«LIBRE CIRCULATION» OU ÉMIGRATION CONTRAINTE?

Coût du travail

«LIBRE CIRCULATION» OU ÉMIGRATION CONTRAINTE?

 


En Bulgarie, un médecin avec 28 ans d’expérience, chef des urgences, gagne 480 euros par mois. En Allemagne, un médecin débutant en perçoit 2.200.
 
Les restrictions à la «libre circulation» des travailleurs roumains et bulgares sont levées dans l’ensemble des États de l’Union européenne depuis le 1er janvier. Il ne leur est plus demandé de titre de séjour ni d’autorisation de travail et ils peuvent accéder à des métiers qui leur étaient jusqu’ici interdits.

Au moment de leur adhésion à l’Union européenne (UE) en 2007, la Roumanie et la Bulgarie s’étaient vu imposer, tout comme l’Espagne, le Portugal ou la Pologne avant elles, une période transitoire avant que leurs ressortissants puissent jouir de la liberté de circulation des travailleurs telle que définie par l’article 45 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Dans le cas de la Bulgarie et de la Roumanie, elle aura duré sept ans.

Mais en réalité, la majorité des pays de l’UE n’ont pas attendu le 1er janvier 2014 pour permettre aux salariés bulgares et roumains de venir librement travailler chez eux. Neuf seulement* ont maintenu les restrictions jusqu’au dernier moment. Parmi eux la France, qui avait dressé une liste des seuls métiers autorisés à la main-d’œuvre bulgare et roumaine. Il s’agissait de métiers dits «en tension», c’est-à-dire en difficulté de recrutement, comme la coiffure, la réparation de carrosserie, le déménagement ou l’entretien des espaces verts. La confédération FO avait d’ailleurs refusé de s’associer à l’élaboration de la liste. Pour elle, la «situation des travailleurs migrants, de plus en plus nombreux du fait de la pauvreté et des inégalités, ne peut être traitée sous l’angle des besoins économiques en réduisant les travailleurs à leur valeur marchande».

Cette nouvelle étape dans l’ouverture du marché du travail n’entraînera pas une forte vague d’émigration, expliquent les experts. «Les flux se font en fonction de la demande sur le marché du travail et ceux qui pouvaient partir sont déjà partis», résume Adriana Iorga, directrice de l’agence pour l’emploi de Giurgiu, une ville pauvre du sud de la Roumanie, citée par l’AFP.

Près de trois millions de Roumains et un million de Bulgares ont déjà migré ces vingt dernières années, la majorité en Italie et en Espagne où ils sont employés dans les secteurs du bâtiment, de l’agriculture ou des soins aux personnes âgées. La France et la Grande-Bretagne ont aussi recruté des médecins et des infirmières et les États-Unis des informaticiens.

Dans ces deux pays les plus pauvres de l’Union européenne, la santé publique est le secteur ayant le plus pâti de l’ouverture graduelle du marché européen de l’emploi. En Roumanie, le nombre de médecins a diminué de 30% ces deux dernières années et il n’est pas rare de trouver des hôpitaux sans un seul anesthésiste à temps plein. «Je gagne 940 leva (480 euros) avec 28 ans d’expérience, alors qu’un jeune médecin débute en Allemagne avec 2.200 euros par mois», explique Mariana Kirilova, chef de l’Union des médecins de la région de Veliko-Tarnovo en Bulgarie et qui dirige un service d’urgences (AFP).

Globalement, selon les chiffres d’Eurostat, alors que le coût horaire du travail a augmenté en 2013 dans l’UE pour atteindre 23,1 euros, la Bulgarie et la Roumanie n’ont pas décollé de la dernière place avec un coût horaire respectif de 3,5 euros et 4,2 euros.

Evelyne Salamero

*La France, l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, le Luxembourg, Malte, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l’Espagne.
 
FO Hebdo  - Janvier 2014

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