BUDGET 2014: CETTE AUSTÉRITÉ QUI NE DIT PAS SON NOM

Camouflage

BUDGET 2014:

CETTE AUSTÉRITÉ QUI NE DIT PAS SON NOM

Les yeux rivés sur l’horizon des 3% de déficit, Bercy a construit un budget tout en ombre et lumière.

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fficiellement le cap est mis sur la croissance et l’emploi, mais la liste des arbitrages indique que, selon la formule de FO, la boussole gouvernementale reste figée sur l’austérité.

Au fur et à mesure que les années s’écoulent, la présentation du budget de l’État s’apparente de plus en plus à une opération de communication gouvernementale. En 2013, l’exercice revêt une dimension inédite: il s’agit non seulement de délivrer un message, mais aussi de camoufler certaines décisions concrètes susceptibles de contredire ledit message. Officiellement, selon le document ministériel rendu public mercredi 25 septembre, le budget 2014 met «le cap sur la croissance et l’emploi», tandis que le gouvernement explique à qui veut l’entendre que nous sommes sortis de la crise et que les impôts n’augmenteront pas en 2014.

Une chose est sûre, Pierre Moscovici et Bernard Cazeneuve, les deux ministres qui ont présenté le budget 2014, ne perdent pas de vue l’objectif de réduction du déficit public fixé par le traité européen sur la stabilité et la gouvernance. Après avoir atteint 4,8% du PIB en 2012 et 4,1% en 2013, celui-ci ne devra pas dépasser 3,6% l’an prochain, pour atteindre 3% fin 2015. Pour parvenir à un tel seuil, le gouvernement compte beaucoup sur le retour de la croissance économique et l’augmentation des recettes fiscales qui va avec, mais celle-ci ne sera que de 0,1% cette année et 0,9% en 2014 selon les prévisions de Bercy. Or, atteindre 3,6% de déficit en 2014 implique de trouver 18 milliards d’euros et le gouvernement a tranché: il augmentera les recettes de 3 milliards et diminuera les dépenses de 15 milliards car, comme le disent les deux ministres dans leur lettre d’accompagnement, ils préfèrent «faire des économies plutôt que d’augmenter les impôts». À deux ou trois bémols près.

DES GAGNANTS ET DES PERDANTS

Le premier a été émis par le journaliste de Médiapart Laurent Mauduit, qui s’est aperçu que la hausse des taux de TVA au 1er janvier ne figurait nulle part dans le document de Bercy, alors qu’elle représente pourtant 6,5 milliards d’euros de recettes pour l’État, quasi exclusivement supportées par les particuliers. Une fois le calcul refait, on arrive au résultat suivant: 24,5 milliards d’effort dont 9,5 milliards de recettes nouvelles.

Le second résulte d’une analyse détaillée et d’une mise en perspective des recettes. Si leur montant total n’augmente officiellement que de 3 milliards, ce chiffre cache une autre réalité: la fiscalité des particuliers va s’alourdir d’une dizaine de milliards d’euros, tandis que celle des entreprises va s’alléger d’autant. Dit autrement et plus clairement, les particuliers vont payer de leur poche les nouveaux cadeaux fiscaux alloués aux patrons.

Enfin, les 15 milliards d’euros d’économies vont se traduire par un train de mesures dont seront victimes les agents, mais aussi les usagers des services publics. Or, comme le rappelle FO dans un communiqué, les services publics et les régimes sociaux sont, «à travers l’action publique et les investissements qu’ils permettent, source de croissance, au même titre que l’indispensable augmentation des salaires pour relancer la consommation». Car, au final, la baisse des moyens alloués aux services publics représente une baisse à retardement du niveau de vie des citoyens.
 
 
FO Hebdo - Octobre 2013
 

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