Courtepaille : les salariés payent l’addition des spéculateurs

lundi 18 juillet 2016

Courtepaille

Les salariés payent l’addition des spéculateurs

Leurs rémunérations se dégradent, leur conditions de travail aussi... Les salariés des restaurants Courtepaille s’inquiètent aussi pour leurs emplois et l’existence même de leur entreprise. Depuis son rachat organisé autour du dangereux système de transaction LBO, celle-ci est de plus en plus endettée vis-à-vis d’un fonds anglais. Soutenus par FO, les salariés demandent des comptes.

Les salariés des restaurants Courtepaille sont « en danger et s’interrogent plus que jamais sur leur avenir » sur le plan des emplois et du devenir même de l’entreprise s’alarment en ce début juillet le syndicat FO de l’entreprise et la fédération FO des travailleurs de l’Alimentation (FGTA-FO).

Très endettée, l’entreprise Courtepaille (285 établissements) est même « l’une des plus endettée de son secteur avec une dette estimée à 120% de son chiffre d’affaire pour la fin de l’année » indique FO.

Or, le mécanisme même de cette dette met l’entreprise en danger.

Après déjà deux opérations de rachat, l’entreprise a été une nouvelle fois rachetée en 2011, cette fois par Fondations Capital (fonds d’investissement spécialiste du LBO) et le crédit mutuel. Cette 3e vente s’est réalisée encore une fois selon le système de LBO (Leveraged Buy-Out).

Par ce mécanisme, l’acquéreur Fondations Capital a financé en grande partie son achat par endettement.

Le créancier ICG prend le contrôle

Vendue pour 245 millions d’euros, soit une valorisation de 8.7 fois l’EBITDA (indice d’évaluation du bénéfice d’une entreprise avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement) Courtepaille aurait été surestimée au plan du profit dégagé par son activité (hors charges et impôts) estiment les spécialistes de telles ventes.

Un emprunt de 160 millions est contracté auprès du fonds anglais ICG (Intermediate Capital Group). Or, dans le système du LBO, si l’acquéreur est censé contribuer au développement de l’entreprise rachetée, c’est à cette dernière de rembourser la dette à son créancier, donc à ICG… Et c’est là que les ennuis commencent.

En septembre 2015, jugeant que Courtepaille n’avait pas suffisamment rempli les objectifs du contrat de prêt ces dernières années, le fonds de dette ICG a pris le contrôle de l’entreprise en s’appropriant ses titres nantis (les garanties apportées par l’entreprise).

Depuis ? « Le seul objectif de l’actionnaire est de récupérer sa mise initiale le plus rapidement possible quelles qu’en soient les conséquences pour la survie de Courtepaille et l’avenir de ses salariés » s’indigne FO.

Une entreprise étranglée par sa dette

« Malgré l’obligation d’information-consultation du CE sur les orientations stratégiques économiques et sociales, ICG n’a communiqué aucun projet stratégique à même de rassurer les salariés sur leur avenir. Et pour cause, il n’en a pas. »

L’entreprise subit une aggravation de son endettement à travers des pénalités (hausse des taux d’intérêt) qui lui sont appliquées par ICG.

Une partie des taux d’intérêt étant capitalisée, la dette grimpe. « ICG continue d’étrangler Courtepaille en ce cessant de prélever des dividendes » s’insurge FO.

« Cela a conduit la direction de l’entreprise à geler les projets de développement, détruire plus de 200 emplois, fermer plusieurs établissements par trimestre, franchiser de plus en plus de restaurants et, de façon irréfléchie et désordonnée, largement accroître la productivité des salariés, dégradant ainsi les conditions de travail mais également le service à la clientèle. »

« Faire entendre la voix des salariés »

En ce qui concerne les rémunérations des salariés, l’opération de vente a entraîné aussi de graves dégâts.

« Après avoir subi des baisses majeures de leurs rémunérations » lesquelles sont indexées au chiffre d’affaires, « les salariés ont perdu le bénéfice de leur prime d’intéressement, puis celui de la participation qui a été ramenée cette année à quelques dizaines d’euros » rappelle FO demandant à ICG de respecter ses obligations légales vis-à-vis du CE et de mettre en place une vraie stratégie d’entreprise.

Et le syndicat FO de Courtepaille soutenu par la FGTA-FO d’évoquer aussi la possibilité d’une prochaine action « pour faire entendre la voix des salariés. »

Par Valérie Forgeront

 

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