En matière de souffrance au travail, rien de sert de faiblir il faut se battre à point !

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DES CONDITIONS DE TRAVAIL AUX RISQUES PSYCHOSOCIAUX A L'HOPITAL

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Par Denis

poing-tableC’est dans un institut médico-éducatif (IME). Gilles est un agent d’entretien. Il ne supporte pas les incessantes réflexions sur son travail qui progressivement prennent le ton de l’agression. Il est arrêté par son médecin. Il lui faudra 6 mois pour récupérer. Pendant ses congés annuels, qu’il prend à la suite de son arrêt, il reçoit une convocation pour un entretien préalable à une sanction disciplinaire. Il ne comprend pas cet acharnement. Il se fait accompagner par la déléguée FO. Il est la cible d’accusations infondées, incompréhensibles. Il est humilié. C’est insupportable.

Trois jours après il reprend son service à 9 heures. Quelques minutes plus tard trois collègues le retrouvent pendu, derrière la porte, les veines tailladées. L’un d’entre eux est pompier.  Ils interviennent de suite. Il est sauvé.

Rapidement la nouvelle se répand. L’établissement est sous le choc ! Dès la fin de la matinée, certaines « bonnes âmes » commencent à parler de mise en scène et de « simple » appel au secours. Une version également donnée par le psychologue de l’établissement qui a rencontré les collègues directs.

Quant aux autres personnels, ils ont du se débrouiller tout seul pour gérer leur difficulté à comprendre et à accepter la situation !

Certains éducateurs ont eu bien du mal à prendre en charge les jeunes après ce qu’ils venaient de vivre ! La journée a progressivement repris son cours avec son lot de synthèses comme si de rien n’était ! C’est un établissement social.

Certains autres sont allés voir la directrice pour s’insurger contre cette situation.

A la demande de FO, un CHSCT exceptionnel fut rapidement convoqué en présence de l’Inspecteur du Travail.

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L’INCROYABLE DENI !

La déléguée FO qui avait accompagné Gilles à l’entretien préalable à la sanction disciplinaire est aussi représentante au CHSCT.

Elle explique : « Mon suppléant au CHSCT choqué pour avoir participé au sauvetage de son collègue de travail, était en arrêt maladie. Je me retrouvais donc seule contre tous et toujours sous le choc du drame. Le DRH a tenté de me culpabiliser en me disant que je n’aurai pas du laisser Gilles reprendre son travail. (Sic) Nous avions préparé une déclaration préalable que j’ai eu toutes les peines du monde à lire. Nous demandions l’intervention d’un organisme extérieur pour faire un audit sur les conditions et la souffrance au travail dans l’établissement, dont ce drame était pour nous la partie apparente. Ceci a déclenché un acharnement des représentants du personnel de l’autre syndicat, celui qui est proche de la direction. Ils m’ont traité d’idiote de ne pas voir que c’était une mise en scène et, je cite :

« Quand on veut se pendre, on le fait au fond de l’atelier et non pas à proximité de la porte ».

Juste le temps de répondre que je ne savais pas qu’il y avait des endroits précis pour se suicider et je suis sortie du CHSCT en pleurant. A ce que l’on m’a dit l’inspecteur du travail était médusé !

La directrice me courait derrière pour que je revienne, mais j’ai filé et je suis allée voir mon médecin. Il m’a placée en arrêt de travail ! »

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LA RECONNAISSANCE : LE PARCOURS DU MILITANT !dossier

Vint ensuite la demande de reconnaissance d’accident de travail pour Gilles et ensuite pour Odile, la syndicaliste FO.

Expertises après expertises, (tracasseries administratives en prime), après de nombreuses rencontres avec les représentants des personnels de la commission de réforme (CR) le premier dossier, celui de Gilles, fut assez vite reconnu. Quelques mois seulement.

Concernant Odile, dont le caractère professionnel du traumatisme ne faisait aucun doute, un premier avis de la commission n’a pas pu être rendu, faute d’expertise.  La première reconnaissait le traumatisme en relation avec le travail. Mais, faisant référence à une fragilité psychologique personnelle due à des problèmes de santé antérieurs, elle ne voulait pas reconnaitre comme en relation avec le travail, l’arrêt d’un mois qui a suivi le traumatisme.

Odile a donc demandé une contre-expertise. Les conclusions furent les mêmes ! Elle apprit de la bouche de cet expert, qu’il n’avait pas pris la peine d’ouvrir le dossier. (!) Elle n’accepte pas ! Elle décide alors de rencontrer les représentants du personnel et de se présenter en personne à la commission de réforme. Bien qu’intimidée par tout ce monde et par l’enjeu, elle raconte l’histoire qui précède. Les médecins n’ont pas trop réagi, mais les représentants de l’administration sont choqués. La commission de réforme rendra un avis favorable. Odile recevra la décision du directeur quelques semaines plus tard reconnaissant le lien entre l’arrêt maladie et l’accident de travail.

 

EPILOGUE :

Odile dira ensuite : « C’est une victoire après 18 mois de combat ! Bien sûr pour moi, mais aussi pour tous les collègues qui m’ont soutenue et que je remercie. C’est aussi pour tous ceux qui osent aller dénoncer les difficultés qu’ils rencontrent dans l’exercice de leurs fonctions. »

Depuis Gilles va beaucoup mieux puisqu’il est toujours en accident de service et va pouvoir faire valoir très bientôt ses droits à la retraite sans reprendre le travail dans un établissement qui l’a tant fait souffrir. D’autres collègues en difficulté ont trouvé des solutions pour échapper à l’établissement : départ en retraite anticipée, formation, changement d’’établissement, etc.

Quant à Odile, elle consacre désormais l’intégralité de son temps pour le syndicat FO et la défense des agents avec une « petite » spécialisation dans l’accompagnement de ceux qui sont en souffrance au travail et malheureusement dit-elle, « Ils sont de plus en plus nombreux ».

En matière de souffrance au travail, rien de sert de faiblir, il faut se battre à point !

 

DG

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