Pour l’OFCE, les banques centrales sont le dernier rempart contre la déflation

Par Mathieu Lapprand

Pour l’OFCE, les banques centrales sont le dernier rempart contre la déflation

Ofce 1Aujourd’hui, les économies mondiales sont confrontées à un rebond sans reprise et le spectre de la déflation hante l’Europe. L’OFCE a rendu publiques ses prévisions et trace des pistes pour sortir de la spirale.

Six années après le déclenchement de la récession, rares sont les pays à avoir retrou­vé leur niveau d’activité de 2008, constate l’Observatoire français des conjonc­tures économiques (OFCE).

L’organisme a isolé trois périodes distinctes depuis l’éclatement de la crise : selon l’impact subi, les pays ont été plus ou moins prompts à réagir par des mesures de relance économique. Ce fut le cas dès 2008 pour les États-Unis, puis à compter de 2009 pour les pays de la zone euro, le Royaume-Uni et le Japon. Or les pays ayant pratiqué cette politique de relance ont vu leur endettement public s’accroître considérablement, et à compter de 2011 des politiques de rigueur et d’austérité se sont mises en place. Cette austérité a de nouveau poussé la zone euro dans la récession et a relancé la spéculation sur les dettes souveraines de certains pays européens.

Si l’observatoire constate que la spéculation sur les dettes est enrayée, il observe également un « rebond sans reprise » de l’économie et s’il ne prévoit aujourd’hui pas de déflation [1], il n’exclut pas un tel scénario notamment dans la zone euro. En effet, la chute de l’inflation en dessous de 1% en 2013 et 2014 montre que « le risque d’entrée en déflation n’est plus une vue de l’esprit ».

Xavier Timbeau, directeur du département analyse et prévision de l’OFCE, précise que la dégradation du marché du travail, et en conséquence le maintien d’un niveau élevé de chômage, « pèse sur les salaires et accentue les pressions déflationnistes ». Et l’OFCE d’alerter : « En alourdissant le poids des dettes publiques et privées, la déflation accentuerait les efforts nécessaires pour parvenir au désendettement privé et public. »

Sortir de ce « rebond sans reprise » pour renouer avec la croissance et éviter la déflation reste possible pour les analystes de l’OFCE, qui proposent diverses pistes. Tout d’abord celle du rachat massif par la BCE des dettes publiques et/ou privées, qui induit comme contrainte une mutualisation de la dette au niveau européen et donc, en conséquence, des pertes de souveraineté potentielles pour les États. Une action sur la valeur la monnaie fait également partie des solutions préconisées : « La dépréciation de l’euro […] entraînerait un regain d’inflation et parallèlement stimulerait les exportations et donc la croissance », explique l’organisme.

Un rebond sans reprise

L’investissement public peut être une solution, comme le préconise dorénavant le FMI, car l’OFCE rappelle que l’absence d’investissement ces dernières années réserve de mauvaises surprises. Le défaut sur les dettes pu­bliques, inévitable en Grèce selon l’observa­toire, est aussi un moyen de sortir les États du piège déflationniste. Reste également la taxation du capital, qui peut permettre de redonner des marges d’investissement aux États. Cette taxation pourrait être exceptionnelle (à l’instar de Chypre), comme le préconise le FMI, avec un prélèvement brutal mais en une seule fois de 10% du capital détenu. Ces propositions et analyses de l’OFCE permettent de rappeler qu’en économie aussi d’autres politiques sont possibles.

 

[1] La déflation est une baisse générale et durable des prix. C’est le phénomène opposé à l’inflation (hausse des prix). La déflation se traduit par un ralentissement de l’activité et une augmentation du chômage. Elle porte le risque de l’instauration d’un cercle vicieux de déflation (spirale déflationniste). Contrairement à l’inflation, elle provoque une augmentation mécanique de la dette publique.

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