CASSER UN SERVICE PUBLIC EST UNE CHOSE, LE RECONSTRUIRE EST PLUS COMPLIQUÉ

Interview de Jean-Claude Mailly

 

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Les négociations actuelles sur la nouvelle “prime dividendes” dans les entreprises semblent déboucher sur des montants assez faibles. Sécuritas a même proposé 3,5 euros à ses salariés... Une surprise?

S'agissant de Sécuritas, c'est de la provocation. D'une manière générale, les faibles montants proposés par les employeurs prouvent que cette idée de prime était avant tout une opération de communication du gouvernement. On parlait au début de 1000 euros, on en est aujourd'hui très loin. Et dans les rares entreprises où les salariés ont obtenu quelques centaines d'euros, on peut être sûr que les employeurs sauront s'en souvenir lors des prochaines négociations salariales.

Vous êtes sévère avec cette prime, mais certains de vos homologues syndicaux vous reprochent d'avoir été trop conciliant avec le plan d'austérité présenté fin août par le gouvernement...
A Force Ouvrière, nous n'avons pas découvert la rigueur le 24 août. Que ce soit pour les fonctionnaires, avec le gel du point d'indice, ou pour les salariés du privé, dont le Smic n'a connu aucun coup de pouce depuis 2007. Mais lorsque l'on a su qu'un plan de rigueur se profilait, on a essayé de savoir ce qu'il contenait. Ce qui nous a ensuite permis de bloquer deux des mesures les plus inadmissibles. Le gouvernement prévoyait ainsi d'augmenter le ticket modérateur, c'est à dire le reste à charge dû par les assurés sociaux, et de taxer fortement les indemnités de rupture du contrat de travail. Résultat: nous avons réussi à neutraliser ces deux mesures. Ce qui explique notre réaction à l'époque, qui était de dire que “cela aurait pu être pire”. Nous ne sommes pas parvenus, par contre, à bloquer l'augmentation de la taxe sur les complémentaires santé, qui va se conduire à une augmentation des cotisations, voire à une baisse des prestations, ou, pire encore, certains salariés à renoncer à une complémentaire.

Le plan prévoit également de nouvelles réductions de dépenses publiques, à hauteur 2,5 milliards d'euros en 2011 et 2012...
Pour le coup, ces nouvelles coupes budgétaires représentent la vraie politique de rigueur du gouvernement, appliquée depuis 2007 via la RGPP (révision générale des politiques publiques) et la loi HPST à l'hôpital.

Une politique contre laquelle vous êtes très remontés...
Nous ne sommes pas opposés à une réforme de l'Etat et des collectivités locales. En août 2007, le Président nous avait même promis un débat sur le rôle et les missions du service public. Mais non seulement ce débat n'a jamais eu lieu, mais sa majorité a enclenché ensuite, et en catimini, la RGPP, avec une vision purement idéologique et budgétaire. Et uniquement avec des hauts fonctionnaires, des experts et des cabinets privé. Je me demande, d'ailleurs, dans quelle mesure il n'y a pas eu des conflits d'intérêts avec des cabinets, dans la mesure où ces cabinets appartiennent à des entreprises qui ont obtenu ensuite des marchés.

C'est un sujet que vous allez mettre en avant lors des prochaines élections dans la fonction publique, le 20 octobre?
Oui, mais c'est surtout un dossier que nous dénonçons depuis plus de quatre ans. Une politique qui a conduit à une très forte dégradation des conditions de travail des agents dans tous les services. Budget resserrés, manque d'effectifs, externalisation: je n'ai jamais vu autant de malaise à tous les échelons de la fonction publique. Avec des situations ubuesques, comme par exemple des gendarmes qui n'ont plus assez d'argent le 20 du mois pour mettre de l'essence dans leur véhicule, des services d'immatriculation devenus inefficaces, des responsables du samu qui doivent attendre que les freins de leur ambulance lâchent pour pouvoir la changer, ou encore des enseignants à qui l'on demande de se mettre en disponibilité de l'Education nationale et qui sont ensuite payés par une commune pour pouvoir maintenir une classe d'école...

Que demandez-vous?
Tout simplement l'arrêt de la RGPP, et une évaluation des mesures prises. Car casser un service public, c'est une chose, le reconstruire, c'est beaucoup plus compliqué. Nous avons d'ailleurs obtenu une première victoire, puisque le gouvernement a suspendu le 6e comité de modernisation des politiques publiques. Je pense par ailleurs que la RGPP n'est pas totalement étrangère à la perte du Sénat par la droite

Vous n'avez pas appelé à la journée d'action du 11 octobre. Vous êtes définitivement brouillé avec la CFDT et la CGT?
Nous sommes pour l'unité d'action, mais pour quelle soit efficace, il faut que l'on soit tous d'accord sur les revendications et les modalités d'action. Ce qui n'a pas été le cas, par exemple, lors du conflit sur les retraites, qui représente pour nous un vrai gâchis. Il faut également que l'intersyndicale ait un caractère exceptionnel pour pouvoir peser et non pas constituer une super structure permanente.

Quel regard portez vous sur la primaire socialiste?
En tant que citoyen, je trouve ce processus intéressant. Mais je ne vous dirai pas si je suis allé voter.

On vous dit pourtant proche d'Aubry...
J'ai mangé avec Martine Aubry, mais ce n'est pas un scoop. On est pas toujours d'accord entre nous, mais c'est effectivement quelqu'un que je connais depuis des années, et je n'ai pas à m'en cacher.

François Hollande a cherché à joindre?
Non, mais s'il avait demandé, je l'aurais vu.

Le responsable FO des Territoriaux des Bouches-du-Rhône, Elie-Claude Argy, est critiqué pour sa proximité avec la marie de Marseille et les éventuels passe droits dont il aurait bénéficié pour lui ou certains adhérents FO...
FO est une organisation très décentralisée. Ce sont les syndicats qui décident de ce qu'ils font.. Mais depuis des années, nous sommes critiqués dans cette région, accusé de pratiquer le clientélisme. Sauf que lorsque l'on est la première organisation syndicale, c'est normal d'être l'interlocuteur privilégié de l'employeur. Par ailleurs, aider quelqu'un à obtenir un logement, ce n'est pas du clientélisme, mais de la solidarité. C'est même la fonction d'origine des bourses du travail, qui aidaient à trouver du boulot. Je n'ai aucun complexe en la matière.

RECUEILLI PAR LUC PEILLON

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