ÉCONOMIE: LA REPRISE, C’EST MAINTENANT?

ÉCONOMIE: LA REPRISE, C’EST MAINTENANT?

C’est officiel, la France n’est plus en récession et le gouvernement voit même venir des lendemains qui chantent. Un enthousiasme surjoué, qui fait d’autant moins l’unanimité que le PIB n’est qu’un indice parmi d’autres.

Reprise ou méprise? Après deux trimestres consécutifs de récession économique (à -0,2%), la France aurait renoué avec la croissance: c’est ce qu’a annoncé l’INSEE le 14 août dernier. +0,5% d’augmentation du Produit intérieur brut (PIB) au second trimestre 2013! De quoi provoquer l’euphorie du gouvernement. Car un mois auparavant, lors de son allocution du 14 juillet, le chef de l’État avait dû se sentir bien seul en affirmant: «La reprise économique est là.» «Nous connaissons les tendances et, cette année, la croissance sera faible, voire étale, entre - 0,1% et +0,1%», déclarait encore Pierre Moscovici moins d’une semaine avant cette annonce surprise de l’INSEE. Puis de changer de ton quelques jours plus tard: «L’économie française va mieux. [...] Cette reprise peut et doit être durable.» Et tout le gouvernement, de concert, d’entonner l’air du «Les jours meilleurs sont devant nous». Comme si le thermomètre pouvait guérir le malade...

Tout irait donc pour le mieux? La croissance serait repartie durablement, et la crise plus qu’un mauvais souvenir? Pas si simple, tempère Henri Sterdyniak, directeur du département économie de la mondialisation de l’OFCE. «On estime qu’il faut un taux de croissance de 1,2% pour que les entreprises arrêtent de détruire de l’emploi. Et un taux de 1,8% pour faire baisser le chômage.». Avec +0,5% sur un seul trimestre, on reste donc bien loin du compte.

Mais d’où vient ce regain de croissance? S’annonce-t-il pérenne? «Une partie de cette reprise est liée à la dépense énergétique, précise l’économiste Christian Chavagneux, rédacteur en chef adjoint du mensuel Alternatives Économiques. Un petit rebond du côté de la consommation, en effet le printemps a été tellement froid qu’il a fallu se chauffer plus.» D’où des dépenses de chauffage accrues pour les ménages. L’autre volet de cette reprise est à chercher du côté de la production: durant la crise, les entreprises ont complètement «déstocké», en tentant de vendre tous leurs stocks et en limitant leur production. «Or il arrive un moment où il n’y a plus de stock: il faut alors reproduire. Visiblement la reconstitution des stocks a contribué au résultat du second trimestre», précise l’économiste. Troisième facteur: des investissements qui se sont enfin stabilisés. Les entreprises ont très peu investi pendant cinq ans. «Il faut bien un jour ou l’autre acheter de nouvelles machines, de nouveaux ordinateurs, pour suivre la concurrence, notamment à l’étranger. Donc au bout de cinq ans, généralement, l’investissement repart! En France, on est au bout de ces cinq années», explique Christian Chavagneux.

Reste que l’état de l’économie française dépend aussi de celle de ses voisins. Cette légère amélioration est-elle partagée en Europe? «La reprise n’est pas du tout homogène dans cette zone», déplore Henri Sterdyniak. «C’est même l’horreur complète! Si on a des bons chiffres pour l’Allemagne et la France, la situation reste dramatique pour la Grèce, l’Italie, l’Espagne et le Portugal, où les chiffres restent négatifs». La rupture s’accroît entre pays européens. Inéluctablement, la zone euro se coupe en deux. Et la stratégie de la Commission européenne est basée sur le fait qu’un retour de la croissance surviendra un jour dans ces pays, alors qu’on leur impose dans le même temps de sévères politiques d’austérité. «On n’a pas une zone euro qui fonctionne: l’objectif d’avoir une monnaie unique avec les mêmes taux d’intérêt partout a volé en éclats», regrette Henri Sterdyniak. Et c’est ce renoncement qui menace aujourd’hui la stabilité politique, tant des pays que de l’Europe elle-même.

Ce rebond statistique peut-il préfigurer une reprise durable, comme souhaite s’en convaincre le gouvernement? «Tant qu’on appuiera sur le frein avec la politique d’austérité, la croissance française aura du mal à repartir», estime Christian Chavagneux. L’annonce récente par le gouvernement d’une nouvelle réduction des dépenses publiques de 15 milliards d’euros en 2014 (dont 6 milliards de dépenses sociales) impactera certainement la consommation des ménages, l’un des moteurs du rebond du second trimestre. «Tout le drame est que l’on essaye de sortir par le bas, par les politiques d’austérité, d’un problème qui n’est pas de cette nature, analyse Henri Sterdyniak. On ne peut pas sortir de cette crise en disant “il faut restaurer les finances publiques, il faut restaurer la compétitivité, la rentabilité des entreprises”.» Des mesures qui pèsent sur la demande, et freinent toute reprise d’activité. «Toute stratégie consistant à soutenir la demande, augmenter les salaires, augmenter la dépense sociale est aujourd’hui politiquement complètement rejetée», poursuit Henri Sterdyniak. C’est pourtant la clé pour renouer véritablement avec la croissance et les emplois, estime l’économiste. Une clé que le gouvernement semble avoir perdue.

Benoît Lorenz

FO Hebdo - Septembre 2013

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