RETRAITES - UN RECUL SOCIAL SANS PRÉCÉDENT

Éditorial de Bernard Devy, Secrétaire confédéral

 

 

 

Le projet de loi dont nous venons de prendre connaissance se révèle sans surprises. Depuis plusieurs semaines le gouvernement, par l'intermédiaire de confidences aux journalistes, avait déjà laissé filtrer ses intentions, qu'il s'agisse du recul de l'âge légal de départ à la retraite, de l'augmentation des cotisations des fonctionnaires, de la taxation des hauts revenus etc.

En revanche, aucune réponse significative n'a été donnée aux organisations syndicales, lors des différentes rencontres de concertation qui se sont déroulées au sein du ministère des affaires sociales. Seul ministre présent dans les médias, Eric Woerth qui nous a gratifié d'une campagne de communication digne d'un véritable matraquage sur le thème : nous avons un problème démographique, il nous faut une réponse démographique, en conséquence le relèvement de l'âge du départ à la retraite s'impose.

A la lecture du projet de loi, le doute n'est plus de mise. Le titre de la synthèse de la réforme présentée à la presse précise «Augmenter la durée d'activité en répartissant équitablement l'effort entre les salariés», ce qui démontre que les salariés seront quasi exclusivement mis à contribution. Cette réforme injuste socialement est également inefficace financièrement. Le gouvernement se garde bien d'afficher la réalité des déficits que l'on va laisser s'accumuler entre 2010 et 2020. En matière de tour de passe-passe le ministre est un champion ; entre le versement fictif pour équilibrer le régime de la fonction publique, l'hypothétique transfert de cotisation entre I'UNEDlC et la CNAV et le chapardage du ERR qui se transforme en fonds de garantie de la CADES, ces artifices ne trompent personne. Plus grave, cette absence réelle de ressources nouvelles (ne parlons pas des mini-taxes inférieures à un point de cotisation qui représentent 3,7 milliards) conduira inévitablement à une baisse du niveau des pensions. Les salariés les plus précaires seront les premiers touchés. L'allongement de la durée d'activité, au travers de l'augmentation de la durée de cotisation et du recul de l'âge légal de la retraite, va pénaliser tous ceux qui ont les parcours professionnels les plus précaires, des carrières longues aux jeunes qui rentrent tardivement dans la vie professionnelle, en passant par ceux dont les durées d'activité sont de plus en plus hachées et plus particulièrement les femmes. Il deviendra progressivement impossible d'obtenir le bénéfice d'une retraite à taux plein.

Au travers de cette réforme et malgré les affirmations unanimes de ne surtout pas toucher à la retraite par répartition, on voit bien se profiler le développement de l'épargne individuelle. A force de répéter avec insistance que nos régimes sont en faillite, les générations montantes perdent confiance, en oubliant les principes de solidarité et l'immense progrès que nos régimes de retraite par répartition ont représenté pour une grande majorité de nos concitoyens.

Faudra-t-il en revenir aux solidarités familiales et aux systèmes d'assistance ? Nous sommes à la croisée des chemins, le sujet mérite un vrai débat de société par opposition aux préoccupations essentiellement financières.

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