LE MOMENT EST VENU POUR L’ÉTAT DE NATIONALISER LE DERNIER GRAND CHANTIER NAVAL FRANÇAIS

Saint-Nazaire

«LE MOMENT EST VENU POUR L’ÉTAT DE NATIONALISER LE DERNIER GRAND CHANTIER NAVAL FRANÇAIS»

Alors que le principal actionnaire des ex-Chantiers de l’Atlantique envisage de vendre le site, FO demande aux pouvoirs publics, qui détiennent 33% du capital, de prendre enfin leurs responsabilités pour sortir de l’ornière les 2.000 salariés du site.

Le groupe sud-coréen de construction navale STX Offshore & Shipbuilding a annoncé, le 4 mai dernier, son intention de se débarrasser des chantiers de Saint-Nazaire, dont il détient 66% du capital à travers sa filiale STX Europe. Une douche froide pour les 2.000 salariés des ex-Chantiers de l’Atlantique (rebaptisés STX France), qui voulaient croire que les chantiers navals allaient redevenir viables à la suite de la conclusion, en décembre 2012, d’un contrat de construction d’un paquebot géant pour l’américain Royal Caribbean, numéro deux mondial de la croisière.

LA BALLE EST DANS LE CAMP DU GOUVERNEMENT

«En arrachant ce contrat de plus d’un milliard de dollars on savait qu’on n’avait obtenu qu’un sursis, mais pas forcément de courte durée», explique la secrétaire du syndicat FO, Nathalie Durand-Prinborgne. Et de pointer l’inconstance des pouvoirs publics français depuis que le groupe Alstom a vendu, à partir de 2006, la majorité du capital des Chantiers de l’Atlantique (qu’il détenait depuis 1976) au constructeur naval norvégien Aker Yards. À l’époque, l’industriel national du transport ferroviaire (trains, tramways et métros) et de la production d’énergies (centrales électriques et énergies renouvelables) avait été contraint par Bruxelles de céder sa branche navale dans le cadre du «plan Sarkozy de sauvetage» de l’entreprise par la France. Aker Yards n’est resté vraiment aux commandes qu’un peu plus d’un an, sans donner un cap stratégique et industriel susceptible de remplir le carnet de commandes. «Mais surtout, après le désengagement en Bourse de son principal actionnaire norvégien, les actions de cette société ont navigué des mois durant entre plusieurs investisseurs (fonds de pension, banques...), avant que STX ne s’en empare avec une OPA en août 2008, à hauteur de deux tiers du capital», rappelle la responsable FO. Le chantier naval passe donc sous pavillon coréen, mais l’État décide de monter à hauteur de 33% du capital via le Fonds stratégique d’investissement (FSI). «Malgré une minorité de blocage importante, les pouvoirs publics laissent Saint-Nazaire vivoter», poursuit la syndicaliste. Fin 2009, un plan de départs volontaires de 351 personnes est acté, soit environ 15% des effectifs à cette date et des centaines de milliers d’heures de chômage partiel s’accumulent en attendant d’hypothétiques commandes de navires civils. «Et ce, alors que nos principaux concurrents européens, notamment allemands ou italiens, s’en sortaient beaucoup mieux que nous», tempête FO.

Après une timide reprise pendant quelques mois en 2010, STX France tente de se diversifier dans les énergies renouvelables en 2011 en nouant des partenariats avec les groupes français DCNS, (groupe de construction navale militaire) et Areva. Mais les effets tangibles d’une telle diversification ne peuvent se faire sentir qu’à long terme. «Comme pour Aker Yards, il n’y a pas eu de la part de STX une réelle volonté de bâtir un projet industriel au long cours. Ce qui nous fait dire que le conglomérat sud-coréen ne voulait pas être propriétaire, mais simplement actionnaire majoritaire pour engranger des dividendes», déplore FO. Lourdement déficitaire, STX a entamé en avril dernier une négociation avec ses créanciers pour rééchelonner sa dette. Selon le syndicat, «ce sont ses banques qui ont exigé qu’il cède des actifs européens, mais aussi chinois».

Désormais, pour Nathalie Durand-Prinborgne, la balle est dans le camp du gouvernement: «Le moment est venu pour l’État de nationaliser le dernier grand chantier naval français», déclare-t-elle, avant de rappeler que «lorsqu’il était maire de Nantes, l’actuel Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, soutenait cette démarche».

 FO Hebdo - Mai 2013

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