Quant le personnel hospitalier devient la chair a canon ...

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DES CONDITIONSCONDITIONS DE TRAVAIL AUX RISQUES PSYCHOSOCIAUX A L'HOPITAL

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Par Denis

Lundi 12 janvier 2014

Quant le personnel hospitalier devient la chair a canon de la guerre économique

Chair de guerreAvant propos : Au moment où la défense de la liberté rassemble une confuse solidarité, il m’est apparu nécessaire de proposer à nouveau ce coup de gueule paru dans le « Monde.fr » et « le cercle des échos » il y a 3 ans,  en janvier 2012 et dans ce même blog sous le titre « L’hôpital, le diable et le Roi ! »

Il n’y a certainement aucun rapport avec la barbarie de ces derniers jours. La violence des images et des faits emporte l’émotion et la colère. Les autres morts sont-elles moins violentes ? Pourraient-elles susciter le même soulèvement populaire ?

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L’hôpital public devient progressivement une zone de non droit !

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L’ambition de la performance économique balaie tout sur son passage. La qualité du travail, les mesures élémentaires de sécurité des soins et des personnels, le respect du droit n’est plus assuré. C’est insultant pour notre République de Liberté, d’Egalité et de Fraternité[1]. Le service public hospitalier devient progressivement une usine produisant des soins. Les infirmières muent en techniciennes sans âme, les directeurs sont des exécutants de basses besognes. Nous devons poursuivre une mission de service public alors que nous sommes privés de moyens, de personnel, de matériel et dans des conditions telles que 100 000 agents hospitaliers sont arrêtés tous les jours pour raison de santé.

Le travail tue, mais qui s’en préoccupe ?

Un suicide ici et là, des dizaines sur un an ! Et après ? Une manchette dans le journal local ? Rien n’arrête le tsunami de l’économie libérale dépravée menée par un gouvernement qui poursuit sa guerre contre l’Etat, contre les services publics, contre tous les secteurs de l’économie susceptibles de freiner les profits de quelques uns. Nous sommes bien dans « l’Etat prédateur » si bien décrit par J.K.Galbraith[2]

Pour mettre en œuvre cet assèchement de la démocratie, pour casser cet hôpital public, au service bien souvent des plus modestes, le Président de la République a promulgué la Loi dite « Loi HPST »[3] . Cette Loi qui permet de donner des missions de service public aux cliniques commerciales. Une loi qui organise la fermeture de services, d’hôpitaux, contre l’avis des élus et des représentants des personnels. Une loi qui force le mariage entre les intérêts commerciaux des cliniques et les missions du service public hospitalier. Une loi accouchant les bras armés de la réforme.

les Directeurs d’Agence Régionale de Santé. (DARS)

Ces nouveaux bourreaux du service public hospitalier sont directement nommés par le président de la République. Leur pouvoir est exorbitant. Ils écrasent la démocratie, mais tout à fait légalement puisque c’est la Loi qui leur fournit les armes. A l’aide de contrats unilatéraux, ces DARS imposent les restructurations, la fermeture de services, des pénalités financières en cas d’inexécution partielle ou totale, mutent d’office les personnels sans consultation. Tel le roi sous l’ancien régime par ses lettres de cachet[4], ils suspendent des directeurs et des médecins d’hôpital qui ne remplissent pas les critères de performances économiques. Ces derniers doivent se conformer aux ordres sans aucune possibilité d’y déroger. Ils seront licenciés au bout de deux ans si aucun poste ne leur est proposé. Se soumettre ou se démettre, ainsi va l’hôpital 2012 !

Quant au personnel hospitalier il devient la chair à canon de la guerre économique.

Il ne suscite aucun respect de la part de ces gens là aux ordres d’un pouvoir abscond et machiavélique ! La féodalité est de retour ! ça va mal se finir !

Je ne peux m’empêcher d’établir un parallèle avec le film de Bertolucci, « Le Conformiste » ou encore avec le nain jaune  d’Alexandre Jardin. C’est le grand père d’Alexandre Jardin, « le principal collaborateur du plus collabo des hommes d’Etat français : Pierre Laval, chef du gouvernement du Maréchal Pétain. »[5]

Comment ne pas transposer cet état à la situation de l’hôpital public ? « Tôt dans ma vie, j’ai donc flairé avec horreur que des êtres apparemment réglo – et qui le sont sans doute – peuvent être mêlés aux plus viles actions dès lors qu’ils se coulent dans un contexte qui donne un autre sens à leurs actes. Lorsqu’un individu doté d’une vraie colonne vertébrale morale s’aventure dans un cadre maléfique, il n’est plus nécessaire d’être le diable pour le devenir. »

Nous y voilà ! Le dilemme du fonctionnaire ! Le droit de désobéissance est-il possible ?

Oh, rien à voir avec la rafle du Vél d’Hiv du 16 juillet 1942, juste la mise en place de la Loi HPST ou de la RGPP, la Réforme Générale des Politiques Publiques. Celle qui fusionne les administrations entre-elles, qui supprime un fonctionnaire sur deux qui part à la retraite sans se soucier ni des hommes ni des résultats. Le dogme domine ! Le fonctionnaire exécute ! Il faut réduire les dépenses immédiates sans se soucier du lendemain. C’est la seule consigne !

En France, le pouvoir démocratique est décapité par la finance ! Le Président et ses ministres sont soumis, ordonnent, organisent et placent les « nains jaunes » dans les plus viles actions pour assécher la République de ses valeurs fondamentales. Ainsi les fonctionnaires sont menés dans un cadre pernicieux, dans lequel il n’est plus nécessaire d’être le diable pour le devenir.

Le devoir de désobéissance doit s’imposer à tous ceux qui veulent vivre dans un monde libre, berceau de liberté, d’égalité et de  fraternité. Seul vous servirez de chair à canon. Ensemble tout est possible !

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Ne soyons pas les « nains jaunes » du XXIème siècle. Résistons !

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D G

[1]  Constitution : ARTICLE 2: “La langue de la République est le français. L’emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge. L’hymne national est « La Marseillaise ». La devise de la République est « Liberté, Égalité, Fraternité ».  Son principe est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple”.

[2] « L’état Prédateur » Editions Le Seuil – 2009

[3] LOI n° 2009-879 du 21 juillet 2009 portant réforme de l’hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires

[4] Une lettre de cachet est, sous l’Ancien Régime en France, une lettre servant à la transmission d’un ordre du roi, permettant le plus souvent l’incarcération sans jugement, l’exil ou encore l’internement de personnes jugées indésirables par le pouvoir.

[5] Alexandre Jardin « Des gens très bien »  Editions Grasset et Fauquelles et Alexandre jardin – 2010

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