Face à la crise, face aux suicides : solitaire ou solidaires ?

Face à la crise, face aux suicides : solitaire ou solidaires ?

fo-sante-org.jpgDES CONDITIONS DE TRAVAIL AUX RISQUES PSYCHOSOCIAUX A L'HOPITAL


Par : http://fo-sante.org

 

solitaire ou solidaires

Une journée organisée par L’association France Prévention Suicide et le cabinet Technologia.

Extraits de la présentation : « La journée nationale de prévention du suicide offre cette occasion de nous mettre face aux effets psychosociaux et sanitaires de la crise. Aux Etats-Unis, le krach de 1929 et le désastre économique qui a suivi -auquel on compare justement notre situation actuelle- a provoqué une progression des suicides en… 1931. Aujourd’hui en France, deux ans après le début de cette crise sans pareil, où en sommes-nous ?

Au pays de Durkheim, le suicide ne peut pas être considéré seulement comme la manifestation d’une décision individuelle ; c’est aussi un fait social majeur. Un acte qui lorsqu’il se produit à l’échelle de 200 000 tentatives et de plus de 11 000 morts par an dévoile cruellement l’état de la société française. Combien de suicides supplémentaires depuis fin 2008 ?  Combien de vies poussées au désespoir par le chômage ou la tension au travail, par la honte de devoir choisir entre se nourrir ou se loger, par le découragement de ne pouvoir faire face ni à l’un ni à l’autre…

En septembre 2011, après plus de 5 ans d’attente, le ministère de la Santé a publié son deuxième plan de prévention du suicide, improprement baptisé plan contre le suicide. Ce plan est trop déconnecté de la situation économique et sociale dans laquelle nous nous trouvons (licenciements, effets du chômage, conditions de vie carcérale…).

« Face à la crise : solitaire ou solidaires ? » – la réunion qui s’est tenue au Sénat le samedi 11 février est le signe d’un mouvement naissant et son premier pas vers un « Pacte de solidarité avec les victimes de la crise ».

la liste des intervenants

C’est dans ce cadre au Sénat que Denis Garnier, membre du Conseil Supérieur de la Fonction Publique Hospitalière s’est exprimé pour décrier

« le blues des blouses blanches »

Pour débuter son intervention Denis Garnier a exposé la situation de deux agents hospitaliers.

DEUX faits RECENTS :

« Dans le nord Lucie est militante syndicale, 45 ans, fière de ses deux enfants et de son mari. Infirmière aux urgences depuis plus de  20 ans, une grave maladie l’éloigne du service pendant 6 mois. Lorsqu’elle veut reprendre elle est écartée. Le cadre n’en veut plus. Lucie a eu la faiblesse de tomber malade. Sa reprise à mi-temps thérapeutique l’éloigne de la normalité. Les brimades suivent les changements intempestifs de plannings. Le travail aux urgences, c’est une passion. Une fierté. Les urgences c’est la porte de l’hôpital. Un rythme qui offre tous les aspects du métier qui ne se trouve nulle part ailleurs. Tout est bon pour la pousser à changer de service.  L’anormalité ne peut trouver sa place. Elle ne supporte pas ce rejet. Un jour elle se voit refuser un congé pour assister au mariage de son neveu. C’est le refus de trop. Le lendemain elle tente de se suicider. Heureusement son mari arrive à temps. Il vit désormais tous les jours dans la peur de la récidive fatale. On dira d’elle qu’elle a des problèmes personnels. Vrai. Elle est malade.

Dans l’est c’est Odile, 44 ans, infirmière en chirurgie, vivant seule avec sa fille de 17 ans. Même si les conditions de travail sont difficiles elle aime ce poste. Le service subit une restructuration que les syndicats qualifient de brutale. « La Direction n’a jamais annoncé ni aux équipes, ni aux instances, que le service serait ramené à 13 lits et donc, qu’il faut supprimer 5 emplois. Il n’y a eu ni discussion dans les instances, ni procédure claire sur les redéploiements d’agents et encore moins d’entretien individuel. A aucun moment ni le cadre du service ni le cadre de pôle n’ont été invités à participer à la sélection des agents mutés dans d’autres services. Ils étaient pourtant plus à même d’apporter des éléments personnels sur les membres de l’équipe. »

Lorsque Odile apprend qu’elle est mutée en pédiatrie elle dira à plusieurs collègues qu’elle n’ira pas dans ce service et ajoutera : « maintenant je sais ce que j’ai à faire ». « J’étais enfin un peu mieux, je trouve mon équilibre, on me détruit la seule chose qui me reste ! » Au chef de service qui tente de la consoler en lui rappelant qu’elle a un enfant qui a besoin de sa mère, elle répondra : « Il n’a pas besoin de moi pour vivre ». La nuit suivante, le cadre de proximité retrouve Odile en pleurs dans le service, car elle refuse son affectation. Elle fait part de son inquiétude au cadre du pôle qui alerte la directrice des soins qui reçoit Odile dans l’après midi. Elle ne lui dira pas qu’un poste est libéré et qu’elle pourra rester en chirurgie. Deux jours plus tard Odile est retrouvée morte à son domicile. Elle s’est suicidée. Elle avait des problèmes personnels,  dit-on !

Des dizaines de situations similaires peuvent être racontées partout en France. Mais aucune étude sérieuse pour en examiner les causes et mettre en place des réponses préventives comme ce fut le cas dans des pays du nord de l’Europe avec de très bons résultats. Il faut un observatoire des conduites suicidaires en France.

La Crise ?

Ce n’est pas une crise : c’est un système ! C’est une volonté politique portée par la Loi !

Aujourd’hui la société a choisit de contenir les dépenses de santé dans une enveloppe qui ne doit pas évoluer plus vite que la richesse nationale et ce, quelle que soit le nombre d’épidémies, drames ou catastrophes. S’il y a trop de grippes il faudra réduire le coût de la grippe. C’est le principe de la tarification à l’activité. Soit ! Mais le coût de la santé est engagé pour 65% par des charges de personnel. Ainsi, lorsque l’Etat décide de supprimer des emplois, il devrait simultanément informer la population de la réduction de l’offre de soins, c’est-à-dire de la capacité de soigner. Ne pouvant, ou ne voulant pas la réduire, il choisit d’épuiser les personnels de santé, même si ce choix comporte quelques risques collatéraux. Des millions d’heures supplémentaires ne sont pas payées, les jours RTT sont bloqués, les congés sont reportés, les repos sont conditionnés, les horaires sont étirés, les amplitudes de travail augmentées et tous les jours, 100 000 agents hospitaliers sont arrêtés pour des raisons de santé. Comme seules réponses ? Les salaires bloqués et l’instauration d’un jour de carence par arrêt maladie pour les contraindre à rester au travail, même malade.

Ainsi va l’hôpital 2012. Mais le mal est encore plus profond.

Enfin Denis Garnier a exposé la situation d’un encadrement déchiquété, le conflit éthique que vit le personnel soignant, avant de conclure sur la politique de santé qui tue ! Comme le Comité Consultatif National d’Ethique, nous sommes en droit de nous demander :   Quelle logique est à l’œuvre, si le succès médical est suivi d’une mort sociale ?

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intervention complète 4 pages, de Denis Garnier au format PDF

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