Enquête FO Hebdo

L’ÉCONOMIE DU CINÉMA À BOUT DE SOUFFLE

Derrière les paillettes du Festival de Cannes qui vient de s’achever sur la Croisette, les coulisses du cinéma ne sont pas rutilantes. Comme l’industrie automobile ou l’agroalimentaire, le septième art se fait rattraper par l’austérité.

Avec 279 longs-métrages dont 209 d’initiative française, le nombre de films produits dans l’Hexagone n’a jamais été aussi élevé que l’an dernier. Pourtant, le budget alloué à la production cinématographique –1,32 milliard d’euros– a baissé de 3,4% sur la même période, une première historique. Le recul est même de 5,5% pour les films français. Et le mouvement devrait se poursuivre en 2013.

Les films les plus chers, dont le budget dépasse 10 millions d’euros, résistent à la crise. Leur nombre a même augmenté de 10% l’an dernier. Ce sont les films dits «du milieu», entre 4 et 7 millions d’euros, qui sont les plus touchés, avec une baisse de 22% selon l’observatoire de la fédération patronale Ficam.

Avec le secteur audiovisuel, auquel elle est très liée, l’industrie du cinéma emploie 24.000 permanents et 138.000 intermittents (lire encadré page suivante). On y trouve des professionnels de la production, de la réalisation, du montage, de la mise en scène, de l’interprétation...

Si le salaire mirobolant des étoiles du cinéma comme Dany Boon ou Daniel Auteuil a fait polémique en début d’année, la grande majorité des salariés techniques et artistiques voient leurs revenus baisser. Quant aux négociations sur une convention collective, elles n’ont toujours pas abouti huit ans après leur lancement.

Le système de financement du cinéma, alimenté pour près d’un tiers par la télévision, ne semble plus adapté à l’ère d’Internet et de la numérisation (lire encadré en page précédente). L’an dernier, l’investissement du petit écran a baissé de 12,6%. Et il s’est concentré sur les films à gros budget. Avec la concurrence des nouvelles technologies et notamment de la vidéo à la demande, les chaînes n’ont plus l’exclusivité des rediffusions. Pour s’assurer une forte audience et surtout les recettes publicitaires qui vont avec, elles misent sur les films à gros budget, avec leur lot de stars.

Budget en baisse de 5,5% pour les films français

«Depuis des années, nous sommes les variables d’ajustement des films à petit budget, dénonce Franck Guilbert, Secrétaire général du syndicat des artistes SNLA FO. Alors que les cachets des stars deviennent indécents, le salaire des acteurs n’a pas été augmenté en 2009. En général, sur les courts-métrages on joue gratuitement, on nous dit que ça fait partie de notre promo. Pour nous, tous les gens qui travaillent à un film doivent être payés. S’il n’y a pas d’argent, on ne le fait pas.»

Avec la baisse des moyens, les conditions de travail se dégradent. «Les périodes de tournage raccourcissent mais les journées s’allongent, les équipes techniques doivent aller de plus en plus vite, ajoute-t-il. On défend les salaires mais aussi la qualité des films. Des conditions délétères n’offrent pas un climat serein aux acteurs.»

Les tournages de films à l’étranger, notamment en Europe de l’Est, sont devenus monnaie courante car les salaires y sont plus faibles. Selon la fédération FICAM, ce phénomène touchait 31% des films d’initiative française en 2012 contre 23% en 2011. Dans le même temps, les tournages en France ont baissé de 13%. Pour les industries techniques, le manque à gagner représente 21,6 millions d’euros.

Autre inquiétude, les caisses du Centre national de la cinématographie (CNC), un système autofinancé à 100%, vont être ponctionnées par l’État. «Pour la première fois dans l’histoire du CNC, la loi de finances de 2013 instaure un plafonnement des ressources et un cinquième va partir dans le budget de l’État, dénonce Franck Guilbert. C’est une baisse de 150 millions d’euros par an, qui aura des conséquences pour la production et la numérisation du patrimoine. Le problème du cinéma, c’est plutôt son sous-financement.»

Pour le SNLA FO, la solution pourrait être d’instaurer une participation des fournisseurs d’accès à Internet. D’une somme allant de 5 à 7 euros pour 22 millions d’utilisateurs, elle rapporterait plus d’un milliard d’euros par an.

Clarisse Josselin
cj@force-ouvriere-hebdo.fr

FO Hebdo - Juin 2013

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