350 000 emplois non pourvus

Entretien - Hadrien Clouet, chercheur au Centre de Sociologie des Organisations

Lundi 28 septembre 2015

350 000 emplois non pourvus, une extrapolation grossière pour un usage abusif

ZeQue représente le chiffre de 350 000 emplois non pourvus et pourquoi n’est-il en aucun cas une preuve du manque de motivation des chômeurs à retrouver un emploi, comme l’a avancé François Rebsamen, ministre du Travail et de l’Emploi ?

 

 

Les chiffres du marché du travail

21 millions de recrutements par an en France  : 3 millions en CDI, 4 millions en CDD de plus d’un mois, 14 millions en CDD de moins d’un mois.

126 000 offres non pourvues, faute de candidats, en 2012 à Pôle emploi.

274 000 offres non pourvues pour d’autres motifs : inexpérience des recruteurs, inadéquation entre l’offre et les compétences requises, pourvoi du poste en interne, recrutement extérieur à Pôle emploi, constitution illégale d’un fonds de CV, à utiliser ultérieurement, par le biais d’offres fantômes, déconnexion entre le poste et le salaire proposé.

 

Sur quelles données s’appuie le ministre pour affirmer que 350 000 offres d’emploi ne seraient pas pourvues ?
Hadrien Clouet : En 2012, Pôle emploi dénombrait 126 000 offres non pourvues faute de candidats. Or l’organisme gère environ un tiers des offres d’emploi. Ce chiffre vient donc du triplement du nombre d’annonces de Pôle emploi sans candidats. Mais il s’agit de la fourchette haute et d’une extrapolation grossière car les employeurs confient à l’établissement les offres les plus compliquées et qui s’adressent à un public éloigné du marché du travail.

Quelle est la durée moyenne constatée pour pourvoir une offre d’emploi ?
Hadrien Clouet : Selon le chercheur Marc-Antoine Estrade, pourvoir un CDI ou un CDD de plus de six mois nécessite en moyenne cinq semaines ; pour un CDD de moins d’un mois, deux semaines. Tout marché du travail connaît des offres d’emploi non pourvues le temps qu’elles le soient. Il y a une durée incompressible de recrutement entre le dépôt d’une offre et la sélection d’un candidat. Par ailleurs, l’augmentation des contrats précaires accroît le nombre de procédures de recrutement et donc les offres d’emploi non pourvues.

Si l’on considère ce chiffre de 350 000 emplois non pourvus comme valable, que représente-t-il au regard de l’ensemble des embauches ?
Hadrien Clouet : Une part infime. Hors intérim, on compte chaque année 21 millions de recrutements en France. Ce chiffre représente donc moins de 1,7 % des recrutements. Et signifie a contrario que plus de 98,3 % des offres trouvent preneur. Ces offres non pourvues font donc partie du flux normal sur un marché du travail. Exploiter ce chiffre de 350 000 emplois non pourvus comme preuve d’absence de motivation des chômeurs n’est donc absolument pas pertinent. En outre, le fait qu’il existe des offres non pourvues est plutôt une bonne nouvelle dans la mesure où cela montre également que les demandeurs d’emploi ne sont pas prêts à travailler à n’importe quelles conditions, voire à des conditions clairement abusives. -

- Propos recueillis par Mathieu Lapprand

Hadrien Clouet est doctorant au Centre de Sociologie des Organisations (CSO / CNRS-Sciences Po). Spécialiste des marchés du travail français et allemand, il prépare une thèse sur les politiques d’accompagnement à Pôle emploi.

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