POUR UN REEQUILIBRAGE DES PRIORITÉS DE LA CONSTRUCTION EUROPÉENNE

Éditorial de Jean-Claude Mailly

L’intervention des gouvernements de l’Union européenne et du FMI pour venir en aide à l’Irlande n’a apparemment pas calmé les marchés financiers qui continuent à spéculer, non seulement sur l’Irlande et la Grèce, mais aussi sur d’autres pays, comme le Portugal ou l’Espagne. Spéculer, cela signifie qu’ils espèrent profiter de la situation dans ces pays en exigeant des taux d’intérêt plus élevés, c’est-à-dire s’assurer une meilleure rente.

Ces événements montrent en premier lieu que les gouvernements ne sont pas en situation de s’imposer aux intervenants sur les marchés financiers ou, autrement dit, que la finance prend le pas sur la démocratie, l’économie et le social.

Aux dires mêmes de la Commission européenne, ce sont 4.589 milliards d’euros d’aides, sous toutes les formes, qui ont été accordées au secteur financier en Europe depuis octobre 2008.

En deuxième lieu, ce sont les travailleurs et les populations qui trinquent à cause des mesures d’austérité imposées par l’Union européenne en contrepartie des aides annoncées. Réduction du pouvoir d’achat des salariés et des prestations sociales, réduction des droits sociaux et des services publics sont ainsi au rendez-vous pour renflouer les banques et autres institutions financières.

En troisième lieu, il faut signaler que l’Union européenne et le FMI imposent à la Grèce de revoir les conventions de branches, considérées comme trop rigides, pour favoriser la flexibilité et le niveau de l’entreprise.

Comme nous l’expliquons depuis plusieurs mois, la crise n’est pas terminée, tout simplement parce que les raisons de la crise ne sont pas éradiquées. Il s’agit principalement de la répartition de plus en plus inégalitaire des richesses produites, des modalités de la construction européenne et de l’absence de réglementation au niveau international.

De ce point de vue, Angela Merkel n’a pas tort quand elle considère que les banques, dont l’activité a favorisé la crise, doivent contribuer financièrement aux tentatives de sortie de crise. C’est du bon sens qui a d’ailleurs inquiété les marchés qui ont, du coup, accru la spéculation.

Dans ce contexte, il serait plus qu’urgent que sur le plan européen une dynamique de croissance, d’emploi et de droit social devienne prioritaire. Ce qui nécessite un rééquilibrage des priorités de la construction européenne et qu’on remette l’économique et le budgétaire au rang d’outils des objectifs de progrès social et démocratique. Ce qui est tout le contraire de ce à quoi on assiste. C’est comme si l’on conseillait à un alcoolique de se soigner en buvant plus de boissons alcoolisées.

Ce sont bien les pays à logique anglo-saxonne qui ont aujourd’hui le plus de difficultés et c’est la logique anglo-saxonne du capitalisme qui est à l’origine de la crise actuelle du système capitaliste.

L’Europe des marchés, c’est celle du laisser-faire et de la non-Europe. Et l’Histoire montre que capitalisme et démocratie ne sont pas obligatoirement liés. Le capitalisme est un système qui peut s’accommoder du régime démocratique, sans que cela soit pour autant une obligation. En témoigne l’existence du capitalisme d’État.

Il y a donc urgence. Y compris les États-Unis, qui semblent maintenant s’engager dans un plan d’austérité, comme en témoigne le gel annoncé des salaires des fonctionnaires pour deux ans.

Cette crise est profonde. Elle constitue cette période de déséquilibre entre un vieux modèle qui est à bout de souffle et un nouveau modèle à définir.

Dans ce cadre, il est essentiel que le syndicalisme montre ses exigences avec détermination, ne serait-ce que parce que les travailleurs forment la plus grande partie de la population.

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