Le Télégramme | Interview de Jean-Claude Mailly

Jeudi 21 janvier 2016

Le Télégramme | Interview de Jean-Claude Mailly

« Il faut respecter l’égalité des droits »

Interview de jean claude mailly7 janvier 2016 hommage de la CES à Charlie

Pour gagner son pari grâce au nouveau pacte pour l’emploi, François Hollande devra convaincre les organisations syndicales. Mais, à en croire Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force Ouvrière, la partie n’est pas jouée. » Le Télégramme - Philippe Reinhard

Pensez-vous que le nouveau pacte pour l’emploi sera de nature à inverser la courbe du chômage ?

Je pense que cet objectif n’est pas absent de l’annonce du président de la République puisqu’il s’est engagé, il y a quelque temps, à inverser la courbe du chômage.

Il pourra y avoir un effet statistique si, effectivement, il y a 350.000 demandeurs d’emploi qui vont entrer en formation.

Ils changeront de catégorie dans les statistiques du chômage. Cela peut permettre de jouer sur ces statistiques. Si ce n’est pas l’objectif recherché, c’est au minimum un effet collatéral.

Partagez-vous l’opinion de votre collègue de la CFDT, Laurent Berger, qui pense que le plan Hollande consiste à « arroser le sable » ?

Ce qui consiste à arroser le sable, c’est surtout de donner des aides publiques aux entreprises sans condition.

C’est notamment le cas du pacte de responsabilité puisqu’on voit très bien qu’il n’y a pas de contrepartie en termes d’emplois.

Si l’on veut aider l’entreprise - et nous n’avons rien contre le fait que l’État aide les entreprises -, il faut que ce soient des aides ciblées sur tel ou tel type d’investissement, pour tel ou tel type d’emploi.

Cela veut dire que l’entreprise touche une aide à condition qu’elle réalise son contrat. Si elle ne le réalise pas, elle doit rembourser. Mais quand on accorde des aides de nature générale, qu’elles soient fiscales ou sociales, il n’y a pas de contrepartie possible. Et là, effectivement, on arrose le sable. Une entreprise multinationale qui réalise plusieurs millions de bénéfices n’a pas besoin de toucher le CICE [1].

Les 200 millions donnés à certaines grosses entreprises seraient beaucoup plus utiles pour aider les PME qui ont des difficultés avec leurs banques ou qui ont des difficultés de trésorerie pour investir.

Faut-il, comme le dit Jean-Marie Le Guen, changer les paramètres de notre assurance-chômage ?

À ma connaissance, Jean-Marie Le Guen est chargé des relations avec le Parlement. Il n’est pas chargé de la négociation de l’assurance-chômage entre les syndicats et le patronat.

Il aurait donc mieux fait de se taire.

Est-ce qu’un changement du modèle social français est possible dans le contexte actuel ?

Tout système évolue.

Ce à quoi je tiens, c’est qu’on respecte le pacte républicain, et d’abord l’égalité des droits. Ce que je crains, avec les dernières annonces du président de la République en matière de durée du travail ou en matière de contrat de travail, c’est que le modèle dont il parle s’éloigne de plus en plus du modèle républicain.

Comment réagissez-vous à l’affirmation d’Emmanuel Macron selon laquelle la vie d’un entrepreneur est quotidiennement plus dure que celle d’un salarié ?

Si Emmanuel Macron aime le risque, qu’il quitte le gouvernement et qu’il dirige une entreprise.

 

Propos recueillis par Philippe Reinhard - Le Télégramme

 

 

Notes

[1] Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi.

 

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