CANADA: POURQUOI LE SOUTIEN AUX ÉTUDIANTS QUÉBÉCOIS EN GRÈVE GRANDIT

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CANADA: POURQUOI LE SOUTIEN AUX ÉTUDIANTS QUÉBÉCOIS EN GRÈVE GRANDIT

CANADA

La «loi spéciale»,* visant à réprimer la révolte contre la hausse des droits universitaires, est la plus brutale d’une longue série.

Tous les soirs depuis plus d’un mois, de leurs fenêtres, dans la rue, par dizaines de milliers, les habitants de Montréal, toutes générations confondues, jouent de la casserole en guise de tambour. Ils expriment ainsi leur soutien aux étudiants en grève depuis plus de trois mois contre la hausse des frais universitaires, que le gouvernement québécois a prévu d’augmenter de 1.300 euros (82%) en sept ans, dont 75% sur les cinq premières années.

Cette décision a fait l’effet d’une bombe dans cette province francophone qui se distingue aussi des autres États fédérés du Canada par un modèle social beaucoup plus inspiré par la «vieille Europe» que par le libéralisme nord-américain, avec en particulier un accès à l’éducation beaucoup plus égalitaire. Cela date des années 1960, quand ce que l’on a appelé la «révolution tranquille» a notamment permis à l’État du Québec de libérer l’instruction scolaire de la mainmise de l’Église catholique et d’opter pour la gratuité de l’enseignement, tout au moins à long terme. Depuis cette gratuité n’a jamais été totale en réalité, mais les frais de scolarité à l’université ont été contenus, souvent gelés. Le soutien de la population aux étudiants n’a fait que croître quand, le 18 mai dernier, le Parlement québécois, à l’initiative du gouvernement, a adopté une «loi spéciale», restreignant considérablement le droit d’association et de manifestation.

LA «LOI MATRAQUE» CONCERNE AUSSI LES SYNDICATS DE SALARIÉS

Cette loi 78, très vite baptisée «loi matraque», vise les étudiants protestataires et leurs organisations ainsi que les syndicats de salariés. Résultat: le 22 mai, une manifestation d’une ampleur sans précédent a déferlé dans les rues de Montréal. Les organisations étudiantes et syndicales, ainsi que des associations communautaires (Fédération des femmes du Québec, Conseil d’intervention pour l’accès des femmes au travail...) et environnementales ont déposé deux requêtes en justice: la première pour, dans l’urgence, suspendre l’application de certaines dispositions de la loi et la seconde pour que la loi soit déclarée nulle en totalité.

Quelques heures plus tard, pas moins de 650 personnes étaient arrêtées après des manifestations déclarées illégales. Mais la mobilisation n’a pas faibli et le 28 mai au soir le ministre de l’Éducation, Mme Michelle Courchesne, devait se résoudre à annoncer une reprise des négociations avec les étudiants. Mais celles-ci ont été rompues par le gouvernement trois jours après. Une attitude qui confirme, par-delà le conflit étudiant, l’autoritarisme du gouvernement et sa volonté de remettre en cause l’ensemble des acquis sociaux.

«On est en train d’enlever tout leur sens aux droits d’association, de négociation et de grève. Avec la loi 33 dans la construction, on est même allé jusqu’à interdire aux syndicats et aux employeurs de se parler. Il faut stopper la ronde des lois spéciales et réaffirmer les valeurs qui ont fait du Québec une société de droit, juste et démocratique», a déclaré Michel Arsenault, le président de la FTQ (Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec) le 18 mai. La FTQ dénonce également les lois spéciales imposées à toutes les provinces par l’État fédéral du Canada, comme celles qui ont bloqué la libre négociation et imposé la reprise du travail à des travailleurs en grève. Ce fut le cas pour les postiers à l’été 2011, pour le personnel d’Air Canada en mars dernier et maintenant pour les cheminots ce 28 mai. Et tout cela au moment où le gouvernement fédéral a aussi mis sur la table un méga-projet de loi (753 clauses modifiant 70 lois) qui, notamment, remet en cause les droits des chômeurs et reporte l’âge de la retraite.

*Loi d’urgence pour mettre un terme à un conflit social.


FO HEBDO - juin 2012

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