DES POISONS EN PAGAILLE DANS NOS MAILLES

Enquête Force Ouvrière Hebdo

DES POISONS EN PAGAILLE DANS NOS MAILLES

Formaldéhyde, phtalates, colorants azoïques: ils ont des noms barbares, ils se nichent dans nos vêtements et ils sont dangereux pour notre santé. Tour d’horizon de quelques substances chimiques qui entrent dans la composition de nos fringues préférées et au contact desquelles des millions d’ouvriers de l’industrie textile dans le monde sont astreints, sans aucune protection.

Vous êtres branché et vous aimez porter des jeans délavés et usés? Savez-vous que l’on peut trouver dans ces pantalons des substances chlorées nocives pour les voies respiratoires? Si votre jean présente un effet usé, il y a de fortes chances pour que le tissu ait été soumis à un procédé de sablage aux particules de quartz, interdit dans l’Union européenne et en Turquie –mais pas en Asie– parce qu’il finit par asphyxier les ouvriers affectés à ces postes.

Les dessous chics vous font craquer, surtout s’ils sont noirs? Là encore, méfiance. Pour obtenir un beau noir qui tiendra le choc au fil des lavages, le tissu est teinté avec un cocktail de colorants, peut-être des colorants azoïques cancérigènes, interdits dans l’Union européenne mais utilisés dans de nombreux autres pays qui fabriquent des sous-vêtements et des vêtements.

Vous êtes plutôt cuir? Le processus de tannage implique l’utilisation de sels de chrome, dont le chrome VI. Très allergisant par contact et cancérigène si on le respire, son utilisation n’est aujourd’hui ni interdite ni restreinte. On le trouve dans les vestes, blousons ou pantalons en cuir, mais aussi dans les canapés et les chaussures. Des articles qui ont en outre été assemblés avec des colles pouvant provoquer allergies et irritations.

Votre fiston ne vous laisse pas de répit car il veut un tee-shirt qui représente son héros préféré? Attention. Les transferts en plastique imprimés sur les tee-shirts et sweat-shirts contiennent des phtalates. Un composant chimique utilisé par les fabricants pour assouplir les matières plastiques et éviter qu’elles ne s’abîment lors de leur séjour prolongé dans des cales de navires ou dans des entrepôts. Le hic, c’est que les phtalates sont responsables d’allergies cutanées et surtout qu’ils sont des perturbateurs endocriniens. Autrement dit, ils peuvent altérer le développement sexuel ou la reproduction.

Vous raffolez des paillettes et des décorations métalliques sur vos vêtements? Attention, car ces éléments décoratifs particulièrement affectionnés des petites filles contiennent des métaux lourds, nickel, plomb, mercure…, qui sont cancérigènes.

Las(se) de jouer du fer à repasser, vous optez pour des vêtements en synthétique infroissables? Sachez qu’ils peuvent contenir du formaldéhyde, une substance cancérigène dérivée du formol. Celle-ci peut aussi provoquer à plus court terme des irritations de la peau, des yeux ou des voies respiratoires. Le caractère très volatil de ce gaz accroît le risque d’asthme et de sensibilisations allergiques, même à faibles doses.

Si votre jupe infroissable ou votre anorak imperméable ne contiennent pas de formaldéhyde, il y a de fortes chances qu’il soient constitués de fibres téflon, classées dans les composés perfluorés (PFC) qui sont des perturbateurs endocriniens.

Décidément, c’en est trop. Harassé par toutes ces informations anxiogènes, vous décidez de piquer un petit somme. Hélas, vous ne dormirez pas sur vos deux oreilles. Votre pyjama, vos draps, vos oreillers, votre couette ou votre matelas contiennent probablement des retardateurs de flamme. Ces substances chimiques, qui améliorent la résistance au feu de ces textiles et résistent au lavage, possèdent l’inconvénient notoire de nuire à la fertilité et de provoquer des troubles du développement du système nerveux, y compris in utero.

Vous vous dites alors que vous allez porter du coton car il a le mérite d’être une fibre naturelle et c’est plus sain. Hélas, il contient lui aussi des produits nocifs: résidus de pesticides, défoliants, insecticides. Des substances qui empoisonnent les travailleurs du coton. Selon l’Organisation mondiale de la santé, 1,5 million de travailleurs du coton seraient victimes chaque année d’intoxications graves et près de 30.000 en meurent.

D’ailleurs, qu’ils soient composés de fibres naturelles ou synthétiques, de nombreux vêtements contiennent des éthoxylates de nonylphénol ou NPE. Utilisés comme détergents et imperméabilisants lors de la production de textiles, ces produits ne sont pas dangereux par contact. Mais ils ont la faculté de s’accumuler dans l’environnement par les eaux de lavage et de revenir à nous via la chaîne alimentaire.

Les premiers touchés par tous ces polluants sont évidemment les travailleurs. D’un bout à l’autre de la chaîne de l’industrie textile, de la production à la distribution, ils sont en contact permanent avec des substances toxiques, souvent à hautes doses.

 FO Hebdo - Juin 2013


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