LE LOGEMENT: UN RÔLE MAJEUR POUR L'AUTONOMIE DES PERSONNES ÂGÉES

La Lettre de l'UCR n°86

LE LOGEMENT: UN RÔLE MAJEUR POUR L'AUTONOMIE DES PERSONNES ÂGÉES

Si l’allongement de l’espérance de vie est une grande avancée, le fruit notamment des progrès de santé et des conquêtes sociales, vieillir dans un logement et un environnement adapté ne doit pas être un privilège mais un droit pour tous.

Les «vieux» dénommés désormais les «âgés» – c’est en effet le terme en vogue qui a la faveur de la ministre des Personnes âgées – sont de plus en plus nombreux. En 2005, un Français sur cinq était âgé de plus de 60 ans. En 2035, ils représenteront un sur trois, soit une hausse de près de 70%.

Pour que vieillir reste une chance, il faudra assurer à cette population, outre la pérennité du pouvoir d’achat de leurs retraites et pensions, toutes les prestations et services appropriés tels que l’accès aux soins de santé, une alimentation convenable, les équipements appropriés, des loisirs adéquats… ainsi que la possibilité, voire l’assurance, de vivre dans des logements adaptés. Le logement constitue un aspect essentiel des conditions de vie des retraités ainsi qu’une composante économique majeure. C’est un poste budgétaire important pour tous les retraités et ce peut être également une composante essentielle de leur patrimoine lorsqu’ils sont propriétaires.

Au demeurant, la disposition de logements adaptés et leur nombre suffisant, s’avèrent des enjeux primordiaux pour répondre au souhait des personnes de continuer à vivre et vieillir à leur domicile. Ce sont des leviers d’action majeurs pour la préservation de l’autonomie. Un logement mal adapté peut en effet être un facteur aggravant de dépendance et devenir générateur d’exclusion. Pour l’UCR-FO, l’engagement d’une politique publique en ce sens sera le gage de la sincérité des déclarations politiques affirmant le caractère prioritaire du maintien à domicile.

DES STATUTS D’OCCUPATION CONTRASTES

Aujourd’hui, près de 75% des ménages de personnes âgées de 65 ans et plus sont propriétaires de leur logement. Il y a 25 ans, ce taux était de 56%. La proportion de propriétaires de leur résidence principale varie selon la catégorie socio-professionnelle, elle est plus élevée chez les anciens non-salariés (85%) que chez les anciens salariés (71%). La question de l’adaptation des logements se pose en majorité pour une catégorie de propriétaires occupants âgés.

Plus de 1,5 million de ménages de plus de 65 ans sont locataires de leur logement. Dans le parc locatif social, 13% des ménages de 65 ans et plus sont locataires (ils n’étaient que 10% il y a vingt ans) et on estime que cette proportion pourrait passer à 35% en 2035. Dans le parc locatif privé, 10,7% sont locataires, cette proportion décroissant avec l’âge. Toutefois, au-delà du statut de propriétaires ou de locataires du parc social ou du parc privé, la question des revenus des seniors est essentielle, étant entendu que la détention d’un capital immobilier n’est pas significative du montant des revenus dont dispose la personne âgée. Il existe aussi bien des propriétaires pauvres que des locataires aisés.

LES RETRAITÉS ENCLINS A UNE STABILITE RESIDENTIELLE

L’étude de la question de la mobilité des personnes âgées met en évidence que la stabilité résidentielle domine, la très grande majorité des personnes désirant vieillir à domicile.

On observe que la mobilité des retraités décroît avec l’âge avec deux principaux types de mobilité. La mobilité de bien-être intervient au moment du départ en retraite ou deux ou trois ans après, correspondant à la recherche d’un nouveau mode de vie, le plus souvent en couple. Survient ensuite la mobilité d’ajustement qui répond plus au besoin d’adapter le logement à une nouvelle situation marquée par une baisse des capacités motrices, un problème de santé ou suite au décès d’un conjoint, et des difficultés de ressources.

LA TRAJECTOIRE RESIDENTIELLE OBSERVEE PAR GROUPES D’AGE

Si on prend les 60-69 ans, c’est la propriété qui domine, les ménages changent de logement, mais restent toujours propriétaires dans cette tranche d’âge parce qu’ils vont quitter par exemple une maison individuelle pour en acheter une autre, ou encore changer de région. Les Franciliens ont beaucoup plus un comportement mobile au moment de la retraite que le reste de la France.

Entre 70 et 79 ans, la mobilité est un peu moins forte, puisque dans leur majorité, les ménages ont déjà réalisé leur projet résidentiel. Pour le plus grand nombre, ce n’est pas encore l’âge de la dépendance. Il s’agit d’adapter le logement que l’on trouve peut-être trop éloigné des commerces, du centre-ville, des équipements. Les ménages recherchent alors un environnement plus urbain avec des services plus adaptés au processus de vieillissement. La proximité des centres-villes sera donc privilégiée. On constate alors que le déménagement n’est pas préparé (il y a peu d’anticipation du phénomène de vieillissement) mais qu’il est plutôt la suite d’événements déclencheurs. Cela peut être consécutif à un problème de santé, une baisse des capacités motrices (quand la chambre est à l’étage, on ne peut plus monter un escalier), l’éloignement des commerces, l’impossibilité de continuer à conduire, des problèmes financiers notamment au moment de la perte du conjoint.

En ce qui concerne les personnes les plus âgées, 80 ans et plus, on constate le recul de la propriété, celles-ci se dirigeant vers le locatif. L’apparition d’un handicap, un accident de santé, le veuvage sont aussi les éléments déclencheurs. Il s’agit à ce moment-là de sécuriser l’espace vécu, de trouver un logement adapté au grand âge et de se rapprocher des services, notamment des services médicaux. Les logements choisis sont alors plus petits et se situent dans le parc collectif en secteur privé ou social. A partir de cet âge, à la suite de la mobilité, la location devient le statut d’occupation privilégié.

IMPORTANCE DE L’ANCRAGE FAMILIAL DANS LES CHOIX RESIDENTIELS

On relève que la stabilité résidentielle est liée à un fort désir de privilégier les solidarités intrafamiliales.

Avec les enfants: 30% des personnes âgées de 65 à 69 ans habitent la même commune qu’au moins un de leurs enfants, 42% parmi les personnes de plus de 80 ans. 37% des personnes âgées de 65 à 69 ans habitent une autre commune dans le même département, un tiers parmi les personnes de plus de 80 ans.

Avec les parents âgés: 8% des personnes âgées de plus de 55 ans habitent avec un parent, 18% vivent dans la même commune, un tiers dans le même département.

LA NON-ADAPTATION DES LOGEMENTS A UN COUT

La Haute Autorité de Santé évalue à plus de 9.000 le nombre de décès de personnes âgées provoqués directement ou indirectement par une chute et, sur 450.000 chutes constatées chaque année, 62% interviennent au domicile de la personne âgée.

La chute apparaît comme un véritable fléau pour les personnes âgées. Selon une enquête de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES), un tiers des personnes âgées de plus de 65 ans et plus vivant à domicile chutent chaque année. Cette proportion augmente avec l’âge et les femmes sont quasiment deux fois plus nombreuses à chuter que les hommes. Les chutes des personnes âgées provoquent des hospitalisations, des fractures... Les conséquences physiques et psychologiques d’une chute peuvent être très importantes chez la personne âgée: diminution de la mobilité, perte de confiance en soi, limitation des activités quotidiennes et action de déclin des capacités fonctionnelles, mise en péril du maintien à domicile, décès.

Pour remettre ce chiffre en perspective, il convient de rappeler qu’en 2011, les accidents de la route ont provoqué le décès de 3.900 personnes au total en France. Ces données mettent en évidence le décalage entre les efforts (bien évidemment nécessaires) déployés en faveur de la prévention routière et la totale indifférence réservée au sort des personnes âgées victimes de chutes entraînant la mort.

L’ADAPTATION DES LOGEMENTS AU VIEILLISSEMENT DE LA POPULATION

L’agence nationale de l’habitat (ANAH) estime à près de 2 millions le nombre de personnes âgées de plus de 60 ans qui auraient besoin d’une adaptation de leur logement.

La France est en retard. L’enquête SHARE menée auprès de quinze pays européens en 2006/2007 montre que la France se situe en dessous de la moyenne des pays sondés (6,1%) loin derrière les Pays-Bas (16%), le Danemark (12%), l’Espagne (8%) et l’Allemagne (7,9%).

La France compte un «stock» de 32 millions de logements et un «flux» de création de nouveaux logements qui oscille chaque année entre 300.000 à 400.000. S’agissant du flux, la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées a imposé que toutes les constructions neuves soient «accessibles à tous», ce qui entraîne de fait un renchérissement de 5 à 6% du coût total de la construction, étant entendu toutefois que «accessible» ne veut pas dire «adapté».

En revanche, sur le «stock» les contraintes sont pratiquement inexistantes. Les obligations légales de mises en accessibilité sont quasiment inexistantes. La fourchette du coût d’une adaptation de logement se situe entre 6.000 et 8.000 euros pour un niveau de perte d’autonomie déjà avéré, sachant que pour une fourchette de 4.000 à 5.000 euros des travaux déjà conséquents peuvent être effectués. A titre de comparaison, le niveau de ces dépenses est de l’ordre du versement de l’enveloppe soins dans un EHPAD pour une seule année (soit 10.000 euros par an).

Les retraités veulent pouvoir vivre chez eux le plus longtemps possible y compris après que soient apparus les premiers signes de faiblesse physique et/ou psychique.

L’UCR-FO considère que, pour rendre possible et effective une véritable politique de maintien à domicile, l’adaptation des logements au vieillissement de la population dans un environnement favorable et rassurant est une nécessité absolue.
http://www.force-ouvriere.fr

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