Un toubib répond au BlaBlaBla de la ministre de la santé !

http://fo-sante.org

DES CONDITIONSCONDITIONS DE TRAVAIL AUX RISQUES PSYCHOSOCIAUX A L'HOPITAL

cropped-bandeau-blog3.jpg
Par Denis

Lundi 25 juillet 2016

Un toubib répond au BlaBlaBla de la ministre de la santé !

BlablablaLes médecins sont devenus des agents comptables de l’hôpital. Il y a ceux qui acceptent et ceux qui dénoncent.

Ce sont les gouvernements successifs, Madame Bachelot hier, Madame Tourraine aujourd’hui, qui veulent nous faire croire que directeurs et médecins peuvent s’entendre sur les mêmes objectifs alors qu’en fait ce sont les Agences Régionales de Santé qui décident de tout sur les seuls objectifs financiers.

Un médecin s’insurge avec humour sarcastique et ça décoiffe de réalité.

Bonne lecture.

.

Mea-culpa !          

Guérande le 14 septembre 2015

.

Lettre ouverte à Madame la ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes.

Praticien hospitalier en service de médecine à l’hôpital de Guérande, j’apprends que l’ARS demande à l’établissement de se restructurer avec comme objectif la suppression de 25 à 30 lits de médecine. Le motif exposé étant un écart statistique de DMS (durée moyenne de séjour) avec les autres établissements…

Or la DMS est directement liée aux décisions des médecins puisqu’ils planifient des entrées et sorties des patients. Je me sens donc directement visé par les reproches de l’ARS comme responsable de la faillite de l’établissement et des multiples conséquences désastreuses pesant sur le personnel de l’hôpital et la population locale. Par ma faute, certains perdront leur emploi, d’autres devront travailler ou se faire soigner à plus de quinze kilomètres d’ici.

Mea-culpa donc ! Malgré près de dix ans de carrière hospitalière, malgré la multiplication des réunions « qualité » au sein de l’hôpital, je n’ai pas su améliorer mes pratiques professionnelles.

Tout d’abord à l’admission : je n’ai pas su sélectionner les bons patients, ceux qui ont des pathologies simples, vites guéries, et ne présentant pas de problématique sociale associée… au lieu de cela, j’ai admis des patients polypathologiques avec parfois même des problèmes cognitifs et sociaux rendant la prise en charge lourde et le retour à domicile complexe voire parfois impossible. Ces patients encombrants que les services d’aval redoutent à juste titre puisque délétères pour leurs statistiques. Que ne me suis-je inspiré des « bed managers » que l’on voit apparaître ça et là aujourd’hui sachant flairer dès les urgences le patient rentable pour leur établissement ? Mea-culpa !

Ensuite pendant le séjour : depuis longtemps j’ai développé des pratiques déplorables consistant à chercher au-delà du simple motif d’entrée… pourquoi s’inquiéter de troubles de la mémoire ou d’une perte de poids chez un patient qui vient pour une bronchite ? Automatiquement, ce type de comportement et le cortège d’examens complémentaires associés rallongent les durées d’hospitalisation et leur coût… et que dire de ces patients en fin de vie qui ne meurent pas dans le délai prévu par l’ARS ? En y mettant un peu du mien cela devrait pourtant être possible ! Mea-culpa encore !

Pour finir, lors de la sortie : quand un patient est stabilisé, pourquoi donc ai-je pris cette habitude de me soucier des conditions de retour au domicile , guéri donc sortant, c’est pourtant simple ! se préoccuper des inscriptions en EHPAD, de l’organisation des aides sociales, matérielles, humaines, etc…n’est sans doute pas mon rôle et ne devrait en aucun cas retarder une sortie. Mea-culpa toujours !

J’en veux à mes professeurs qui ont oublié de me former à l’économie de la santé, qui au lieu de m’enseigner l’intérêt du rapport coût/profit de la prise en charge d’un client, m’enseignaient l’analyse du rapport bénéfice/risque d’un traitement pour le patient.

Heureusement, la relève est là, et manifestement de nombreux confrères aujourd’hui ont su mettre à profit la mise en concurrence des établissements de santé, optimisant le codage PMSI et le parcours de soins, développant des stratégies productives et rentables, conquérants des parts de marché, et faisant de leurs établissements les fleurons de la médecine moderne que vous appelez de vos vœux !

Dans l’espoir que la fermeture de mon service ne m’amène à aller pourrir les statistiques d’un établissement voisin, veuillez croire, Madame la ministre à bla bla bla…

Dr Fauché Jean-Marc

Le 1er octobre tous les hospitaliers en grève

 

Site denis commentaire

1 vote. Moyenne 5.00 sur 5.

Vous disposez d'un droit d'accès, de rectificat ion, de modification et de suppression des données qui vous concernent (Art. 34 de la loi Informatique et Liberté du 6 janvier 1978) sur l'ensemble du site. Pour l'exercer, Cliquez sur cette bannière pour contacter le webmaster