En Italie, Fiat est condamné à réintégrer des syndicalistes au chômage technique

COMPETITIVITE - FIAT - ITALIE

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La première entreprise privée de la péninsule, affranchie de la convention collective de branche, fait sa propre loi.

Le constructeur automobile Fiat, premier employeur privé d’Italie, désormais détenteur de près de 60% du capital du groupe américain Chrysler, vient d’annoncer son intention de licencier 19 salariés de son usine de Pomigliano pour compenser la réintégration de 19 autres que lui impose la justice. Au total, 126 ouvriers supplémentaires devront être repris dans les prochaines semaines et l’on est donc en droit de craindre autant de licenciements en retour.

Le 19 octobre dernier, les juges ont donné raison aux 147 salariés qui avaient plaidé la discrimination pour obtenir leur réintégration. En 2010, une partie de l’effectif de l’usine avait été mise en chômage technique avec la promesse d’être réembauchée d’ici à juillet 2013. Il reste encore aujourd’hui 2.000 ouvriers sur le carreau, parmi lesquels tous les adhérents de la FIOM, la seule fédération (affiliée à la CGIL) à n’avoir pas signé l’accord instaurant un «nouveau contrat d’entreprise» dérogatoire à la convention collective nationale de la métallurgie. Les autres organisations syndicales ont donné leur aval, au motif que la direction avait conditionné le rapatriement de la production de la Panda de Pologne en Italie à l’instauration de ce nouveau contrat. Depuis, le scénario s’est répété dans d’autres usines FIAT, à Mirafiori puis à Crugliasco, la direction menaçant de délocaliser la production aux États-Unis ou au Canada et les syndicats signataires faisant entériner leur signature par des référendums au sein des établissements.

LES GRÉVISTES PEUVENT ÊTRE LICENCIÉS

Résultat: des usines qui tournent 24 heures sur 24, six jours sur sept grâce à une flexibilité accrue, la durée du travail hebdomadaire pouvant désormais aller de 24 heures à 48 heures et les normes légales de repos n’étant plus respectées, en particulier celles des 11 heures consécutives de repos quotidien et des 24 heures de repos tous les 7 jours. À cela s’ajoute la pénalisation financière des «formes anormales d’absentéisme» et la sanction, pouvant aller jusqu’au licenciement, de la grève. italie-fiat-imag.jpg

Le 28 juin 2011, la CGIL signait, à l’instar des autres confédérations syndicales UIL et CISL, un accord-cadre interprofessionnel avec le patronat prévoyant la possibilité pour les entreprises de déroger aux règles nationales. Mais cela n’a visiblement pas suffi au constructeur automobile qui début 2012 a quitté l’organisation patronale Confindustria, lui reprochant de ne pas avoir su imposer une réforme suffisante du mode de négociation des contrats de travail. Fiat s’est ainsi définitivement libéré de l’obligation d’appliquer la convention collective de branche.

Et maintenant? Le marché de l’automobile européen est en chute libre. Ford et Peugeot ont déjà annoncé la fermeture de plusieurs sites, en France et en Belgique notamment. Fiat en revanche a pu doubler son bénéfice net au troisième trimestre 2012 à 286 millions d’euros, mais uniquement grâce à l’activité de Chrysler sur le marché américain. Et si le constructeur italien s’est engagé, le 30 octobre, à ne fermer aucun des sites italiens sous-employés, il réclame déjà de nouvelles dérogations au droit du travail pour trois de ses usines.

FO Hebdo - Novembre 2012

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