des salariés et d’avoir des initiatives. Au mois d’octobre nous allons réunir quelques centaines de délégués syndicaux d’entreprises en difficulté pour débattre et entendre ce qu’ils attendent. On n’est pas au cinéma, on est dans la réalité sociale.

 

Dans les conflits durs de cet été, comme New Fabris ou encore Continental, les leaders syndicaux se sont vu reprocher de ne pas être aux côtés des salariés. Qu’en pensez-vous ?

 

Je me refuse à des visites pour faire des opérations de com. Les salariés attendent des réponses et il faut pouvoir leur en donner. Cela ne veut pas dire qu’on ne fait rien. Dans certains de ces dossiers, il m’est arrivé d’intervenir auprès des PDG et d’activer tous les réseaux possibles.

 

Vous condamnez les actions radicales, comme les séquestrations ?

 

Non, car je les comprends, à condition que cela se fasse dans la dignité. Mais je ne dis pas qu’on appelle les salariés à faire cela. Une chose est sûre, il y en aura d’autres. Comment peut-il en être autrement ?

 

Le Parisien

 

Propos recueillis par Catherine Gasté-Peclers | 07.09.2009, 07h00

 

Interview de Jean-Claude Mailly parue dans Le Parisien du lundi 7 septembre 2009

 

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