BIENTÔT DES COURS INTÉGRALEMENT EN ANGLAIS À L’UNIVERSITÉ?

Projet de loi Fioraso

BIENTÔT DES COURS INTÉGRALEMENT EN ANGLAIS À L’UNIVERSITÉ?

Linguistes et académiciens voient dans la généralisation des cursus en langues étrangères le risque de nuire à notre langue au profit de l’anglais. Un renfort inédit pour les personnels de l’Enseignement supérieur.


«Refusons le sabordage du français», s’insurge Claude Hagège, professeur au Collège de France, tandis que l’Académie française dénonce «les dangers d’une mesure qui favorise la marginalisation de notre langue» au profit de l’anglais. L’ennemi vient de l’intérieur: il s’agit du projet de loi sur l’Enseignement supérieur et la Recherche, débattu au Parlement à partir du 22 mai. Ce jour-là, plusieurs syndicats, dont le SNPREES FO, appelaient à une grève nationale et à une manifestation entre le Panthéon et l’Assemblée nationale. Ils veulent le retrait du projet de loi de Geneviève Fioraso et l’abrogation des lois sur l’autonomie des universités (LRU) et le budget glogal (Pacte pour la Recherche). Même si l’arbre ne doit pas cacher la forêt, l’article 2 du projet de loi Fioraso favorise des cursus enseignés en langues étrangères à l’université et dans les grandes écoles, provoquant une bronca inédite. Actuellement, la loi Toubon de 1994 pose comme principe qu’en France tous les enseignements doivent être dispensés dans la langue de la République, à deux exceptions près: les cours de langues et lorsque l’enseignant est un intervenant étranger. L’article 2 casse ce principe en stipulant que «des exceptions peuvent également être justifiées par la nature de certains enseignements, lorsque ceux-ci  sont dispensés pour la mise en œuvre d’un accord avec une  institution étrangère  ou internationale, ou dans le cadre d’un programme européen».

Le français bientôt comme le latin?

À la suite d’intellectuels, académiciens, linguistes, écrivains..., une quarantaine de députés socialistes en ont demandé la suppression. Mme Fioraso s’est expliquée le 14 mai sur RMC: «Cela permettra d’attirer des étudiants des pays émergents comme la Corée, l’Indonésie et l’Inde qui, aujourd’hui, vont tous dans les universités anglo-saxonnes.» Une question d’argent pour la Conférence des grandes écoles, qui propose que la France accueille chaque année 50.000 étudiants étrangers de plus, dont 80% paieraient «125% du coût actuel des études».

«Cette loi est lourde d’orages et de défaites», prévient Bernard Pivot dans une interview au journal La Croix, le 13 mai. Pour l’écrivain, le journaliste que l’émission Apostrophes a rendu célèbre, l’enjeu est énorme. «Si nous laissons l’anglais s’introduire dans nos universités, pense-t-il, si nous le laissons, seul, dire la science et le monde moderne, alors le français se mutilera et s’appauvrira. Il deviendra une langue banale, ou pire, une langue morte.»

Pour Bernard Pivot, le problème «est que nos dirigeants ne sont plus des lettrés, ni des amoureux  du français, comme ils l’ont été autrefois». Il est un fait que le 12 avril dans Libération, Mme Fioraso disait vouloir attirer des étudiants étrangers pour ne pas «nous retrouver à cinq à discuter de Proust autour d’une table, même si j’aime Proust». Et en juillet 2008, Nicolas Sarkozy humiliait La Princesse de Clèves face au monde universitaire opposé à la LRU, la réforme Pécresse.
 
FO Hebdo - Mai 2013
 
 

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