Fusion Hôpital public – clinique privée : la guerre des blocs !

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DES CONDITIONS DE TRAVAIL AUX RISQUES PSYCHOSOCIAUX A L'HOPITAL

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Par Denis

bloc opératoire

Pouvons-nous aller vers le bon sens ?

Avant propos : Le mal-être au travail, la souffrance au travail, les traumatismes de l’organisation du travail,  dits  « risques psychosociaux », font l’objet d’une littérature très abondante. La formation et l’avis des consultants sont les réponses privilégiées qui servent surtout à donner bonne conscience aux employeurs qui, curieusement, n’évaluent pas les résultats. La situation de travail qui est exposée ci-dessous est un cas d’école. Une augmentation de 48% de l’absentéisme de longue durée en un an est un vrai sujet. Il n’y a pas besoin d’experts pour comprendre. Le bon sens suffira. Par contre pour la réponse, les victimes en attendent un peu plus.

 

Vous connaissez maintenant la cité sanitaire de St Nazaire, née de la fusion des hôpitaux de St Nazaire et d’une clinique privée. Financée par un partenariat Public-Privé, elle doit payer à l’entreprise Eiffage un loyer annuel de 20 millions d’euros, + 7 millions de frais de maintenance ( utile, car l’autre jour dans la salle du bloc toute neuve, une lampe qui surplombe l’opéré est tombée. Heureusement sans gravité.)  Observons !

De sérieux dysfonctionnements sont constatés dans les blocs opératoires.

En effet, dans ces services, les agents de l’hôpital public et ceux de la clinique privée travaillent ensemble. Ils ont deux statuts différents. Pour les uns, le calcul des congés se fait de janvier à décembre, pour les autres c’est de mai à avril. Ceux du public sont contraints en principe de ne pas travailler plus de 48 heures ; ceux du privé ne peuvent dépasser 44 heures ! Il n’est donc pas simple d’organiser des plannings avec deux statuts et deux modes d’organisation du travail différents. Pourtant, ce n’est pas le plus problématique. La qualité de l’encadrement permet de limer cette difficulté… mais pour combien de temps ?

Le problème majeur reste celui des compétences et là, le cadre devient impuissant.

 

Le choc des compétences !

Les infirmières de bloc opératoire (IBODE) du secteur public sont formées et peuvent travailler sur n’importe quel type d’opération. Elles peuvent enchaîner du « dur« , entendez, orthopédie,  ou du « mou« , c’est-à-dire tout ce qui concerne l’urologie, le vasculaire, le viscéral, etc.

Sur 23 IBODE du secteur privé, 15 ne sont pas formées à la chirurgie orthopédique (1).  Lorsque le plan opératoire prévoit davantage de « mou » que de « dur » les 8 IBODE du secteur privé ne suffisent pas à la tâche.

(1) L’orthopédie est une spécialité chirurgicale pratiquée par un chirurgien orthopédiste. Elle concerne le traitement de toutes les affections de l’appareil locomoteur (os, articulations, muscles, tendons et nerfs). Elle comprend le traitement chirurgical des affections des membres supérieurs (épaule, coude et main), des membres inférieurs (hanche, genou et pied) et du rachis.

 

L’infirmière publique comme recours !

C’est alors que les infirmières du secteur public sont rappelées, essentiellement la nuit et les week-end, pour assurer la continuité du service et donc permettre l’exécution du programme opératoire.

Le constat est préoccupant : Les IBODE polyvalents atteignent ainsi des records de durée du travail : on note des 56 heures de travail par semaine, des pauses « pipi » ou déjeuner impossibles avant 16 heures alors que le service a débuté depuis 7 heures du matin !

Les  représentants du syndicat FO ont alerté la direction du centre hospitalier. En vain !

« Au bloc, il faut que ça dépote » tempête Rachèle Barrion la secrétaire du syndicat. « L’activité est le seul objectif et le rendement est prioritaire sur toute autre considération »

« La semaine dernière, 3 agents ont fait des malaises hypoglycémiques… car sans manger depuis 7 heures du matin, à 15 ou 16 heures, on n’a plus la même énergie… mais ça, la direction s’en moque ! Le tiroir caisse est roi… Si ça continue nous ferons un signalement au procureur pour mise en danger d’autrui! »


La peur traumatisante de l’erreur

Il est un autre aspect non négligeable. Les IBODE de la clinique privée ont une peur terrible de la faute professionnelle. Non formées, elle se sentent incomprises, voire méprisées face à leurs difficultés.

 

Les conséquences sont évidentes  

Les arrêts pleuvent en cascade. Tous les jours, 3 à 4 intérimaires payés une fortune sont appelés en renfort. La secrétaire du syndicat est en colère !

« Et on nous parle pourtant sans cesse de faire des réductions de coût ! »

Sur l’ensemble de la cité l’augmentation générale de l’absentéisme de longue durée a augmenté de 48%  en un an !

 

Le CHSCT incompétent ??

Le syndicat a voulu porter la question à l’ordre du jour du CHSCT ! Mais quel CHSCT ? Hôpital public ? Clinique privée ? Il n’en existe pas de commun entre la clinique et l’hôpital. Alors la direction en a « bidouillé » un, sans droit ni loi, et lorsque la question des conditions de travail du bloc est arrivée, la direction a fait comprendre qu’il fallait faire le maximum pour générer le maximum de recettes !

 

QUESTIONS AUX EXPERTS DES TRAUMATISMES DE L’ORGANISATION DU TRAVAIL :


Voila une situation qui entraîne des traumatismes graves sur la santé des salariés que vous appelez improprement troubles psychosociaux (suite aux risques). Les agents sont consciemment placés en dehors de la réglementation, en dehors du champ de l’obligation qui impose à l’employeur d’assurer la sécurité, la santé physique et mentale des travailleurs.

Et maintenant on fait quoi ?

Pour supprimer le risque, le réduire ou l’éviter (encore une obligation de l’employeur) FO-santé  demande de remettre la qualité du travail au centre des préoccupations de tous les acteurs. Nous y sommes !

Dans la situation présente comment s’y prendre ?

D’abord il apparaît nettement que des interlocuteurs sont absents. En premier lieu il faut donner les moyens aux cadres des blocs opératoires d’organiser la discussion sur le travail non seulement entre les IBODE publiques et privées, mais aussi avec les chirurgiens des deux secteurs. Actuellement  le chef de bloc est du secteur privé et méconnaît les droits statutaires des hospitaliers publics.  Après avoir rappelé les objectifs du travail de ce service, il faut écouter les doléances des uns et des autres. Il faut recenser tous les points qui empêchent d’atteindre ces objectifs.

L’uniformité des statuts, des compétences et des organisations semblent être des solutions, mais ce sont aux acteurs concernés de les définir, de les organiser pour ensuite les partager avec les syndicats et la direction. Elles seront appréciées par les différents partenaires, syndicats, direction, pour être discutées ensuite dans le cadre des Comité Technique d’Etablissement (CTE), Comité d’Entreprise (CE), Délégués du Personnel (DP) et Comité d’Hygiène de Sécurité et des Conditions de Travail (CHSCT).

 

C’est redonner du sens au travail, du bon sens. Etes vous prêt ?

 

DG

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