Au coeur du protectionnisme

La peur des pays émergents

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jules-meline.jpgÀ LA FIN DU XIXe SIÈCLE, LA CONCURRENCE DES « PAYS NEUFS » FAIT RAGE DANS L’INDUSTRIE, MAIS AUSSI ET SURTOUT DANS L’AGRICULTURE. DU COUP LES TENTATIONS PROTECTIONNISTES SE RAVIVENT, COMME AUJOURD’HUI ENTRE L’UNION EUROPÉENNE, LES ETATS-UNIS ET LA CHINE, ENTRE AUTRES.

 La vague de libre-échange qui traverse l'Europe commence dans les années 1850. Une vingtaine d'années plus tard, l'agriculture et le textile français doivent faire face à cette concurrence. Ces « pays neufs », que l'on appellerait aujourd'hui pays émergents, étaient les Etats-Unis, l'Argentine, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Cela tombe mal car à cette époque le Vieux Monde est touché par des crises financières et en France les maladies ravagent la vigne et les vers à soie. Dès 1879, l'Allemagne renforce ses barrières douanières.

En France, des voix de plus en plus nombreuses s'élèvent pour réclamer des tarifs douaniers protecteurs. L’Union centrale des syndicats agricoles, dirigée par de grands propriétaires  conservateurs, dénonce les bas salaires des ouvriers agricoles en Prusse orientale et en Russie. Les patrons du textile sont sur la même longueur d'onde.

Les gouvernements républicains successifs vont progressivement ériger des barrières tarifaires sur le bétail, les viandes, les céréales, le sucre, l'huile d'olive et les raisins secs.

LE PREMIER CHANTRE DU PROTECTIONNISME MODERNE

tarifs-meline.jpgJules Méline, conservateur ministre de l’Agriculture dans le gouvernement Jules Ferry de 1883 à 1885, va mettre en place cette politique économique. En 1891, il s'offusque «que l'on ait pu voir les blés de l'Amérique arriver meilleur marché au Havre et à Marseille que de nos principaux centres de producton». Il dénonce aussi l'Empire britannique, qui a dévalué la roupie indienne pour inonder l'Europe de produits bon marché venus du sous-continent.

Aujourd'hui, nombre d'économistes et de politiques occidentaux accusent Pékin de faire de même en sous-évaluant sa monnaie, le yuan.

En janvier 1892, le Parlement vote les «tarifs Méline». Ces derniers instaurent un tarif appliqué à tous 1es États et un tarif minimum à ceux qui négocient des accords de réciprocité. Les tarifs minima varient entre 5% et 20% suivant les produits. Cette loi est encore renforcée en 1897, année justement ou Méline est président du Conseil (Premier ministre), par la loi dite «du cadenas». Elle permet au gouvernement de faire varier les droits de douane sur les céreales, les viandes et les vins, pour maintenir les prix payés aux producteurs français.

Dès 1887, Jean Jaurès, député français, propose une motion au Parlement«Si des mesures douanières protégeant l'agriculture sont jugées nécessaires, des précautions préalables doivent être prises pour que les bénéfices en soient assurés aux fermiers, métayers et ouvriers agricoles.» Cette motion sera rejetée par la majorité conservatrice du Parlement.

 

FO Hebdo - Juin 2013

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