La chute du mur de Berlin

1989-2009

Il y a vingt ans, la chute

du mur.

 

La fin de la dictature de Moscou, de son empire sur une vaste partie du monde et sur une non moins vaste partie du mouvement ouvrier international, est le résultat d’un long combat pour la liberté et la démocratie au sein même des peuples placés sous le joug stalinien.

 

Pékin-Berlin

 

Il y a vingt ans, le monde tournait successivement ses regards vers deux villes chargées d’Histoire et qui, une fois de plus, faisaient l’Histoire. Par un de ces contrastes qu’elle nous sert si souvent, alors que le Printemps chinois se concluait dans le sang par un renforcement de la dictature, le mur qui séparait l’Allemagne en deux entraînait dans sa chute un empire qui avait asservi de nombreux peuples et une grande partie du mouvement ouvrier international.

 

Pour des lendemains qui chantent ? Le nouvel ordre mondial est aujourd’hui un désordre dont la tête, les chefs des vingts Etats les plus riches, le G20, ne maîtrise plus les forces qui ont été libérées il y a vingt ans. Officiellement, le G20 rejette le protectionnisme, mais les Anglo-Saxons s’opposent au  couple franco-allemand. Chaque grand pays protège d’abord ses propres intérêts, comme le montre la tartufferie des déclarations contre les paradis fiscaux. La liste noire est devenue grise et la grise, blanc cassé. La Chine a besoin de Singapour et de Macao, la Grande-Bretagne de la City et des îles anglo-normandes, les Etats-Unis de trois Etats de la Fédération, la France d’Andorrre, et tous de la Suisse, dans des proportions raisonnables…

 

 

Pendant ce temps, les préparatifs de la commémoration de la chute du mur ont commencé. Les quelques morceaux du mur qui sont restés debout ont été classés monument historique. Ils sont en cours de restauration. Une partie s’étend de la gare de l’Est au pont de Oberbaum, le long de la rivière Spree. Des artistes internationaux, regroupés dans « l’East Slide Gallery », avaient peint de gigantesques fresques qui ont été endommagées par l’érosion et des tags sauvages. Ils vont les restaurer à l’identique. Idem  pour un autre petit bout, le long de la rue Niedekinchner, derrière la chambre des députés. Beaucoup de citoyens berlinois ont cassé des petits bouts de mur et les gardent chez eux comme de véritables reliques. D’autres pans de mur ont été conservés par l’Etat allemand, le Parlement de Bruxelles et la CIA, à son siège de Langley.

 

 

Un certain 9 novembre 1989

à 22h00

 

Ce jour-là, en début de soirée, l’officier responsable du poste de frontière de la rue Bomholmer à Berlin-Est est totalement désemparé. La radio annonce la délivrance de visas de sortie pour tout le monde. Les habitants de toute la RDA affluent. Ils sont bientôt des milliers et les grilles menacent de céder sous la pression de la foule. A ce poste frontière, le lieutenant-colonel Harald Jäger explose de rage : « Schabowski est dingue ! il vient d’annoncer que les frontières sont ouvertes et que les citoyens de RDA peuvent quitter le pays par le poste de leur choix, à partir de maintenant. » Günter Shabowski est le responsable du SED (parti communiste d’Allemagne de l’Est) pour Berlin. Jäger téléphone au colonel Ziergenhorm, de la terrible Stasi, qui est lui aussi inquiet, d’autant qu’il n’a pas de directives. Des gens arrivent en masse, en tramway, en Trabant bringuebalantes. A 21h, il y a déjà plus d’un kilomètre de queue. Jäger n’a qu’une vingtaine d’hommes à son poste frontière. Ca sent le roussi. La grille cède et à 21h25 des milliers de manifestants goguenards se retrouvent sur le pont métallique qui enjambe les voies de chemin de fer et conduit à l’Ouest. De l’autre côté, des milliers de Berlinois de l’ouest accueillent, sous les applaudissements, leurs frères. Après Bomholmer, c’est au tour des autres postes : Sonnenallee, Invalinden Chaussee, Heinrich Heine, Oberbaum Brüche et le fameux check point Charlie. Sous les caméras de l’Ouest on voit les gens qui pleurent, qui rient, qui s’embrassent. Ceux de l’Ouest offrent du champagne, de la bière, des sandwichs et commencent à abattre le mur à coups de marteau, de pique… Pendant des jours des milliers d’Osis (Allemands de l’Est) visitent l’Ouest, touchant une vingtaine de Marks de la république fédérale. Les Vopos (police du peuple) ont été complètement débordés. Le lendemain, sur le pont Glienicke, où s’échangeaient les espions, policiers de l’Ouest et de l’Est fraternisent. Le 3 octobre 1990 l’Allemagne est officiellement réunifiée et le 20 juin 1991, Berlin redevient la capitale du pays. La mort de 239 personnes qui ont tenté de franchir le mur n’aura pas été vaine.

 

Comment en est-on arrivé là? C’est une longue histoire. En 1947, avec son fameux discours de Fulton, l’ancien Premier ministre britanique Winston Churchill dénonce : « Un rideau de fer vient de s’abattre sur l’Europe de la Baltique à l’Adriatique. » La guerre froide à commencé. Mais jusqu’à aujourd’hui, les révoltes populaires contre la dictature communiste vont se multiplier, de Berlin à Pékin, de Prague à Tbilissi, de Budapest à Kiev.

 

Staline ne supporte plus d’avoir une enclave occidentale au cœur de sa zone d’occupation militaire en Allemagne. Il organise donc le blocus de Berlin-Ouest le 24 juin 1948.

 

Les américains réagissent en organisant un gigantesque pont aérien qui va ravitailler les Berlinois jusqu’au 12 mai 1949, date de la levée du blocus. Les Américains, les Anglais et les Français créent la République fédérale d’Allemagne le 22 mai 1949 et les Russes la République démocratique allemande en octobre de la même année. Et c’est de nouveau à Berlin que tout va commencer. Les 15-17 juin 1953, trois mois après la mort de Staline, les maçons, rejoints par les métallos, se révoltent à Berlin-Est, puis à Dresde, Magdebourg, Liepzig, contre l’augmentation des cadences.

 

La répression est féroce.

 

 

 

Révoltes et Répressions

 

Vient le tour de la Pologne, si malmenée par Staline, qui l’a partagée avec Hitler en 1940, a laissé massacrer les révoltés de Varsovie en Juillet 1944, puis a annexé sa partie orientale à l’URSS. En juin 1956, les ouvriers de Poznan se révoltent. Là encore, la répression est sanglante. Une nouvelle révolte dans l’ensemble du pays a lieu le 19 octobre.  Le gouvernement s’effraie et rappelle au pouvoir Wladyslaw Gomulka qui, à la Libération, préconisait la voie nationale vers le communisme, ce qui lui avait valu la prison de 1951 à 1954. L’exemple polonais électrise les Hongrois. La révolution hongroise débute quatre jours après la dernière  révolte polonaise, en 1956. Cette fois, pour Moscou, l’heure est grave. Imre Nagy, le dirigeant communiste réformateur du pays, rétablit le multipartisme, quitte le pacte de Varsovie et déclare la Hongrie neutre.

 

Le 4 novembre les chars soviétiques entrent dans Budapest, mais ils doivent faire face à une forte résistance des milices ouvrières, rejointes par la majorité de l’armée hongroise. L’insurrection est écrasée au prix de milliers de morts. Des diz            aines de milliers de hongrois fuient en Autriche. Imne Nagy est transféré à Moscou où il sera pendu deux ans plus tard.

 

En RDA, le régime fait face à une hémorragie. De 1953 à 1961, trois missions d’Allemands de l’Est sont passés à l’Ouest, via Berlin. Le conservateur Walter Ulbricht décide, dans la nuit du 12 au 13 août 1961, de construire le « mur de la honte ».

 

Des maçons sont réquisitionnés sous la surveillance de l’armée et de la Stasi. Ils construisent 160 kilomètres de mur fait de plaques de béton de 3,60 mètres de haut avec 300 miradors. Le 27 août, on est à deux doigts de la troisième guerre mondiale. Chars soviétiques et chars américains se font face à face, prêts à réagir, au check point Charlie. Mais finalement, Khrouchtchev fait marche arrière. Kennedy viendra peu après devant le mur déclarer « Ich bine in berliner » (je suis un Berlinois), sous les applaudissements de dizaines de Berlinois.

 

Encore une fois, ce sont les Polonais qui donnent l’exemple à leurs voisins. En Mars 1968, les étudiants se révoltent, sans succès. Mais les Tchèques leur emboîtent le pas, d’autant que le « Printemps de Prague » a commencé depuis janvier, sous la houlette d’Alexandre Dubcek et son « socialisme à visage humain ». Dubcek suit la voie de Nagy. Brejnev ne peut l’accepter et envoie ses tanks le 21 août. Le sang coule dans les rues de Prague et l’étudiant Jan Palach s’immole sur la place Venceslav. Infatigables, les Polonais repartent au combat pour la liberté. En décembre 1970, les arsenaux de la Baltique entrent en grève contre l’augmentation des prix et partent manifester devant le siège du POUP (Parti ouvrier unifié polonais). La milice tire dans le tas, faisant des dizaines de morts. En juin 1976, il y a de nouveau des manifestations ouvrières à Radom et à Ursus contre l’augmentation des prix.

 

Désormais, dans les démocraties populaires, l’heure n’est plus à l’affrontement frontal et sanglant, mais à l’organisation de syndicats et d’associations, indépendants et clandestins,  pour saper le pouvoir à la base. Un syndicat clandestin est fondé en Pologne en 1976, qui deviendra Sokidarnosc.  Le 23 septembre 1977 voit la naissance du KOR (comité de défense des ouvriers). Ce sont ces deux organisations qui vont orchestrer les grèves contre la hausse des prix à Ursus, Gdansk, Lublin et Varsovie au début de 1980, puis la grande grève des chantiers navals de Gdansk à l’été, avec un certain Lech Walesa. Ce dernier signe les fameux accords de Gdansk le 31 août, qui vont aboutir à la légalisation de Solidarnosc le 9 novembre, premier syndicat libre dans le bloc de l’Est depuis 1945. Le POUP est débordé et c’est l’armée qui va reprendre les choses en mains avec le coup d’Etat du général Jaruzelski le 13 décembre 1981, préférant se charger de la sale besogne à la place de l’armée Rouge. Il faudra attendre le 17 juillet 1986 pour que le général aux lunettes noires décrète l’amnistie et la libération des militants de Solidarnosc.

 

En Tchécoslovaquie, Vaclav Havel fonde, le 1er janvier 1977, la « Charte 77 », qui sera à l’origine des manifestations, qui vont débuter et s’accentuer à partir d’août 1988, pour célébrer le vingtième anniversaire de la fin du « Printemps de Prague »

 

 

Gorbatchev ou le début

de la fin

 

Le Politburo soviétique est alors constitué de vieillards cacochymes.

En mars 1985, Mikhail Gorbatchev est élu Secrétaire général du PCUS. En 1987, il lance une réforme salariale et l’année suivante une réforme de l’entreprise. Laperestroïka est lancée. En 1989, l’armée rouge quitte l’Afghanistan. Ces changements à Moscou donnent des sueurs froides à certains dirigeants des démocraties populaires, en particulier à Erich Honecker, le patron de la RDA. En effet, pour ce dernier, si le communisme tombe, la Pologne sera toujours la Pologne, idem pour la Hongrie, la Roumanie… Mais la RDA ne survivra pas car ce n’est pas un Etat-nation, mais un état artificiellement constitué sur une base uniquement politique. Le vieux Todor Jivkov, au pouvoir en Bulgarie depuis 1954, a été stalinien, Khrouchtchévien, Brejnévien, passant à chaque fois à travers les purges. Quant à Ceausescu, le « génie des  Carpates », « le Danube de la pensée », enfermé dans sa dictature démente, il se croit indéboulonnable.    

 

C’est la Hongrie qui va être le maillon faible. Le vieux Janos Kadar est remplacé et les réformes commencent en mai 1988. En avril 1989, Budapest instaure le multipartisme et le 2 mai, elle démantèle sa frontière avec l’Autriche. Des milliers d’Allemands de l’Est en profitent pour rejoindre la RFA via l’Autriche. Des manifestations quotidiennes ont lieu dans toutes les villes de la RDA, soutenues par les églises protestantes. Le vieux Honecker est débarqué par son poulain Egon Krenz. Ce dernier ne durera pas longtemps. Le 7 novembre, un million de manifestants entraînent la démission du gouvernement Krenz. La suite est connue.

 

En juin 1989, des élections semi libres ont lieu en Pologne ou le POUP a su se garder 50 % des sièges à la diète. Pas pour longtemps, il est dissous en janvier 1990 et en décembre Lech Walesa est élu président de la République.

 

Le lendemain de la chute du mur, une révolution de palais à Sofia débarque Jivkov.  Elle a été organisée par son ministre des Affaires étrangères, Mladenov, et l’ambassadeur d’Union soviétique en Bulgarie. Mladenov tiendra jusqu’en 1991, avant d’être balayé par le parti démocratique CDC de l’ancien dissident Jelio Jelev. Le 17 novembre 1989, la révolution de velours commence à Prague. Un mois plus tard, Havel est élu président, mais le 1er janvier 1993 le pays se coupe en deux (République tchèque et Slovaquie), heureusement sans effusion de sang, contrairement à la Yougoslavie, à feu et à sang de juin 1991 à juin 1999, se transformant en sept républiques indépendantes : Slovénie, Croatie, Bosnie, Serbie, Monténégro, Kosovo, Macédoine.

 

En décembre 1989, autre révolution de palais, en Roumanie, mais cette fois sanglante. Nicolae et Hélène Ceausescu ont été fusillés à la va-vite. Enfin ce fut le tour de l’Albanie, dictature délirante d’Enver Hodja, puis de Ramiz Alia. Pays aux millions de bunkers, où un million sur trois des habitants ont été emprisonnés ou envoyés dans les camps, où les statues de Staline étaient toujours vénérées. Le 8 décembre 1990, les étudiants de Tirana sont rejoints par certains universitaires dont Sali Berisha, futur président.

 

Le 11 janvier 1991, les mineurs de Valias entrent en grève. Durant l’été 1991, des dizaines de milliers d’Albanais quittent le pays sur des rafiots de fortune vers l’Italie ou, à pied, vers la Grèce. Ce n’est qu’en 1992 que les communistes vont abandonner le pouvoir. Ramiz Alia sera arrêté en août 1993 ainsi que la veuve Hodja.

 

En abandonnant les démocraties populaires, Gorbatchev pensait sauver l’URSS. Il s’est trompé. L’effet de la contagion démocratique a été plus fort. Elu président de l’URSS en 1990, il est victime d’un coup d’Etat militaire des conservateurs en août 1991, puis poussé à la démission le 25 décembre par Boris Eltsine, scellant ainsi la disparition de l’Union soviétique.Si la chute du communisme a été un véritable bol d’air démocratique, sur le plan économique ce fut une catastrophe. Le niveau de vie, qui n’était déjà pas très haut, a gravement chuté, en particulier pour les retraités et les fonctionnaires. Les anciens apparatchiks ont profité des privatisations pour se vendre à eux-mêmes les entreprises d’Etat à bas prix. Les mafias d’Etat sont devenues des mafias privées, mettant les pays en coupe réglée, trempant dans toutes sortes de corruptions et de trafics. Bref, l’installation du communisme, tout comme sa destruction, aura été un long chemin de larmes et de souffrances. Après le Printemps réprimé de Pékin, le début de la fin du bloc de l’Est fut un peu vite interprété comme « la fin de l’histoire ».

 

 

 

Désormais le capitalisme triomphant allait apporter la paix dans le monde grâce, entre autres, à l’Organisation mondiale du commerce et aux G7, G8 et autres G20. Depuis les conflits n’ont pas cessé et la crise frappe la planète entière.

 

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Texte original de Christophe Chiclet

 

Extrait de Force Ouvrière hebdomadaire n° 2892 – Avril 2009

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