LA SITUATION RESTE EXPLOSIVE AU BANGLADESH

Prix du travail

LA SITUATION RESTE EXPLOSIVE AU BANGLADESH

 

Des centaines de milliers d’ouvriers ont manifesté pour un salaire minimum de 100 dollars.
 

Après cinq jours de manifestations particulièrement violentes qui ont rassemblé des centaines de milliers d’ouvriers du textile au Bangladesh, la plupart des usines du secteur ont rouvert le 26 septembre. Mais la situation reste explosive. D’un côté, le gouvernement a promis une augmentation des salaires en novembre, sans en donner le montant. De l’autre, il a menacé de sévir en cas de nouvelle manifestation. «Le textile est une industrie nationale. Ceux qui agiront contre cette industrie seront considérés comme opposés à la nation. Toute tentative de déstabiliser le secteur sera empêchée par toute force», a ainsi averti le ministre de l’Intérieur, Khan Alamgir.

Les ouvriers revendiquent un salaire mensuel de 100 dollars, soit presque trois fois plus que ce qu’ils gagnent aujourd’hui. Les entreprises refusent d’aller au-delà de 20% d’augmentation, arguant de la morosité du contexte économique mondial. Autant dire que le groupe de travail mis en place en juin par le gouvernement pour examiner les salaires du secteur a fait long feu.

Alors que le Bangladesh est le deuxième exportateur de vêtements au monde, fournissant notamment de grandes marques comme l’américain Walmart, le français Carrefour ou encore le suédois H&M, la grande majorité des trois millions d’ouvriers du textile gagne un salaire de base mensuel de 3 000 taka, (38 dollars américains), soit l’un des plus faibles au monde. Le secteur, avec ses 4 500 usines, représente 80% des exportations annuelles du pays.

La liberté syndicale n’est pas respectée

Déjà en 2006 et 2010, des manifestations pour des hausses de salaires avaient donné lieu à des affrontements meurtriers. Mais la tension est encore montée d’un cran après l’effondrement, en avril dernier, du Rana Plaza, un immeuble abritant plusieurs ateliers de confection. La catastrophe, qui a causé la mort de plus d’un millier d’ouvriers, avait immédiatement provoqué d’immenses manifestations, les travailleurs bangladais dénonçant un «meurtre» dicté par la loi du profit. Depuis, un accord sur la sécurité au travail a été signé entre trente et une grandes marques de l’habillement implantées dans le pays et les fédérations syndicales internationales IndustriALL (métallurgie, énergie et textile) et UNI Global Union (télécommunications, médias). Mais la situation peine à changer sur le terrain, dans la mesure où les syndicats qui pourraient veiller à la concrétisation des engagements ont beaucoup de mal à exister. La loi impose en effet que 30% au moins des salariés de l’entreprise aient donné leur accord pour qu’un syndicat puisse se constituer.

En juillet, le gouvernement a révisé la loi du travail, mais pour un résultat que l’ensemble des centrales syndicales du Bangladesh, y compris la plus liée au pouvoir, ont jugé largement insuffisant, la nouvelle loi ne respectant toujours pas la convention 87 de l’OIT (Organisation internationale du travail) sur la liberté syndicale. «Le gouvernement a largement manqué de tenir ses engagements en ce qui concerne les droits fondamentaux des travailleurs», a dénoncé la CSI (Confédération syndicale internationale). Le refus, le 12 septembre dernier, des grandes marques et des entrepreneurs de s’engager sur un montant d’indemnisation pour les victimes du Rana Plaza et de l’usine Tazreen, qui avait brûlé en novembre 2010, ne peut que nourrir la colère. Une vingtaine d’enseignes, dont Walmart, Benetton et Mango, n’ont même pas daigné participer à la discussion.
 
FO Hebdo - Octobre 2013

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