Jean-Marc Bilquez, Secrétaire confédéral chargé du secteur protection sociale

Jean-Marc Bilquez, Secrétaire confédéral chargé du secteur protection sociale

«CES DONNÉES PUBLIQUES DOIVENT ÊTRE EXPLOITÉES PAR DES ORGANISMES PUBLICS»

 
FO Hebdo: Les promoteurs de l’Initiative transparence réclament un débat public sur l’ouverture des données de santé. Qu’en pensez-vous?
Jean-Marc Bilquez: Il ne faut pas fuir ce débat. Je souhaite qu’il ait lieu pour que chacun puisse exposer clairement sa position. Il faut bien mesurer tous les intérêts en jeu. Ensuite, ce sera aux pouvoirs publics de prendre une décision sur cette base. De nombreux acteurs doivent y participer, on ne peut pas continuer de débattre par articles interposés et campagnes de presse. Si ce débat doit avoir lieu, il faudra l’organiser dans le cadre des discussions entre l’assurance-maladie et l’État sur la Convention d’objectifs et de gestion pour 2014-2017. Cette convention, d’une durée de quatre ans, doit être renégociée cet automne. C’est au gouvernement et à la ministre de la Santé de l’initier. Le Haut conseil pour l’avenir de l’assurance-maladie (HCAAM) devrait également être associé à ce débat car tous les acteurs du monde de la santé y sont représentés.

FO Hebdo: Quelle est votre position concernant l’ouverture des données de santé?
Jean-Marc Bilquez: Cette question n’a jamais fait l’objet d’un vrai débat au sein des instances de l’assurance-maladie. L’idée d’exploiter ces données de santé est relativement récente. À FO, nous n’avons pas de position toute faite sur cette question. Nous avons justement besoin d’échanges pour pouvoir prendre position. Il me semble que ce débat doit porter sur une utilisation facilitée de ces données par les organismes publics. Mais je reste dubitatif quant à leur exploitation par des organismes privés.

FO Hebdo: Comment cette base de données est-elle exploitée aujourd’hui? Et que pourrait-on améliorer?
Jean-Marc Bilquez: La base de données actuelle est un formidable outil. Elle est déjà utilisée par la Sécu. Ce serait une faute professionnelle, notamment de la part du directeur de l’assurance-maladie de ne pas prendre connaissance de ces données avant toute négociation avec des partenaires tels que les professionnels de santé. Mais l’utilisation de cette base reste sensible. La Sécurité sociale ne dispose pas d’un niveau suffisamment affiné d’informations concernant les hôpitaux, par exemple. Des moyens supplémentaires sont nécessaires pour pouvoir exploiter les données. On ne peut avoir d’un côté l’ambition de faire beaucoup d’analyses et d’études, et de l’autre ne pas se donner les moyens pour les réaliser.

FO Hebdo: Certains promoteurs de l’Initiative transparence santé affirment que les laboratoires disposent déjà de beaucoup de données et que cette ouverture ne modifierait pas leurs comportements. Partagez-vous cette analyse?
Jean-Marc Bilquez: À mon avis ils n’en disposent pas, ou alors de façon très partielle, ce qui les rend peu exploitables. Les relations entre les promoteurs de cette initiative «transparence», entre des associations de consommateurs et des sociétés privées me paraissent opaques. Il faut se poser la question de savoir qui va exploiter ces informations? Ce sont des données publiques, qui doivent être exploitées par des organismes publics! Les confier à des laboratoires privés, par exemple, c’est une tout autre question.

 
 FO Hebdo - Juillet 2013
 

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