PLAN DE RIGUEUR : LE TOUR DE PASSE-PASSE DU GOUVERNEMENT

 

Le spectre de la récession économique hante les puissances occidentales. De I'abaissèment de la note dès États-Unis par I'agence de notation financière Standard & Poor's (le 5 août) à la réunion d'un sommet européen de plus, censé régler « c'est promis! » une bonne fois pour toutes la spéculation sur les dettes souveraines des Etats (2l juillet), en passant par le mouvement de yo-yo des Bourses et la multiplication des plans de rigueur: l'été aura été placé sous le signe de la persistance ou de I'approfondissement de la crise.

La France n'a pas échappé au phénomène. La publication des principales statistiques aura été un calvaire pour tous ceux qui, à I'instar du gouvernement, prétendaient que la crise était derrière nous. Le chômage a battu des records avec 90000 inscrits supplémentaires pour les mois de mai à juillet, ce qui porte le nombre officiel de chômeurs à 4 128 000.

Ia croissance économique est tombée à 0% au second trimestre, ce qui rend illusoire I'objectif gouvernemental de 2,25% en 2071. En cause la consommation des ménages, qui en constitue traditionnellement le moteur, avec un recul de 0,7% au printemps.

L’HEURE DES CHOIX

Le gouvernement paye ainsi le prix de la politique menée depuis I'irruption de la crise. En préférant mobiliser I'argent public en faveur des banques plutôt que des consommateurs, en privilégiant les baisses d'impôts et la réduction systématique des services publics plutôt que les coups de pouce au SMIC et au pouvoir d'achat les pouvoirs publics ont pris le risque de casser le seul ressort qui restait à la croissance. Or, la chute brutale de l'économie française complique la tâche du gouvernement qui s'est engagé devant la Commission européenne à limiter le déficit budgétaire à 4,60% en 20!2 et à 3% en 2013, alors que celui-ci sera de 5,7% en 2011. L'exécutif est donc placé face à ses responsabilités. Partant du principe selon lequel I'expérience est la somme des erreurs commises, il aurait pu chercher à remettre en marche la machine économique en menant une politique de relance budgétaire ou en réformant en profondeurla fiscalité afin de la rendre plus juste et plus efficace.

Ce n'est visiblement pas la voie qu'a retenue le gouvernement, rendue publique par François Fillon le 24 août dernier. Celui-ci a annoncé un nouveau train de mesures visant à « consolider la trajectoire de réduction des déficits en 2011 et 2012 ». Un véritable tour de passe-passe: augmentation et création de taxes sur le tabac, les alcools forts, les plus-values immobilières et les boissons sucrées, hausse prévisible des tarifs des mutuelles, remise en cause de la coûteuse -et inutile- défiscalisation des heures supplémentaires composent ainsi un pot-pourri de mesures qui visent à convaincre les marchés que la France est engagée sur la voie de I'austérité, même si elle ne peut le reconnaître officiellement, échéances électorales obligent.

Et s'il fallait symboliser I'ambiguïté de la démarche gouvernementale, la décision de taxer les « très hauts revenus » servirait d'exemple. À titre exceptionnel et temporaire, le gouvernement a décidé de prélever 3% sur tous les revenus supérieurs à 500 000 euros par an, mesure qui concernerait à peu près 10 000 personnes dans l'Hexagone et susceptible de rapporter 200 millions d'euros par an. Soit un peu moins de 2% de l'ensemble du plan de rigueur dont le montant total s'élève à 11 milliards, étalés sur 20l1 et2012...

Reste que cette mini-mesure, qualifiée de « peanuts » par Jean-Claude Mailly, Sécrétaire général de FO, a occupé la plupart des médias qui y ont vu la volonté de faire « payer les riches », sans se souvenir que ces derniers bénéficieront dès I'an prochain de la suppression de l'Impôt de solidarité sur la fortune (ISF), qui représente un cadeau de 4 milliards d'euros.

 

 

 

 



FO Hebdomadaire Septembre 2011

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Vous disposez d'un droit d'accès, de rectificat ion, de modification et de suppression des données qui vous concernent (Art. 34 de la loi Informatique et Liberté du 6 janvier 1978) sur l'ensemble du site. Pour l'exercer, Cliquez sur cette bannière pour contacter le webmaster