Inégalités et déréglementation contre croissance

Contradictions

Mercredi 26 août 2015

Inégalités et déréglementation contre croissance : les aveux de l’OCDE et du FMI

Porte monnaiesLes inégalités atteignent un niveau historique, aggravées par des réformes structurelles du marché du travail qui n’ont par ailleurs aucun effet bénéfique sur la croissance, reconnaissent et démontrent depuis des mois les économistes de l’OCDE et du FMI. Ces deux organisations n’en continuent pas moins de prôner et d’imposer les dites réformes aux États.

 

La France reste mieux protégée que d’autres contre les inégalités

Contrairement à ce qui s’est passé dans les autres pays développés, les inégalités de revenus ont été contenues en France au cours des vingt-cinq, voire des quarante dernières années. Du coup, leur augmentation pendant la crise, entre 2007 et 2011, a été beaucoup plus nette que dans la plupart des autres pays de l’OCDE (la France représente la troisième hausse la plus importante). Mais, malgré cette rupture brutale, « l’augmentation des inégalités de revenus marchands a été atténuée par le système de redistribution (impôts et prestations sociales) », note l’OCDE (« Tous concernés, pourquoi moins d’inégalités profite à tous, en France » mai 2015). A partir de 2008, seule la catégorie des 5% les plus riches voit son niveau de vie continuer à augmenter (+3,5% de 2008 à 2011). Toutes les autres subissent un recul de leur niveau de vie. Les plus sévèrement touchés sont les 10% les plus pauvres : -4,8% entre 2008 et 2012.

L’augmentation du chômage mais aussi un recours accru aux emplois à durée limitée et à temps partiel expliquent la baisse du niveau de vie des plus pauvres. C’est ce que confirme l’évolution du revenu salarial, à la baisse, observée par l’INSEE. Le revenu salarial est en effet la somme de tous les salaires (nets de toutes cotisations sociales) perçus par une personne au cours d’une année. Il dépend donc du niveau de salaire mais aussi du nombre d’heures rémunérées. Le taux de pauvreté est passé de 13% en 2008 à 14,3% en 2011, puis à 13,9% en 2012, ce qui représentait 8,5 millions de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté, soit 700 000 de plus qu’en 2008. En 2015, 11,5 millions de personnes sont en situation de précarité énergétique, c’est-à-dire qu’elles ne parviennent plus à payer leur facture d’électricité et/ou de gaz, contre 8 millions en 2010, soit une augmentation de près de 44% !
La moitié des personnes pauvres vivent avec moins de 780 euros par mois, un niveau jamais aussi bas depuis 2006 note l’INSEE. L’une des caractéristiques de l’évolution de la pauvreté depuis 2008, souligne l’ONPES (Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale), est en effet l’aggravation de « l’intensité de la pauvreté » : les pauvres sont de plus en plus pauvres et voient leur niveau de vie s’éloigner toujours plus du seuil de pauvreté.

Les inégalités ont atteint un niveau historique, le plus élevé depuis trente ans, -et ces inégalités nuisent à la croissance, établissait déjà l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques)- fin 2014 (rapport « Tendances de l’inégalité des revenus et son impact sur la croissance », décembre 2014). Le fossé entre le revenu moyen des 10% les plus riches et celui des 10% les plus pauvres n’a cessé de se creuser depuis le milieu des années 80 dans ses 34 pays membres. Les premiers ont désormais un revenu moyen 9,6 fois plus important que les seconds contre « seulement » 7,4 fois plus en 1985.

L’aggravation des inégalités sur le long terme dans les pays de l’OCDE est confirmée par l’augmentation du coefficient de Gini, indicateur synthétique des inégalités habituellement utilisé dans les comparaisons internationales, passé de 0,29 en 1985 à 0,32 en 2012 (il varie entre 0, qui équivaudrait à une égalité parfaite, et 1, qui équivaudrait à la captation totale des revenus par un seul).

« La réglementation du travail n’a pas d’effets statistiquement significatifs sur la croissance »

Pourquoi cette explosion ? De l’aveu même de l’OCDE, cela tient notamment à la multiplication des « emplois non standards » (CDD, temps partiel, travail indépendant…) qui accroissent la précarité favorisée elle - même par les réformes structurelles du marché du travail, en particulier depuis le début de la crise en 2008.

Des réformes structurelles qui ne servent à rien, constatent, cette fois, des économistes du FMI. En avril 2015, analysant les moyens de favoriser la productivité pour relancer la croissance, ils écrivaient noir sur blanc : « La réglementation du travail n’a pas d’effets statistiquement significatifs sur la productivité » (Perspectives de l’économie mondiale, croissance inégale, facteurs à court et long terme, chapitre 3 « Où allons-nous ? point de vue sur la production potentielle »).

A contrario de toutes les politiques imposées au nom de la crise, par le FMI, l’Union européenne, et au nom de ses propres préconisations traditionnelles, l’OCDE , constatant l’effet négatif des inégalités sur la croissance, y compris à long terme, va jusqu’à expliquer qu’il faut prendre des mesures visant les revenus modestes dans leur ensemble, en augmentant les salaires et en renforçant l’accès aux services publics.

« Cela relève de la schizophrénie », ironise Pascal Pavageau, secrétaire confédéral FO, qui rappelle que FO n’a pas attendu l’OCDE pour faire cette analyse et revendiquer l’augmentation des salaires.

L’enjeu peut se résumer en un chiffre, donné encore une fois par l’OCDE : une augmentation de l’indice de Gini de 3 points (soit la moyenne des pays de l’OCDE pour les vingt dernières années) ferait perdre 0,35 point de croissance par an sur environ vingt-cinq ans ! Comment ?

La baisse des revenus pèse sur les « opportunités d’éducation » ce qui limite le développement des compétences et la mobilité sociale des populations défavorisées, explique l’OCDE. Plus précisément, le rapport révèle que le pire pour la croissance n’est pas le fossé qui sépare les plus pauvres du reste de la population, mais celui qui sépare les 40% des ménages les plus modestes du reste de la population.

Evelyne Salamero (d’après une note du secteur économique « Les inégalités détruisent la croissance »)

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