LE TRAVAIL DOMINICAL N’AURA PAS SAUVÉ VIRGIN MEGASTORE

Lobbying

LE TRAVAIL DOMINICAL N’AURA PAS SAUVÉ VIRGIN MEGASTORE

Le distributeur de biens culturels, qui avait fait de l’ouverture le dimanche un axe majeur de sa stratégie commerciale, ne trouve pas de repreneur.
 

Virgin Megastore, c’est fini. À l’appel des syndicats, dont FO, près de deux cents salariés se sont réunis le 23 mai, devant le magasin des Champs-Élysées, pour tenter d’améliorer les conditions de départ et gratter quelques améliorations sur les maigres offres de reprise
.

Ouvert en 1988, ce qui était alors le plus grand magasin de musique du monde ne fermait ses portes que trois jours par an: le 1er janvier, le 1er Mai et le 25 décembre. Le reste du temps, les dimanches comme les jours fériés, il accueillait le public jusqu’à minuit. Quelques ouvertures exceptionnelles étaient même organisées la nuit pour des événements particuliers.

Bien qu’illégale depuis la loi de 1906, l’ouverture dominicale, ardemment combattue par FO, fut un combat de principe pour le distributeur de produits culturels. Elle faisait partie de sa stratégie commerciale pour se différencier de son principal concurrent, la FNAC. Virgin fut la première enseigne de l’Hexagone à se battre sur cette question et ne l’a jamais lâchée.

Après le dépôt de plaintes par deux syndicats, l’entreprise fut condamnée en 1990 à fermer son magasin des Champs-Élysées le septième jour et à payer une astreinte par infraction constatée.

Bien que le jugement fût confirmé en appel, Virgin a continué d’ouvrir et s’est lancé dans une vaste opération de lobbying auprès des pouvoirs publics pour obtenir une dérogation. Au passage, elle n’a pas hésité à brandir le chantage à l’emploi ou aux investissements financiers.

PÉTITIONS ET PAGES DE PUB

L’enseigne a également sensibilisé l’opinion publique en s’offrant de pleines pages dans les quotidiens nationaux, avec des titres évocateurs comme «Au nom du dimanche, nous irons jusqu’au bout», dans lesquelles elle critiquait les «archaïsmes» de lois «d’un autre temps». Elle a fait signer des pétitions à ses clients et a profité du soutien d’artistes de renom, produits par son label de musique. Son refus de respecter les jugements permit de faire gonfler le conflit, largement relayé par les médias.

Et le bras de fer a payé. En décembre 1993, une loi adoptée par le Parlement autorise les magasins spécialisés dans la culture à ouvrir le dimanche. La loi Mallié de 2009 élargit les dérogations aux zones touristiques et culturelles et crée des périmètres d’usage de consommation exceptionnel.

Malgré les contreparties sociales avancées par la direction, les salariés n’avaient rien à gagner à cette ouverture dominicale. «Il y avait toujours beaucoup de volontaires, mais c’était parce que le dimanche était payé double et permettait de compenser un peu les salaires de misère, explique Ahcène Bouzit, délégué central FO chez Virgin. Si les gens avaient été bien payés, ils n’auraient trouvé personne.»

Le non-respect du Code du travail et la bataille remportée sur le travail dominical n’auront pas été la solution miracle pour la chaîne de trente-sept magasins, rachetée en 2008 par le fonds français Bulter Capital. Malgré une ouverture non-stop, l’entreprise, plombée par des erreurs d’investissement et la concurrence d’Internet sur les ventes de musique et de vidéo, a été placée en redressement judiciaire en décembre 2012. Le 23 mai, le tribunal de commerce de Paris examinait les quelques offres de repreneurs concernant à peine 200 postes sur 960 salariés. Le jugement doit être rendu début juin.
 
FO Hebdo - Mai 2013
 

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