PMU, COURSES HIPPIQUES ET JEUX D'ARGENT: TOUR DE PISTE D'UNE FILIÈRE ÉCONOMIQUE MÉCONNUE

PMU, COURSES HIPPIQUES ET JEUX D'ARGENT

TOUR DE PISTE D'UNE FILIÈRE ÉCONOMIQUE MÉCONNUE

 
Nous avons tous un PMU au coin de notre rue. Sous le sigle, le Pari mutuel urbain, une entreprise de 1 400 salariés, mais aussi tout un secteur économique, celui des courses hippiques et plus globalement celui du cheval. Passage en revue d’une filière méconnue, des jeux d’argent en France et des préoccupations des salariés des paris hippiques.

Que l’on habite en ville ou à la campagne, le bar-tabac-PMU est bien ancré dans notre paysage. Derrière cette institution locale–pas moins de 11.800 points de vente répartis sur le territoire français– se cache une organisation complexe et un secteur économique à part entière, la filière du cheval, qui génère quelque 76.000 emplois directs. Le PMU, ou Pari mutuel urbain, fait vivre toute cette filière, principalement agricole, organisée autour des courses de chevaux. Celle-ci est financée quasi exclusivement par les paris hippiques. Parmi les professions directement au contact du cheval, on peut citer les éleveurs, les marchands de chevaux, les propriétaires, les entraîneurs qui dirigent souvent de nombreux salariés, les jockeys, les lads (qui montent les chevaux à l’entraînement), les vétérinaires spécialisés et leurs salariés. Un ensemble de métiers qui représente plus de la moitié des emplois de la filière équine. L’institution des courses –les sociétés chargées de l’organisation des courses et des paris– regroupe le reste de ces emplois. Elle inclut principalement six sociétés qui sont sous tutelle de l’État. Deux d’entre elles, les sociétés de courses France Galop et Le Cheval français (pour le trot), appelées sociétés mères, organisent les courses et gèrent des hippodromes (Vincennes, Enghien et Cabourg pour la première –Auteuil, Longchamp, Saint-Cloud, Chantilly, Maisons-Laffitte et Deauville pour la deuxième). Le Groupement technique des hippodromes parisiens (GTHP) emploie quant à lui 550 salariés dans une cinquantaine de métiers liés à l’accueil du public et des professionnels, la logistique et l’audiovisuel.

UNE ORGANISATION COMPLEXE MAIS EFFICACE

Viennent ensuite deux prestataires des sociétés de courses, les deux groupements d’intérêts économiques que sont le PMU –qui organise les paris en dehors des hippodromes– et le PMH (Pari mutuel sur hippodrome) dont les 230 salariés prennent les paris sur les hippodromes parisiens et sur celui de Deauville. L’institution des courses comprend enfin la Fédération nationale des courses françaises (FNCF). Composée de représentants des deux sociétés mères et des sociétés de courses de province, elle gère un fonds commun pour l’élevage et la course et un fonds constitué des gains non réclamés, qui sont redistribués au sein de la filière hippique, notamment pour des dépenses à caractère social (formation, développement du sport…)

Cette organisation complexe mais efficace a contribué au développement des courses de chevaux en France. Avec ses 244 hippodromes, l’Hexagone détient le record du monde du nombre de champs de courses de trot et de galop. Des champs de courses qui organisent environ 18.000 courses par an, près des deux tiers au trot et un tiers au galop.

En province, les courses sont organisées par quelque 250 sociétés de courses; bon nombre d’hippodromes de province organisent moins de quatre courses par an et fonctionnent grâce au bénévolat et à la recette des entrées.

La région parisienne concentre quant à elle une forte activité hippique, avec certains prix prestigieux, comme le prix de l’Arc de Triomphe à Longchamp, qui réunit 50.000 turfistes et 400 millions de téléspectateurs dans le monde pour le couronnement du pur-sang champion du monde.

La bonne santé de la filière hippique serait-elle menacée? Si le PMU a enregistré en 2012, pour la quinzième année consécutive, une hausse de son chiffre d’affaires, un rapport remis au gouvernement en juillet fait état d’une «diminution sensible» des paris dans le réseau des détaillants et sur les hippodromes. Le document, fruit des réflexions du Comité stratégique des courses hippiques (présidé par un sénateur et composé de représentants du gouvernement et de l’institution des courses) propose de baisser de 50 millions d’euros par an, pendant cinq ans, les coûts d’exploitation des courses afin d’assurer la pérennité de la filière hippique. Les syndicats FO de l’institution des courses craignent que les salariés soient les principales victimes des coupes budgétaires envisagées.

Françoise Lambert
fl@forceouvriere-hebdo.fr

Institution des courses

«ON ACHÈVE BIEN LES SALARIÉS»

Tiffen Evini, chargée de veille au service international du PMU, et Denis Haddad, commercial itinérant auprès des détaillants PMU, sont élus FO. Magali Buono, guichetière et chargée de l’accueil des parieurs néophytes sur les hippodromes parisiens, est secrétaire du syndicat FO du PMH (Pari mutuel sur hippodromes). Interviews croisées.

FO Hebdo: En avril 2000, un accord a entériné la coexistence de deux statuts différents au sein du PMU? Pourquoi FO a-t-elle refusé de le signer?
Tiffen Evini: FO ne pouvait donner son aval à un texte qui a créé au sein de l’entreprise deux catégories de salariés qu’on allait pouvoir opposer à loisir. L’accord a abouti à une baisse des acquis pour les salariés nouvellement embauchés: pas de prime mensuelle de 300 euros, huit années d’ancienneté au lieu de cinq pour obtenir une sixième semaine de congés payés, et plafonnement de l’ancienneté.
Denis Haddad: Ces coupes n’avaient pas de justification financière, le chiffre d’affaires du PMU a quasiment été multiplié par deux entre 2002 et 2013, passant de 5 milliards à 11 milliards d’euros. On achève bien les salariés...

FO Hebdo: Comment cet accord s’est-il décliné dans les hippodromes parisiens?
Magali Buono: Il a abouti à la coexistence de deux conventions collectives au sein du PMH, notamment à un plafonnement de l’ancienneté à quinze ans au lieu de ving-cinq ans pour les salariés embauchés après 1989, et à une baisse des indemnités de départ à la retraite.

FO Hebdo: Un rapport sénatorial prône une baisse annuelle de 50 millions d’euros, pendant cinq ans, des coûts d’exploitation des courses hippiques? Comment accueillez-vous ses conclusions?
Denis Haddad: Je souhaite faire une remarque liminaire: il n’y a aucun représentant des salariés dans ce comité, et à aucun moment nous n’avons été consultés lors des travaux qui ont abouti à ce rapport.
Tiffen Evini: Nous sommes très inquiets. On pousse la poussière sous le tapis, on ne change rien dans le monde clos des courses et on va très certainement demander aux salariés de régler la facture. Certaines pistes, comme la baisse des allocations de courses versées aux propriétaires de chevaux, ou la limitation des naissances des trotteurs, sont a priori écartées.
Magali Buono: Avec le développement des nouveaux moyens de paiement, notamment par Internet, nous avons perdu une partie de la clientèle sur les hippodromes. Notre entreprise est la plus en difficulté au sein de l’institution des courses, alors nous craignons d’être très impactés. Nous nous battons et nous continuerons à nous battre pour l’emploi et la garantie des acquis sociaux.

FO Hebdo: Quelles sont les autres priorités syndicales aujourd’hui?
Denis Haddad: La direction du PMU a décidé en août de réduire les effectifs des salariés itinérants, soit environ 270 salariés qui travaillent en relation avec les détaillants des points PMU. Cela va se traduire par le non-remplacement des départs en retraite et par la fusion des métiers des commerciaux et des technico-commerciaux. On va demander à ces salariés de faire deux métiers en un, avec des effectifs réduits, sans compensation. Alors que la surcharge de travail est déjà une réalité dans ces métiers, elle deviendrait insupportable. Nous demandons une ouverture du dialogue avec la direction.
Magali Buono: Sur les 230 salariés du PMH, on dénombre 145 contrats à temps partiel, en majorité des temps partiels subis, occupés par des femmes: 95 de ces postes sont occupés par des femme depuis dix ans, nous avons obtenu la requalification des vacataires à temps partiel en CDI à temps partiel. Aujourd’hui, nous revendiquons une augmentation du temps de travail des salariés à temps partiel qui le souhaitent et une amélioration des conditions de travail.

FO Hebdo: Quid des salaires et des conditions de travail? Denis Haddad: La direction a instauré depuis environ cinq ans une prime sur objectifs pour tous les cadres. Cela aboutit à une individualisation des salaires que nous dénonçons, car elle met en danger les augmentations générales de salaires et oppose les salariés entre eux.
Tiffen Evini: Après avoir constaté un écart salarial de 26% entre les cadres hommes et femmes nous avons demandé une négociation, mais celle-ci n’a pas vraiment abouti car l’accord laisse le choix aux managers d’augmenter ou pas les salaires des femmes. Nous souhaiterions aussi trouver une solution au manque de place au siège du PMU, où les salariés sont entassés dans des open spaces devenus trop petits.
Magali Buono: La modification des horaires des courses (11h-16h au lieu de 13h-18h) rend beaucoup plus difficile l’accès des salariés à temps partiel à un deuxième emploi, pourtant souvent nécessaire pour joindre les deux bouts.

 FO Hebdo - Octobre 2013

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