Quand les scientifiques analysent les 12 heures de travail !

Quand les scientifiques analysent les 12 heures de travail !

fo-sante-org.jpgDES CONDITIONS DE TRAVAIL AUX RISQUES PSYCHOSOCIAUX A L'HOPITAL


Par fo-sante.org

fo-sante.org

Quand les scientifiques analysent les 12 heures de travail !

Il n’y a pas qu’en France où l’organisation du travail en 12 heures sévit. Aujourd’hui, des études scientifiques sont publiées par des chercheurs pour en connaître les effets sur les personnels et sur la qualité des soins. Nous avions fait état dans nos colonnes des études publiées par le Dr Geiger-Brown. Nous l’avons contacté et cette dernière nous a gentiment communiqué les 3 articles qu’elle a publié sur cette question. (Nous pouvons vous les adresser – en anglais- par courriel sur simple demande)

Nous sommes heureux de vous en présenter la synthèse (en 2 articles distincts) avec l’aimable traduction du Docteur Madeleine ESTRYN-BEHAR, docteur en ergonomie  aux hôpitaux de Paris et auteure de nombreux ouvrages.

Le premier article (Dr Geiger-Brown et Trinkoff, JONA, 40,3,100-103)

1- synthèse les évidences scientifiques

Fatigue et santé

Les synthèses des chercheurs montrent :

  • que les infirmiers en 12 heures ont été plus fatigués selon 5 des 7 études de qualité retenues. Parmi les 10 études mesurant la performance, 4 ont été en défaveur des 12 heures et 6 n’ont pas montré d’effet, mais aucune n’a montré d’effet positif des 12 heures
  • une augmentation des troubles musculo-squelettiques, des expositions aux risques biologiques, et de l’utilisation d’alcool et de tabac.
  • une augmentation de 19% à 22% des Troubles Musculo-Squelettiques pour les infirmiers travaillant 12 h par rapport à ceux qui travaillent en 8 heures.

Manque de sommeil

  • Les longs horaires de travail augmentent la dette de sommeil d’autant plus avec le nombre de jours consécutifs

Les études montrent que des longs horaires de travail augmentent :

  • la dette de sommeil
  • les temps de réaction et les fautes d’inattention
  • la dégradation du statut neurocomportemental des agents
  • La dette de sommeil contribue à l’hypertension, au diabète et à la diminution de la tolérance au glucose, à l’obésité et aux infarctus, à une mauvaise hygiène de vie et à la dépression. De plus la dette de sommeil réduit la réponse immunitaire en réduisant la production d’anticorps

Erreurs dans les soins

  • Les infirmiers travaillant 12 h30 et plus ont rapporté 3 fois plus d’erreurs que ceux travaillant au plus 8h30.
  • Les chercheurs citent une étude allemande portant sur 1,3 millions d’accidents de travail qui montre une augmentation exponentielle des AT à partir de la neuvième heure de travail, augmentation encore plus prononcée pour les postes d’après midi et de nuit.

Accidents exposant au sang

  • les AES augmentent pendant les deux dernières heures de travail pour les soignants en 12 heures mais pas pour ceux en 8 heures. De même on constate une augmentation de plus d’une fois et demi des AES pour les infirmiers travaillant 12 h par rapport à ceux en 8 heures.

Conduite en état de moindre vigilance et presque accidents

  • Les infirmiers travaillant 12 h30 et plus ont rapporté deux fois plus de conduite en état de moindre vigilance et presque accidents que celles travaillant au plus 8h30

.

Le second article (Lothschuets Montgomery et Geiger-Brown, JONA, 40,4,147-149)

2 – Analyse les barrières que les managers rencontrent pour quitter la pratique des 12 heures

Satisfaction et demande des infirmiers eux-mêmes

Aux Etats-Unis le travail en 12 heures est très répandu et selon certaines études apprécié des infirmiers.

Dans le troisième article, il est signalé que l’une des raisons de cette préférence est qu’ainsi il n’y a des dépassements d’horaires que 2 à 3 fois par semaine et non 4 à 5 fois.

Nécessité éthique de changer

Le rapport de l’institut de médecine sur la sécurité des soins et la nécessité de transformer l’environnement infirmier (keeping patient safe : Transforming the work environment of nurses. Washington DC : National Academy Press ; 2004) a cité explicitement les horaires de travail comme source de fatigue des infirmiers avec réduction de la vigilance et dégradation du fonctionnement neurocomportemental. Ceci a mis en question la possibilité éthique de continuer à travailler en 12 heures (Lorenz, 2008).

Lothschuets Montgomery et Geiger-Brown soulignent que l’aéronautique et les routiers ont promu des régulations après avoir reconnu l’impact des de la fatigue sur les erreurs. Ce type de régulation manque pour les soins infirmiers. Ils proposent d’introduire un retour aux horaires de 8 heures graduellement, en concertation, avec des expériences pilotes et en réfléchissant à tous les autres aspects du fonctionnement hospitalier.

DG

Télécharger l'article à partir de http://fo-sante.org
Format pdf

icon_pdf.gifClic sur l'icone

1 vote. Moyenne 5.00 sur 5.

Vous disposez d'un droit d'accès, de rectificat ion, de modification et de suppression des données qui vous concernent (Art. 34 de la loi Informatique et Liberté du 6 janvier 1978) sur l'ensemble du site. Pour l'exercer, Cliquez sur cette bannière pour contacter le webmaster