Le super fiasco du super outil de paye

Fonction publique

Le super fiasco du super outil de paye

 

L’État a décidé d’abandonner son progiciel de gestion des payes des fonctionnaires. Au nom d’économies virtuelles, ce projet aura avant tout été un gouffre financier. FO Finances rappelle que le devenir des 205 agents affectés à ce projet est sa priorité.

FO Finances a annoncé la nouvelle le 7 mars dernier : le projet de super progiciel en préparation depuis 2007, qui devait prendre en charge les payes des 2,5 millions d’agents de la fonction publique, est officiellement « réorienté », selon le Secrétaire général de Bercy, qui a pointé « de lourdes erreurs de pilotage ». L’opérateur était censé permettre d’économiser quelque 190 millions d’euros par année, en supprimant notamment 3 800 postes affectés à la paye dans les ministères. S’il est actuellement impossible de connaître le montant global des dépenses engagées dans ce méga projet, il aura déjà coûté au bas mot « entre 235 et 290 millions d’euros », selon le ministère des Finances... Qui sait aussi se montrer optimiste : « Nous allons économiser 600 millions d’euros sur les dix années à venir en abandonnant ce projet », a-t-il précisé.

Depuis 2007, 500 personnes travaillaient à l’élaboration de ce système, des prestataires privés. Les 205 agents affectés à l’Opérateur national de paye (ONP) devaient –à terme– réaliser les payes des fonctionnaires à partir des informations transmises par les ministères, via leurs Systèmes d’information sur les ressources humaines (SIRH). Or les modalités de versement des indemnités varient selon le ministère, le corps, le statut, le grade voire la géographie : 1 850 régimes indemnitaires coexistent dans la fonction publique. Pourtant, dès janvier 2012, la directrice de l’ONP, Sophie Mahieux, affirmait que malgré un retard de quinze mois, l’échéance de 2017 serait respectée. Elle n’aura pas eu l’occasion de s’y tenir, ayant opportunément quitté son poste début 2013 pour la direction du Crédit Municipal de Paris.

CINQ ANS DE RETARD

Cinq années après le lancement, les premiers retards sont donc constatés. Les doutes ne tardent pas à suivre. Le progiciel Louvois, au ministère de la Défense, a cumulé les erreurs jusqu’à ce que le gouvernement abandonne son développement fin 2013. Plus de 10 000 fonctionnaires avaient reçu des feuilles de paye à zéro euro et 100 millions d’euros d’erreurs de paye en faveur des militaires doivent être recouvrés… Ce précédent était prometteur.

En octobre 2012, le rapport pour la loi de finances de la députée Karine Berger constate une coordination défaillante entre l’ONP et les ministères. Et de détailler : sur la question de l’état d’avancement des opérations et sur le coût du projet, aucune information précise ne lui fut transmise. Son rapport décrit néanmoins « le sous-effectif chronique que connaît l’ONP depuis sa création ». À l’été 2013, le Premier ministre confie à Jacques Marzin, un haut fonctionnaire expert en systèmes informatiques, un audit de la situation. Si le rapport n’a pas été rendu public, son contenu aura probablement incité les pouvoirs publics à arrêter les frais.

Mais s’il semble acté que c’est Matignon qui aura désormais en charge ce dossier, il paraît néanmoins difficile de percevoir comment il sera « réorienté ». Malgré l’abandon de la centralisation de la paye, les SIRH poursuivront leur développement dans les ministères, tandis que ces derniers continueront à assumer les payes de leurs fonctionnaires. Seul problème : dans les ministères, les fonctionnaires gérant les payes ont souvent été les premières victimes de la RGPP puis de la MAP, en anticipation des effets attendus de l’ONP…

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